DE LA PRESSION INTRA-OCULÂIRE
ainsi que, dans les efforts d'expiration longtemps prolongés, on voit apparaître le pouls veineux de la papille sur des yeux où il n'existe pas à l'état normal.
La tension intra- oculaire est influencée par les mouvements respiratoires. Lorsqu'on suspend la respiration artificielle chez un animal empoisonné par le curare, dont la poitrine n'est pas ouverte, on voit la colonne manométrique s'élever. Ce fait est intéressant à connaître au point de vue pratique ; il prouve que, pour éviter pendant une opération des changements de tension qui favoriseraient l'issue du corps vitré, le malade devra respirer aussi largement que possible.
Les contractions du muscle ciliaire et de Viris paraissent n'exercer aucune influence sur la tension intra-oculaire ; c'est au moins ce qui ressort de quelques expériences dans lesquelles on a irrité par les courants électriques le ganglion ciliaire ou la région ciliaire elle-même.
Donders, au moyen de l'ophthalmo-tonomètre, a démontré également que chez l'homme les effoy^ts de convergence et d'accommodation étaient sans influence sur la distension du globe.
Les instillations d'atropine provoquent une diminution de tension très-légère ne dépassant pas quelques millimètres. Quant à l'action de cette substance sur les vaisseaux de l'œil, elle est encore un sujet de contestation ; quelques auteurs croient qu'elle entraîne leur dilatation. S'il en était réellement ainsi, il faudrait admettre, pour concilier cette double action de l'atropine sur les vaisseaux et la tension de l'œil, que cet alcaloïde diminue la sécrétion de l'humeur aqueuse ; c'est ce qui paraît résulter, en effet, de quelques expériences faites dans ces derniers temps par Adamuck.
La calabarine semble exercer une action antagoniste de celle de l'atropine; elle augmente aussi, mais faiblement, la tension intraoculaire.
Les nerfs du globe de l'œil viennent, comme on le sait, de trois sources diflercntes : moteur oculaire commun, trijumeau, grand sympathique.
Aeadie. Mal. des yeux. 30
Pour étudier l'action du moteur oculaire commun sur la pression intra-oculaire en évitant rinfluencc des contractions des muscles extrinsèques, Hippel et Grunhagcn anéantirent l'action musculaire en intoxicant les animaux par le curare et en pratiquant la respiration artificielle. Dans ces conditions, l'irritation de la troisième paire ne produisit aucun changement appréciable au manomètre.
L'action du grand sympathique était plus difficile à constater, parce que son irritation produit des phénomènes de tension dans la circulation générale, et qu'il existe un rapport direct entre celleci et la tension intra-oculaire.
Pour Wagner et Adamûck, l'irritation du tronc nerveux dans la région cervicale détermine une faible élévation de là tension intraoculaire. Appuyés sur ces expériences, ils admirent que c'était là l'origine du glaucome.
Pourtant l'excitation du grand sympathique au cou détermine une diminution de calibre des vaisseaux du crâne, et, par suite, de l'œil ; la tension intra-oculaire devrait donc diminuer ; comment se fait-il qu'elle augmente?
Hippel et Grûnhagen ont trouvé la cause de ces résultats, inexplicables en apparence. Il existe dans l'orbite, chez les animaux, un système de fibres musculaires lisses, dont l'ensemble est désigné par quelques anatomistes sous le nom de muscle orbitaire, et qui paraissent destinées à régulariser la sortie du sang de l'orbite. Ces fibres sont sous la dépendance du grand sympathique : en irritant ce tronc nerveux, elles se contractent, s'opposent à la sortie du sang de l'orbite et, par voie rétrograde, provoquent la congestion du globe oculaire. L'augmentation de tension (indirecte) ainsi produite l'emportant sur la diminution (directe) due à la contraction des vaissseaux de l'œil, il en résulte finalement une légère augmentation qui se traduit par une élévation de 20 millimètres dans la colonne manométrique. Si l'on parvient à annihiler l'action du muscle orbitaire en sectionnant ses fibres, ou si l'on opère stir des lapins, où ce muscle n'est que rudimentaire, l'irritation du grand sympathique produit constamment une diminution de tension .
Chez l'homme l'influence du grand sympathique n'est pas aussi nettement établie. Son irritation dans la région cervicale par les courants continus ou interrompus paraît n'avoir qu'une action négative sur la tension oculaire ; pourtant Horner a signalé des cas de paralysie du grand sympathique qui étaient accompagnés d'une diminution de la tension intra-oculaire.
Pour mettre en évidence Vaction du trijumeau, Hippel et Grunhagen firent la section du grand sympathique après avoir curarisc l'animal, puis irritèrent le tronc nerveux de la cinquième paire à son origine dans le crâne. La colonne manométrique s éleva subitement de 30 millimètres à 200, et l'œil du côté opposé (quand l'irritation portait sur le milieu de la. protubérance annulaire) devint dur comme une bille de marbre.
On peut faire disparaître ce glaucome aigu expérimental par la paracentèse, puis le reproduire en renouvelant l'irritation ; celle-ci est-elle supprimée, la tension reste toujours plus grande qu'avant l'expérience (100 millimètres au lieu de 30).
Chez l'homme l'observation clinique a démontré également l'influence manifeste du trijumeau sur la tension intra-ooulaire . Donders a constaté sa diminution à la suite de la paralysie de la cinquième paire. Horner a noté également le même symptôme dans le zona ophthalmique.
Par contre, les observations sont nombreuses où l'on a vu de véritables glaucomes survenir à la suite de névralgies intenses du trijumeau.