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ANATOMIE

Relativement à l'apport du sang artériel le tractus uvéal est partagé en deux territoires parfaitement distincts : l'un, comprenant la choroïde proprement dite, situé en arrière, reçoit le sang des artères ciliaires courtes ijostérieures ; l'autre, formé par l'iris et le corps ciliaire, est parcouru par les ramifications des artères longues postérieures et des artères ciliaires anté7new'es ; ces, deux ivgions sont en partie reliées entre elles par un certain nombre de rameaux artériels récurrents, qui, émanés des parties antérieures, suivent un trajet rétrograde et s'anastomosent avec les vaisseaux postérieurs.

Les artères ciliaires courtes postérieures se composent à leur point de départ de deux troncs, situés l'un en dedans, l'autre en dehors du nerf optique. A un centimètre environ de la sclérotique chacun d'eux se partage en quatre ou six branches, formant autour du nerf optique deux demi-couronnes artérielles qui embrassent ses parties latérales. Après avoir pénétré dans la sclérotique, et suivi un court trajet dans la lamina fusca, elles se subdivisent

dichotomiquement et pénètrent, au nombre de vingt à vingt-cinq rameaux secondaires, dans le tissu propre de la choroïde, oîi elles s'épuisent rapidement dans les couches profondes ; leurs plus fins ramuscules en s' épanouissant forment un réseau capillaire qui occupe la surface interne de la choroïde et qui a reçu le nom de membrane chorio-capillaire .

Sauf dans le voisinage du nerf optique, oii les anastomoses sont fréquentes, il existe très-peu de communications entre ces ramuscules artériels qui se résolvent immédiatement en capillaires ; mais dans la partie antérieure de la choroïde, on trouve les rameaux récurrents au nombre de dix à douze qui, provenant du corps ciliaire, vont s'unir avec quelques radicules terminaux des artères ciliaires courtes.

Il n'existe donc pas une indépendance complète, absolue, entre ces deux territoires vasculaires, et, dans certaines circonstances, le sang artériel venant des artères ciliaires courtes pourrait arriver jusqu'à la région ciliaire et à l'iris par l'intermédiaire des artères récurrentes; mais dans les conditions normales les choses ne se passent pas ainsi, le sang suit au contraire une marche rétrograde d'avant en arrière dans les artères récurrentes.

Quoi qu'on en ait dit, on ne trouve nulle part des artérioles qui, émanées des artères ciliaires courtes, communiquent directement avec des veinules; il existe toujours un réseau de capillaires intermédiaire à ces deux ordres de vaisseaux.

Les artères ciliaires longues postérieures, au nombre de deux, après avoir traversé la sclérotique, cheminent entre cette membrane et la choroïde ; situées, l'une du côté nasal, l'autre du côté temporal, elles suivent la direction du méridien horizontal de l'œil, sans fournir aucun rameau jusqu'au miiscle ciliaire ; arrivées là, elles se subdivisent en deux branches qui s'écartent obliquement l'un de l'autre en pénétrant dans le tissu musculaire. Parvenues à l'extrémité antérieure du muscle, ces deux branches se coudent de nouveau pour prendre une direction tout à fait circulaire en se portant à la rencontre des branches du côté opposé. Complété par d'autres rameaux qui, émanés des artères ciliaires antérieures, ont traversé la sclérotique et le muscle ciliaire sous-jacent pour se joindre aux précédents, l'ensemble de ces anastomoses forme le grand cercle artériel de V iris.

Ce grand cercle vasculaire fournit à l'iris et aux procès ciliaires ; quant aux artérioles du muscle ciliaire et aux artères récurrentes, les unes proviennent de ce cercle artériel, les autres émanent directement des branches de bifurcation des artères ciliaires longues.

282 MALADIliS DE L'IUIS ET DE LA CHOROÏDE.

Ces dernières, en pénétrant dans le muscle ciliaire et avant de former le grand cercle artériel, envoient donc un certain nomljre de rameaux au muscle ciliaire et à la choi-oïde ; les artères ciliaires antérieures donnent aussi quelques branches ayant une direction et une destination analogues, et ces divers rameaux, s'anastomosant entre eux, forment un second plexus circulaire incomplet, désigné sous le nom de cercle artériel du muscle ciliaire.

Du grand cercle artériel de l'iris partent les rameaux qui vont aux procès ciliaires et à l'iris; avant de se rendre à ces dillérenls endroits, ces vaisseaux sont donc oJjligés de traverser le muscl*; ciliaire. Les artérioles des procès ciliaires donnent naissance à un grand nombre de fins ramuscules, presque aussi nombreux que les crêtes ciliaires, s'anastomosant fréquemment entre eux et m continuant directement avec les veinules qui, dans cette région, possèdent une structure analogue à celle des capillaires : le riche réseau vasculaire résultant de ces anastomoses nombreuses constitue la masse principale des procès ciliaires.

Les nombreuses artères de l'iris naissent également sur tout le pourtour du grand cercle artériel, elles se subdivisent en un grand nombre de fins ramuscules qui suivent une direction rayonnéc et se dirigent vers la pupille. Les parois de ces artérioles sont épaisses relativement à leur calibre ; le microscope y révèle un nombre considérable de fibres musculaires ; quand la pupille est contractée elles sont presques rectilignes, mais quand la pupille se dilate, elles deviennent sinueuses. Arrivées dans le voisinage de la pupille elles s'anastomosent en formant un cercle vasculaire désigné sous le nom de petit cercle artériel de liris. C'est précisément à ce niveau que, pendant la vie intra-utérine, la membraiw pupillaire adhère à" l'iris. De ce cercle partent de fins ramuscules terminaux, qui arrivent jusqu'au bord même de la pupille, 011 ils vont former le réseau capillaire du sphincter de l'iris.

Les veines de la choroïde s'anastomosent fréquemment entr elles, surtout dans les parties postérieures, oii de nombreux rameaux de communication unissent les troncs principaux de vasa vorticosa; dans les parties antérieures ces anastomoses sont beaucoup moins importantes. Le réseau veineux, qui, au niveau de la portion lisse du corps ciliaire, met en rapport les veines de l'iris et du corps ciliaire avec celles de la choroïde, est presque un réseau capillaire ; nul doute que si l'équilibre circulatoire venait à être rompu entre les parties antérieures et les parties postérieures, il serait difficilement rétabli par l'intermédiaire de ce réseau.

Les veinules de Viris et des procès aY2aw'es, occupant les couches

los plus internes de la région sous-jacentes au muscle ciliaire, et échappant par suite aux contractions de ce muscle, se réunissent en convergeant pour former des troncs qui s'abouchent avec les vasa vorticosa. Quelques-unes pourtant se rendent en avant dans le canal de Scidemm, canal qui n'est autre chose, ainsi que l'a prouvé Leber, qu'un véritable plexus veineux situé dans l'épaisseur de la sclérotique au niveau de l'insertion ciliaire de l'iris.

Le rôle physiologique de ce plexus veineux ciliaire n'est [)as encore nettement établi; pomme il ne reçoit directement aucune veine de l'iris, il est difficile de le considérer comme un réservoir destiné à recevoir le sang refoulé pendant les contraclions de ce diaphragme musculaire. Les veinules émanées du muscle ciliaire se rendant à ce cercle vasculairc, il serait plus rationnel d'admettre qu'il reçoit le sang de ce muscle refoulé au moment de ses contractions. Les recherches de Schwalbe et de Leber démontrent, comme on le verra plus loin, que l'humeur aqueuse pénètre par voie endosmotique à travers ses parois, et c'est par là qu'elle s'échappe de l'œil.

Le tractus uvéal renferme des réseaux capillaires d'ordre varié, et dont le rôle physiologique semble également être différent. La membrane chorio-capillaire paraît destinée à la nutrition générale de l'organe, et à la conservation de la tension intra- oculaire. Elle recouvre la surface interne de la choroïde dans toute son ('■tendue, depuis l'entrée du nerf optique jusqu'à la limite festonnée du corps ciliaire, à Vora serrata, oii elle se termine, ainsi que la rétine, par un bord dentelé. Le réseau des procès ciliaires, très- (léveloppé, étalé sur une grande surface, sécrète sans doute l'humeur aqueuse. Les capillaires qui se distribuent dans l'épaisseur même du muscle ciliaire, et qui ont une certaine analogie avec (•eux du sphincter de la pupille, servent exclusivement à la nutrilion de ce muscle. Enfin, du côté du nerf optique, au niveau de la papille, les capillaires de la choroïde s'unissent avec ceux du nerf optique, contribuant pour une certaine part à la nutrition de ce tronc nerveux.

PIIYSÎOLOGIE.

La richesse vasculaire extraordinaire de la choroïde indique que cette membrane doit servir à la nutrition générale de l'œil. Les faits pathologiques confirment du reste à chaque instant cette manière de voir. Que de fois un processus morbide établi primitivement dans la choroïde retentit d'une façon fâcheuse sur le corps

284 MALADIES DE L'IUIS ET DE LA CilOKOIDE.

vitré, le cristallin, et entraîne à la longue la désoi-ganisation complète du globe oculaire ! C'est à la choroïde qu'est dévolue également la sécrétion des liquides intra-oculaires, et c'est grâce à cette sécrétion continue que la tension de l'œil se maintient toujours à un degré élevé.

Les artères ciliaires postérieures, courtes et longues, qui pénètrent dans le globe oculaire, sont d'un petit calibre, et flexueuses, les veines au contraire sont courtes et larges ; de telle sorte que l'arrivée du sang artériel se fait toujours avec quelques difficultés, tandis que la sortie du sang veineux s'effectue avec la plus grande facilité. Cette condition était indispensable, la pression intra-vasculaire dans l'artère ophthalmique devant égaler au moins la pression intra-oculaire, pour que le sang artériel pût pénétrer dans l'intérieur de l'œil, d'une façon continue et non par saccades.

En raison des variations fréquentes que subit la tension intra oculaire et de la compression des veines qui s'ensuit, il fallai que le sang veineux pût s'écouler avec facilité. C'est ce qui arrive, en réalité, car, malgré le trajet oblique des vasa vor ticosa à travers la sclérotique, les effets de la pression intraoculaire ne se font pas sentir autant que l'eût fait supposer cette disposition anatomique. En comprimant chez un lapin albinos le globe oculaire et en examinant en même temps à l'ophthalmoscope les vasa vorticosa, l'on constate que la circulation a toujours lieu d'une façon continue, sans interruptions, sans pouls veineux. Il est probable que, malgré l'excès de tension, le calibre des veines reste à peu près le même, ce qui est sans doute dû à la distension de la sclérotique elle-même. Ce long trajet oblique des veines à travers Ja sclérotique serait plutôt nécessité par les mouvements que la choroïde subit pendant les efforts d'accommodation. Comme l'ont démontré Hensen et Volckers, lors de la contraction du muscle ciliaire la choroïde subit dans sa partie moyenne un mouvement de propulsion en avant, et il est évident que ce déplacement gênerait singulièrement la sortie du sang si les veines entraient perpendiculairement dans la sclérotique.

Waller a examiné au microscope sur des yeux luxés d'animaux albinos la circulation de la choroïde; dans les artères ciliaires longues et dans celles de l'iris, le courant sanguin est trop rapide pour être distingué nettement, mais si on comprime légèrement le globe oculaire il se ralentit assez pour qu'on puisse apercevoir sa direction.

Quand la pression devient plus forte, le sang suit dans les artères un mouvement rétrograde vers le cœur, les capillaires de-

viennent invisibles etles veines pâlissent. Chez les lapins albinos examinés à l'ophthalmoscope, on constate également, sous linfluence (le la compression du globe oculaire, une diminution de calibre des vaisseaux choroïdiens, le pouls artériel se montre dans les artères ciliaires postérieures, mais les vasa vorticosa ne subissent pas de modifications bien sensibles.

Il semble donc qu'un excès de tension, lorsqu'il est modéré, n'apporte pas un obstacle bien considérable à la sortie du sang veineux dans la choroïde. Du reste, l'écoulement du sang veineux semble devoir être favorisé par la situation respective des artères et des veines dans le segment postérieur de la choroïde. Dans cette région en effet, ces deux ordres de vaisseaux ont des directions parallèles, se croisent sous des angles très-aigus, et, grâce à leur rapprochement, exercent une influence mécanique les uns sur les autres. Dans les artères comme dans les veines, le courant sanguin est dirigé d'arrière en avant, de telle sorte que le sang artériel venant à affluer, la dilatation des artères a pour résultat la compression- des veines du voisinage et l'évacuation de leur contenu au dehors.' Inversement, la dilatation des troncs veineux doit opposer un certain obstacle à la pénétration du sang artériel.

La circulation de la choroïde possède une assez grande indépendance relativement à la circulation générale ; l'iris pourtant paraît ressentir davantage les troubles de la circulation générale. Chez les lapins albinos la compression ou même la ligature des deux carotides fait pâlir l'iris et la conjonctive, mais jamais le fond de l'œil : celui-ci ne prend une teinte plus claire et ne devient exsangue que lorsque la circulation est complètement interrompue par la ligature de toutes les artères qui se rendent dans la partie supérieure du corps.

La ligature des veines jugulaires n'entraîne aucun changement dans l'iris et le fond de l'œil, mais seulement une hypérémie de la conjonctive ; il faut comprimer les troncs veineux anonymes eux-mêmes pour produire une coloration plus foncée du fond de l'œil. Chez les chiens de forte taille, où les pulsations des artères du grand cercle artériel de l'iris sont visibles sans grossissement, il est facile de constater que la ligature de la carotide les fait cesser, tandis que la ligature des veines jugulaires les rend plus fortes et plus apparentes.

Goccius affirme que, pendant les efforts d'accommodation dans la vision de près, les procès cihaires se gonflent, se portent en avant et se rapprochent du bord équatorial du cristallin ; de son côté, 0. Becker soutient qu'ils diminuent de volume et s'écartent de la

lentille. Entre ces deux observateurs, la contradiction est, on le voit, formelle ; cela tient sans doute à ce que, pour apprécier co, gonflement des procès ciliaires, ces observateurs n'ont tenu compte que de la distance qui sépare les crêtes ciliaires du bord équatorifil du cristallin : or, il est certain que cette distance augmente d'étendue pendant la contraction du muscle ciliaire. A ce moment on efl'et, le cristallin subit un mouvement de retrait sur lui-même, son axe antéro-postôrieur s'agrandit et son bord équatorifil devient plus épais en se rapprochant du centre; de là le retrait apparent des procès ciliaires. Quoi qu'il en soit, l'hypothèse de Goccius, qui attribue l'augmentation de volume des procès ciliaires à une hypérémie veineuse provoquée par la contraction du muscle ciliaire, n'est pas admissible, car ce muscle est traversé par les artères seules et non par le réseau veineux de cettirégion.

L'anatomie et la physiologie ayant démontré aujourd'hui d'unn manière irréfutable que les mouvements de l'iris sont placés sous la dépendance d'un muscle constricteur et d'un muscle dilatateur, l'hypothèse qui attribue les contractions' de la pupille à des modifications de la circulation des vaisseaux de l'iris n'est pli!< admissible; mais il n'en est pas moins vrai que les changements survenus dans la circulation de ces vaisseaux exercent une certaine influence sur les dimensions de la pupille. La contraction de la pupille qui se produit après la sortie de l'humeur aqueuse a. lieu alors môme que les nerfs ciliaires ont été sectionnés, elle est probablement due à l'hypérémie des vaisseaux de l'iris résultant de la diminution de tension intra-oculaire. Dans un grand nombre d'expériences faites sur le cadavre. Rouget a pu constater qu'une injection poussée dans l'artère ophthalmique provoque immédiatement une contraction de la pupille.

Les vaisseaux de la choroïde possèdent des filets nerveux provenant, les uns de la portion cervicale du grand sympathique et les autres du trijumeau.

C'est surtout sur les vaisseaux de l'iris que l'action de ces ne est aisée à étudier,

La portion cervicale du sympathique exerce son action noii seulement sur le dilatateur de la pupille, mais aussi sur les val seaux de l'iris. De même que dans les autres régions, rirritatio de ce tronc nerveux provoque leur contraction, tandis que sa paralysie entraîne leur dilatation. L'influence de l'irritation du sympathique est surtout très-nette et très-facile à constater quand les vaisseaux de l'iris ont été préahiblement dilatés par

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