HISTOLOGIE DU CRISTALLIN
presque toutes les fibrilles de la zonule iraient s'insérer directement en avant sur la cristalloïde, et formeraient par leur réunion la paroi antérieure du canal de Petit. Quant à la paroi postérieure do ce canal, elle serait constituée, non plus par la membrane hyaloïdienne, qui pour cet auteur n'existe pas, mais parle corps vitré lui-même, dont les couches superficielles antérieures ont plus de consistance que les parties profondes. Pendant la vie, l'espace perméable ainsi circonscrit serait du reste extrêmement restreint, son existence serait plutôt virtuelle que réelle.
Cette disposition de la zonule relativement aux parties voisines offre un certain intérêt pratique. La connexion intime qui existe entre cette membrane et le corps vitré, dont elle paraît dériver au point de vue embryogénique, nous fait comprendre comment les altérations organiques et les processus pathologiques intéressent souvent au même degré ces deux organes. Elle explique notamment la facilité avec laquelle la zonule se dissocie et se rompt quand le corps vitré est lui-même ramolli.
Pour faire l'extraction du cristallin dans sa capsule, on rompt la zonule en avant; le cristallin n'étant plus retenu se dégage alors facilement de la fossette hyaloïdienne. Si dans une pareille manœuvre le corps vitré ne s'écoule pas, malgré l'absence d'une membrane hyaloïdienne, c'est grâce à la consistance assez ferme de ses couches antérieures.
Lorsque dans une opération quelconque l'humeur aqueuse s'écoule au dehors par l'incision faite aux envelopp.es de l'œil, le cristallin, subissant un mouvement de propulsion en avant auquel participe évidemment la zonule, vient se mettre en contact avec la face postérieure de la cornée ; quand la chambre antérieure se rétablit, il reprend sa position habituelle, ainsi que la zonule. La possibilité de ces déplacements prouve qu'à l'état normal cette membrane possède une certaine élasticité. Les altérations séniles qu'elle subit à la longue la rendent peu à peu plus épaisse et plus rigide : elle devient dure, cassante au point de se rompre au moindre choc, et c'est là une des causes des luxations spontanées du cristallin.
Dans quelques cas, la séparation de cette lentille d'avec son ligament suspenseur se fait par un autre mécanisme ; à la suite d'une altération analogue la cristalloïde subit un mouvement de retrait sur elle-même et se sépare de la zonule au niveau de ses inser tions ; c'est ce qu'on observe quelquefois dans la cataracte sénile ayant dépassé le degré de maturité complète.
CRISTALLOÏDE.
L'enveloppe du cristallin est formée par une membrane hyaline, translucide, sans structure appréciable au microscope ; on la désigne sous le nom de cristalloïde ou de capsule du cristallin. Elle jouit des mêmes propriétés que toutes les membranes vitreuses ; c'est-à-dire qu'elle résiste parfaitement à l'action des réactifs chimiques et des processus pathologiques. Les seules altérations qu'elle subisse consistent dans son épaississement ou son amincissement, mais dans tous les cas elle conserve sa transparence parfaite.
Malgaigne a montré le premier que, dans les cataractes dites capsulaires, les opacités n'intéressent jamais la capsule elle-même, comme on le croyait jadis, mais seulement la couche épithéliale sous-jacente. Nous reviendrons plus tard sur ce point.
L'épaisseur de la cristalloïde varie suivant les régions et l'âge du sujet. Son maximum se trouve au pôle antérieur; elle atteint à ce niveau environ O'^^'jOia chez le nouveau-né et 0""",0I6 chez l'adulte. Son minimum est au pôle postérieur, où elle varie de 0'"'",007 à 0'»'»,008.
Au niveau de l'insertion de la zonule sur la région équatoriale du cristallin, les fibres de cette membrane se soudent intimement avec la cristalloïde, à laquelle elles semblent unies par l'intermédiaire d'une substance vitreuse, amorphe, très-résistante. La souplesse, l'élasticité parfaite de la cristalloïde se prêtent à tous les changements de forme que subit le cristallin dans l'accommodation. C'est également grâce à ces propriétés que les lèvres de la plaie s'écartent largement lorsqu'on déchire cette enveloppe avec le kystitome, et laissent ainsi échapper son contenu cristallinien.
La capsule par suite d'altérations séniles augmente d'épaisseur. Elle peut alors présenter une assez grande résistance à l'action du kystitome; en même temps elle devient friable, cassante, prend un aspect strié, et, se rétractant sur elle-même, se détache quelquefois spontanément de la zonule (luxation spontanée du cristallin).
Dans quelques cas enfin on la trouve extrêmement mince ; c'est ce qui a lieu parfois dans la cataracte calcaire. Quoi qu'il en soit, la cristalloïde conserve toujours toute sa transparence et les opacités qu'on y observe sont toujours exclusivement formées aux dépens des cellules épithéliales sous-jacentes.
Celles-ci forment, ù l'état normal, une seule couche uniforme