DEUXIÈME PÉRIODE
Pendant la deuxième période des sarcomes de la choroïde, on voit apparaître tous les symptômes du glaucome. L'œil prend l'aspectterne et glauque qu'on observe dans cette affection; la conjonctive bulbaire est injectée, les veines ciliaires antérieures sont dilatéeset variqueuses ; la cornée est légèrement trouble, elle a perdu sa sensibilité quelquefois d'une façon complète, et la desquamation de sa couche épithéliale lui donne l'apparence d'un verre dépoli.
Peu à peu la chambre antérieure se rétrécit, son contenu se trouble et les tiraillements exercés par la tumeur sur la région ciliaire finissent par amener des ruptures vasculaires et de petits épanchemcnts sanguins. L'iris, atrophié, décoloré, est réduit à une mince bandelette entourant la pupille largement dilatée. Quelquefois il se détache à son insertion ciliaire et il survient une iridodialyse spontanée. Dans certains cas, les synéchies formées pendant la première période subsistent dans quelques points, et l'ouverture pupillaire se trouve alors tiraillée et déformée. Quelquefois aussi on observe sur la cristalloïde antérieure de petites masses exsudatives, vestiges de l'inflammation chronique de l'iris qui a précédé l'atrophie.
L'examen ophthalmoscopique n'est plus guère . praticable à ce moment, le trouble du corps vitré est le plus souvent devenu assez considérable pour empêcher l'exploration des membranes profondes, et d'ailleurs la rétine est généralement décollée dans sa totalité.
Les symptômes fonctionnels ou subjectifs ont aussi ])eaucoup de rapports avec ceux du glaucome. A la perte le plus souvent complète de la vision se joignent le larmoiement et les douleurs ciliaires, qui manquaient pendant la première période. Celles-ci sont vives, continues, et ont un caractère de violence et de ténacité qu'elles ne possèdent pas dans le glaucome vrai.
L'état de la tension du globe à ce moment mérite de fixer particulièrement l'attention. Elle est généralement portée au plu^ haut degré et correspond au T-f3 de Bowmann ; pourtant dans quelques-unes de ses observations Brière a constaté qu'elle étail normale, ou même affaiblie. •
Il trouve une explication plausible de ces différences dans le remarques suivantes :
(( L'œil, à la période glaucomateuse, est dur tant que la scléro tique résiste encore à l'excès de pression produit par la tumeur, tant que celle-ci n'a pas encore franchi l'enveloppe oculaire. »
(( La tension de l'œil est normale quand l'équilibre s'étabr entre la distension de la sclérotique et l'accroissement de la tu meur, la membrane fibreuse cédant à la tumeur autant de plac qu'exige sa croissance. »
(( L'œil est trouvé ramolli à une époque avancée du stat glaucomateux, lorsque la pression intra-oculaire l'a emporté su la résistance de la sclérotique. Les fibres de cette membrane s'é tant dissociées en un ou plusieurs points, il est naturel que 1 tumeur, trouvant devant elle, pour s'accroître, les parties moll de l'orbite, ne produise pas du côté du globe une sensation d grande résistance. »
« Donc, de l'état de la tension intra-oculaire on pourra faire a point de vue du pronostic les déductions suivantes :
(( T+l à T-1-3 : les enveloppes de l'œil sont intactes. T normale les enveloppes de l'œil sont près de se rompre ou déjà rompue T i à T-3: les enveloppes de l'œil ne sont plus intactes; la t meur a gagné la loge de la capsule de Ténon ou l'orbite. On pourr se tromper quelquefois dans cette appréciation, et, après avoir co ^ staté T=:l , T-h l ou T+2, trouver que la tumeur a déjà franchi lé globe ; mais, en règle générale, l'état de la tension indique l'état des enveloppes de l'œil. »
Ce signe peut donc fournir des indications importantes pour le
pronostic et le traitement.
Le reflet chatoyant d'œil de chat amaurotique, observé souvent dès la première période, est de plus en plus marqué à mesure que l'affection progresse.
SARCOMES DE LA CHOROÏDE. 345
Quand ce dernier symptôme fait défaut et que l'examen du fond lie l'œil est impraticable, ce qui est loin d'être rare, le diagnostic du sarcome de la choroïde devient difficile. Le caractère particulier d'intensité et de persistance des douleurs ciliaires peut seul alors le distinguer d'une attaque de glaucome aigu simple.
La choroïdite exsudative a pu quelquefois aussi être confondue a son début avec le sarcome de la choroïde ; elle s'en distingue bientôt par la diminution de consistance du globe oculaire et sa marche rapide vers l'atrophie.