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GLAUCOME CHRONIQUE INFLAMMATOIRE

Pour faciliter l'étude clinique de cette variété, nous décrirons successivement les symptômes objectifs, les signes ophthalmoscopiques et enfin les troubles fonctionnels.

Les signes anatomiques extérieurs, ceux qui peuvent être appréciés directement à l'œil nu, sans le secours de l'ophthalmoscope, sont la conséquence des altérations des membranes et des milieux de l'œil produites par l'augmentation de la pression intraoculaire ; ils sont décrits par les auteurs sous le nom d'inflammatoires ; nous tenons, quant à nous, à employer le moins possible

cette expression, car nous considérons ces phénomènes comme le résultat de troubles nutritifs dus plutôt à une compression exagérée des éléments anatomiques, qu'à un processus irritatif et inflammatoire spécial.

La cornée a généralement perdu son brillant et son poli ; tantôt la couche épithéliale superficielle a seule souffert ; tantôt les couches profondes, altérées à leur tour, prennent une teinte grisâtre, et, au bout d'un certain temps, si la pression se maintient, cette membrane s'ulcère, se perfore, mettant ainsi l'œil en grand danger. Ici, de même que dans le glaucome aigu, malgré l'inflammation, la sensibilité, au lieu d'être exagérée, est émoussée, et presque abolie ; preuve manifeste que les troubles nutritifs et l'anesthésie de la cornée sont dus à une compression des nerfs et des vaisseaux nourriciers.

Vliumeur aqueuse n'est plus aussi transparente ; elle devient légèrement trouble ; dans quelques cas où il y a tendance aux hémorrhagies, du sang apparaît dans la chambre antérieure.

hsi pupille est plus dilatée qu'à l'état normal, sans atteindre pourtant la dilatation qui résulte de l'instillation de l'atropine. Elle conserve d'habitude sa forme circulaire; ce n'est que lorsqu'il existe des synéchies postérieures que ses bords deviennent irréguUers ou qu'elle reste contractée. A la longue Viris se réduit à une mince bandelette, sa coloration s'altère, et il présente peu à peu les caractères manifestes de l'atrophie.

li& cristallin perd sa transparence ; des opacités diffuses l'envahissent d'une manière uniforme dans toute son étendue. Celles-ci présentent ce caractère particulier et important, que, bien que trèsapparentes à la lumière réfléchie, elles apportent peu d'obstacles à la lumière transmise, et permettent l'exploration du fond de l'œil, qu'on eût pu croire impossible au premier instant. L'aspect sale, grisâtre, de ces sortes de cataractes suffit presque à lui seul pour les faire distinguer de celles qui sont dues à toute autre cause.

Le corps vitré s'altère aussi et se remplit d'opacités, de flocons membraneux ; parfois ce sont des hémorrhagies dont le point de départ est dans la choroïde, qui se répandent dans ce milieu après avoir traversé la rétine .

^enveloppe scléroticale finit par ressentir à son tour les atteintes de la pression intra- oculaire ; [les veines ciliaires antérieures, dénotant le trouble circulatoire de l'intérieur de l'organe , rampent tortueuses, remplies de sang, dans le tissu épiscléral ; la cornée devient complètement opaque; la sclérotique perd son éclat de porcelaine pour prendre une teinte terreuse. La pression

intra-oculaire continuant à faire sentir ses effets, cette membrane cède et présente des ectasies bleuâtres, dues à la coloration de la choroïde sous-jacente ; l'amincissement peut acquérir un degré tel, qu'il survient des perforations et une atrophie complète du globe. D'autres fois le tissu fibreux résiste encore, mais la rétine se décolle et l'œil se ramollit. C'est à l'ensemble de ces lésions anatomiques qu'on a donné le nom de dégénérescence glaucomateme .

Tension du globe oculaire. — La tension intra-oculaire est constamment augmentée, mais d'une façon variable. Dans le glaucome chronique inflammatoire, l'excès de tension, bien que moins considérable que dans le glaucome aigu, où, pendant l'attaque, le globe de l'œil devient dur comme une bille de marbre, est encore manifeste. Pour apprécier la consistance du globe oculaire, on le touche légèrement avec la pulpe du doigt indicateur et du médius appuyés sur la paupière supérieure. Dans les cas douteux, on compare le degré de résistance qu'on éprouve avec celui que présente un œil normal ; si la maladie n'existe que d'un côté, on fait la comparaison avec le côté opposé.

Pour que les praticiens puissent s'entendre sur les degrés d'augmentation de la tension intra-oculaire, Bowman a proposé la notation pratique suivante, qui a été généralement adoptée :

T" représentant la tensioç normale,

Tn+i ? représente une augmentation douteuse,

Tn4-i augmentation faible , mais non douteuse,

Tn4.2 id. considérable,

Tn+3 id. très-considérable,

Tn-i ? diminution douteuse,

Tn-i id. faible, mais non douteuse,

Tu— 2 id. considérable,

Tn— 3 id. très -considérable.

Signes ophtlialmoscopiques. — Les lésions anatomiques que nous venons de décrire, survenant parfois rapidement, empêchent l'exploration du fond de l'œil; quelquefois, cependant, malgré le trouble des miUeux trausparents, il est encore possible d'apercevoir le fond de l'œil, et l'ophthalmoscope révèle alors des altérations vasculaires, des hémorrhagies, et du côté de la papille Vexcavation caractéristique qui sera décrite à propos du glaucome

chronique simple.

Les troubles fonctionnels sont toujours très-accusés dans le glaucome chronique inflammatoire; ils dépendent à la fois de la gêne de la circulation rétinienne et du trouble des milieux transparents .

Subissant l'influence des variations de la tension intra-oculaire,

!| l'acuïté visuelle diminue ou augmente selon que cette tension i devient plus ou moins forte. Souvent ces perturbations se reproduisent d'une façon presque périodique et la vision est meilleure ', dans la journée que le matin au réveil, ou inversement.

Pendant les crises aiguës, qui durent parfois quelques heures, la cécité peut être complète, puis la vue se rétablit spontanément. ; Ces pertes momentanées de la vision sont tout à fait caractéristiques et ne se rencontrent guère que dans le glaucome ; elles sont dues à l'ischémie rétinienne résultant de la compression des ' vaisseaux de la papille.

Le champ visuel est rétréci, et beaucoup plus du côté nasal cor- ' respondant à la région externe de la rétine que du côté temporal. l Ce rétrécissement particulier du champ visuel peut être apprécié i alors même que, les milieux étant troubles, la vision se trouve ré- \ duite à une simple perception lumineuse quantitative : en pareil ' cas le malade sera placé dans une chambre obscure et, la flamme I d'une bougie étant promenée dans toute l'étendue du champ visuel, on constatera qu'elle est inaperçue quand elle occupe la région nasale.

Diagnostic. — Le glaucome chronique simple pourrait être confondu avec la choroïdite séreuse. L'analogie entre ces deux affections est même quelquefois telle, qu'un certain nombre d'auteurs

i' n'en donnent qu'une seule description. A l'époque de ses premiers travaux sur ce sujet, de Graefe considérait le glaucome comme une forme particulière de choroïdite. Mais l'observation clinique, les expériences de physiologie, l'anatomie pathologique, ont démontré depuis que le glaucome est une affection parfaitement distincte, méritant une place à part dans la nosologie oculaire. • Dans la choroïdite séreuse, le processus morbide intéresse tout d'abord la choroïde et provoque des désordres variés, au milieu desquels l'hypersécrétion des milieux n'occupe qu'un rang secondaire. Cette hypersécrétion ne présente alors rien de constant ni de régulier dans son apparition ; elle peut disparaître spontanément alors que les phénomènes inflammatoires persistent. Dans le glaucome, au contraire, l'élévation de la tension intra-oculaire constitue le phénomène morbide initial, prédominant, auquel les autres sont subordonnés ; ceux-ci doivent être considérés plutôt comme des troubles circulatoires et nutritifs résultant de l'excès de tension que comme les conséquences d'un processus inflammatoire proprement dit.

Dans le glaucome, quand la tension diminue, tous les autres ac-

oidents disparaissent d'eux-mêmes ; mais il est rare que cette diminution de tension s'effectue spontanément, presque toujours on est obligé de recourir à l'irideotomie. La choroïdite séreuse, au contraire, cède souvent sous l'influence d'un traitement général et local, et pour combattre les poussées glaucomateuses qui peuvent survenir de temps à autre, il suffit parfois de pratiquer quelques paracentèses.

Dans la choroïdite séreuse au début, la tension intra-oculaire est encore normale, la surface antérieure de la cornée a conservé sa transparence et sa limpidité, la pupille n'est pas plus dilatée que d'habitude, il existe fréquemment un léger pointillé sur la membrane de Descemet, l'humeur aqueuse est louche, floconneuse, et le trouble de la vision est en rapport avec les altérations des miUeux transparents ; le champ visuel est intact. Gomme on le voit, cette symptomatologie diffère notablement de celle qui appartient au glaucome chronique à cette période et il suffit de quelque attention pour éviter toute confusion. Mais il n'en est plus de même quand la choroïdite séreuse s'accompagne d'hypersécrétion des milieux .et d'excès de tension. A ce moment la physionomie de cette affection change et c'est alors qu'elle peut en imposer pour un glaucome .

Les commémoratifs, le mode de début, la marche ultérieure de la maladie sont alors les seules données qui pourront élucider le diagnostic. Du reste, en pareille circonstance, ce diagnostic perd beaucoup de son importance, car l'indication est la même dans les deux cas : il faut atténuer la tension intra-oculaire. Dans le doute on pratiquera une simple paracentèse, sauf à recourir à une iridectomie si cette opération est insuffisante.

Marche, pronostic. — Le glaucome chronique a une marche fatalement progressive ; tantôt la maladie s'aggrave lentement et la vision baisse peu à peu, insensiblement ; tantôt elle évolue par crises, par poussées successives. Après chacune de ces attaques l'acuité visuelle diminue et finit par disparaître ; abandonnée a elle-même, le résultat est toujours funeste : il survient une cécité

absolue. . ,

Alors même que la vision est déjà complètement étemte, les douleurs persistent longtemps encore et le globe oculaire continue à se désorganiser. Le cristallin devient opaque; il se forme une cataracte d'une couleur gris sale, caractéristique ; la cornée s opacifie et prend l'aspect d'un verre dépoli ; les veines ciliaires, engorgées, tortueuses, rampent à la surface de la sclérotique devenue terne et grisâtre. Tantôt des saillies staphylomateuses se produisent dans la région équatoriale, et le globe oculaire reste dur et dou-

loureiix au loucher ; tantôt la rétine se décolle, la consistance et le volume de l'œil diminuent, il s'aplatit et s'atrophie peu à peu.

Dans le glaucome chronique simple, le globe oculaire ne présente extérieurement aucun signe d'inflammation. La cornée est parfaitement transparente, il n'existe pas trace d'injection périkératique, mais en faisant un examen attentif on constate quelquefois une dilatation de la pupille et il semble que la chambre antérieure soit moins profonde.

La tension intra-oculaire, moins élevée que dans les formes précédentes, présente des variations notables ; elle est en général audessus de la moyenne; dans quelques cas pourtant la différence

Fig. 57. Excavation glaucomateuse du nerf optique.

est si peu sensible qu'il faut comparer à l'œil opposé, ou avoir une grande habitude, pour pouvoir l'apprécier.

Le signe le plus important du glaucome chronique simple est fourni par l'examen ophthalmoscopique, qui révèle l'existence d'une excavation pathognomonique de la papille.

Dans la forme qui nous occupe, l'excavation de la papille est, en effet, tout à fait caractéristique (fig . 57) . A l'image droite on constate

que le disque nerveux tout entier, y compris l'anneau sclérotical, se trouve refoulé en arrière du plan rétinien ; il en résulte une excavation abrupte, taillée à pic. Les vaisseaux centraux, arrivés sur les bords de^la papille, s'enfoncent brusquement dans la cavité; au moment de disparaître, ils forment un coude brusque pour se ' montrer plus loin au fond de l'excavation, où, étant situés sur un plan postérieur au plan rétinien, leur image paraît confuse. En outre, les troncs principaux, au lieu de se diriger verticalement en haut et en bas comme à l'état normal, sont rejetés de côté et occupent le bord interne de la papille. Les veines semblent un peu engorgées et légèrement tortueuses, les artères ont conservé leur calibre. Vu à un faible éclairage (miroir plan d'Helmholtz ou de Jager), le disque papillaire offre un reflet bleuâtre, chatoyant, tendineux fourni par la lumière réfléchie sur la lame criblée qui est mise à nu. Avec une adaptation convenable celle-ci se montre

Pig. Î58.

dans tous ses détails, et il est facile de distinguer les faisceaux nerveux qui la traversent.

L'examen à l'image renversée révèle également la présence d une excavation. Si l'on imprime de légers déplacements à la lentille convexe placée devant l'œil observé, l'image de la papille ne se déplace pas d'une façon uniforme ; les vaisseaux qui occupent les bords semblent se déplacer et s'élevei- ou s'abaisset au^deVant de ceux du centre, suivant le mouvement en haut et en bas imprimé a la lentille : c'est à ce phénomène qu'on a donné le nom de déplaceinent parallactique. Il est très-facile de l'expliquer. Soit i (fig. 08) un.

point du bord de l'excavation dont l'image se forme en B, soit a un point du fond de l'excavation dont l'image se forme en a ; le rayon ca est beaucoup plus court que cB ; or, quand nous abaissons la lentille, les deux points a et B se déplacent, comme s'ils décrivaient des circonférences du point c, comme centre, avec ca' et cB' pour rayons. L'espace parcouru par le point B' étant plus considérable que l'espace parcouru par le point a', l'image de B se déplacera au-devant de celle de d .

Vue à l'image renversée, la papille n'a plus cette teinte bleuâtre qu'elle présente à un faible éclairage ; quoique plus blanche, et moins pourvue de vaisseaux que d'ordinaire, elle est moins pâle que dans l'atrophie proprement dite. 11 n'est pas rare de la voir entourée par un cercle de tissu choroïdien atrophié, lésion qui doit être considérée comme le résultat de la pression intraoculaire sur cette membrane.

En adaptant convenablement son accommodation de manière à voir nettement les vaisseaux centraux de la papille, on aperçoit dans certains cas des pulsations dans /'artère centrale, synchrones avec la systole ventriculaire. Ce phénomène important, décrit pour la première fois par de Greefe, prouve bien que la pression intraoculaire est exagérée. A l'état normal, en effet, l'on distingue parfois un pouls veineux, dans les gros troncs qui se rendent au polus oplicus, mais il n'existe jamais de pouls artériel ; pour le faire apparaître, il faut augmenter artificiellement la pression intraoculaire, en appuyant avec le doigt sur le globe de l'œil.

Troubles fonctionnels.— Les troubles fonctionnels ont été étudiés avec soin, et leur recherche attentive ne doit jamais être négligée, car au début de l'affection, alors que la papille n'a pas pris encore cette forme excavée qui devient plus tard si caractéristique, ils peuvent être d'un grand secours pour le diagnostic.

Parmi ces troubles fonctionnels, les uns sont nettement accusés par le malade et, par conséquent, échappent difficilement à l'attention du médecin ; les autres, au contraire, tels que scotomes, rétrécissement concentrique du champ visuel, pourraient facilement être méconnus si on ne les recherchait pas avec soin. Parmi les premiers, nous citerons les cercles colorés, les anneaux irisés qui apparaissant autour des flammes et des objets brillants. Ces phénomènes tiennent à des troubles de réfraction occasionnés par les changements survenus dans la couche épithéliale de la cornée et dans les éléments anatomiques du cristallin.

On observe assez fréquemment la parésie de l'accommodation, et parfois même V hypermétropie. La parésie de l'accommodation,

c'est-à-dire la diminution d'amplitude de l'accommodation, s'explique par la compression des nerfs ciliaires qui vont innerver le muscle du même nom.

Quant à l'apparition de l'hypermétropie, il est difficile d'en donner une raison satisfaisante. On a voulu invoquer l'action de la pression intra-oculaire sur le cristallin ; mais cette pression, qui se fait surtout sentir dans l'espace occupé par le corps vitré, déplace en avant la lentille, en diminuant la chambre antérieure. Or ce déplacement, avançant le centre optique au lieu de le reculer, aurait pour effet de rendre l'œil plutôt myope qu'hypermétrope. D'autres auteurs ont admis que l'excès de tension aplatissait le cristallin. Nous croyons, quant à nous, que, dans la plupart des cas, l'apparition de l'hypermétropie est due à ce que cette affection, latente jusque-là, devient alors manifeste. Tant que le muscle ciliaire fonctionne bien, et que le tissu cristallinien n'a pas perdu de son élasticité, le malade peut faire des efforts d'accommodation capables de neutraliser totalement ou en partie l'hypermétropie existante ; mais, dès qu'il survient une parésie de l'accommodation, l'hypermétropie, de latente, devient manifeste.

Quand on soupçonnera qu'on a affaire à un glaucome, on devra rechercher avec soin s'il n'existe pas de scotome et comment se comporte le champ visuel.

La vision centrale est souvent conservée à un haut degré ; mais, en procédant à l'exploration du champ visuel, on le trouvera, en général, rétréci surtout dans sa portion interne. Si l'on réitère cette exploration à diverses époques, on verra que ce rétrécissement s'accomplit lentement , progressivement autour de la macula.

Pour expliquer la forme particulière de ce rétrécissement, Donders a donné la raison suivante : les fibres nerveuses occupant les couches les plus internes de la rétine sont précisément celles qui s'étendent jusqu'aux parties équatoriales de l'œil ; il est donc naturel que, les phénomènes de compression se faisant d'abord sentir sur ces fibres, ce soient les parties périphériques de larétme qui cessent les premières de fonctionner.

D'autres ophthalmologistes, et nous sommes du nombre, expliquent le rétrécissement spécial du champ visuel dans le glaucome par les troubles circulatoires résultant de l'excès de tension ; troubles circulatoires qui se font sentir en premier lieu sur la région la moins vasculaire de la rétine, c'est-à-dire la région temporale.

Diagnostic. — Le glaucome chronique simple peut être confondu avec l'atrophie des nerfs optiques, et parfois une excavation

physiologique de la papille en impose au premier abord pour une excavation glaucomateuse.

Le glaucome chronique simple se distingue de l'atrophie du nerf optique par les caractères suivants :

Dans l'atrophie, la décoloration de la papille est plus accusée que dans le glaucome, les capillaires ont complètement disparu, les vaisseaux, artères et veines, ont souvent diminué de calibre, ils occupent leur situation normale et ne sont pas déjetés sur le bord interne de la papille. Existe-t-il une excavation, comme on l'observe quelquefois, à une période avancée, elle est infundibuli-

Fig. b9. Excavation atrophique du nerf optique.

forme (fîg. 59), et non taillée à pic comme l'excavation glaucomateuse; les vaisseaux s'enfoncent en pente douce et non brusquement, sans former un coude au niveau des bords.

Dans l'atrophie, tantôt le champ visuel présente des lacunes irrégulières comme dans l'atrophie tabétique, tantôt il est rétréci d'une manière uniforme autour de la macula, aussi bien du côté nasal que du côté temporal, comme dans l'atrophie essentielle.

L'état de la perception des couleurs nous fournit également d'utiles renseignements; dans l'atrophie, même aune période rapprochée du début, la perversion des couleurs est déjà très-accusée, les malades cessent de distinguer le vert, puis le rouge, le Abadie. Mal. des yeux. 31

jaune, etc. Dans le glaucome, au contraire, tant que la vision centrale est conservée, la perception des couleurs reste intacte.

Certaines excavations physiologiques peuvent simuler au"* premier abord une excavation glaucomateuse, mais il est un signe qui permettra toujours d'éviter cette méprise. L'excavation physiologique n'occupe yamazs toute la surface de la papille (fig. 60). L'anneau sclérotical est en place et il existe toujours entre cet anneau et l'excavation une zone circulaire de tissu nerveux qui n'est pas refoulée et qui se trouve sur le même plan que la rétine. Du reste, l'excavation physiologique n'est généralement accompagnée

Fig. 60. Excavation physiologique du nerf optique.

d'aucun trouble fonctionnel et les autres symptômes propres au glaucome y font également défaut.

Le pronostic du glaucome chronique simple est grave ; si l'affection est abandonnée à elle-même, elle aboutit fatalement à la cécité. L'iridectomie parvient habituellement à arrêter sa marche progressive, mais néanmoins les résultats que donne cette opération sont moins brillants que dans le glaucome aigu ou le glaucome inflammatoire.

GLAUCOME HÉMORRHAGIQUE,

GLAUCOME HÉMORRHAGIQUE.

Cette variété de glaucome se montre ordinairement chez les personnes âgées ; elle est caractérisée par la présence d'hémorrhagies rétiniennes qui précèdent ou accompagnent les accidents glau comateux.

Bien que le symptôme fondamental des affections glaucomateuses, c'est-à-dire l'augmentation de la tension intra-oculaire, n'y fasse jamais défaut à une certaine période, elle diffère par bien des côtés des autres formes précédemment décrites.

Les apoplexies rétiniennes qui apparaissent dès le début, présentent les mêmes caractères que les hémorrhagies rétiniennes dues à toute autre cause. Visibles à l'ophthalmoscope sous la forme de taches rouge sombre à extrémité effilée en flammèches, les extravasations sanguines siègent le long des vaisseaux, qui sont masqués par elles. Les veines sont dilatées et tortueuses, les artères ont conservé leur calibre. La papille est rouge et injectée, mais sans être excavée.

Les troubles fonctionnels sont en rapport avec les altérations du fond de l'œil : le champ visuel n'offre plus le rétrécissement habituel caractéristique, mais il présente des lacunes (scotomes) dues à la présence des foyers hémorrhagiques. La région de la macula vientelle à être intéressée, il peut en résulter dès le début la perte de la vision centrale.

Le diagnostic peut être extrêmement difficile à établir à l'origine, car les symptômes qui viennent d'être énumérés appartiennent à toutes les hémorrhagies rétiniennes, quelle qu'en soit la cause. Aussi, en présence d'apoplexies rétiniennes dont la pathogénie nous échappe, faut-il toujours songer à la possibilité d'un glaucome hémorrhagique.

Au bout d'un temps plus ou moins long, qui varie de quelques jours à plusieurs mois, surviennent d'autres symptômes qui ne laissent aucun doute sur la nature de la maladie. Ce sont des douleurs ciliaires violentes, et une augmentation sensible de la tension intra-oculaire.

Le glaucome hémorrhagique présente un caractère de malignité que n'ont pas les autres variétés. L'iridectomie ne réussit pas toujours à conjurer une marche fatale. Souvent, malgré l'excision de l'iris, des hémorrhagies abondantes se produisent dans le corps vitré, le globe oculaire se désorganise, les douleurs augmentent, deviennent intolérables et obligent de recourir à rénucléation.

L'iridectomie, qui est encore le moyen thérapeutique le plus efficace contre cette redoutable affection, exige ici de grandes précautions. On fera en sorte que la détente de la tension oculaire s'effectue le plus lentement possible, sinon on s'exposerait à des hémorrhagies rétiniennes ou intra-oculaires qui aggraveraient momentanément la situation du malade, et mettraient un temps fort long à se résorber.

GLAUCOMES SECONDAIRES.

Il est un certain nombre d'affections oculaires où quelquefois des douleurs ciliaires apparaissent, la tension intra-oculaire s'élève, les troubles fonctionnels augmentent, et il survient ce qu'on appelle un glaucome secondaire. Le diagnostic de cette grave complication est souvent difficile à établir, car les symptômes qui lui sont propres peuvent être modifiés ou même masqués par ceux de l'affection primitive. Pourtant dans la majorité des cas l'excès de tension appréciable à la dureté du globe oculaire, le rétrécissement caractéristique du champ visuel, et la diminution considérable de la vision, hors de proportion avec les troubles des milieux transparents, éveilleront l'attention sur ce nouveau danger.

Les staphylornes cicatriciels de la cornée sont fréquemment suivis de pareils accidents. L'irritation des nerfs ciliaires produite par les tiraillements de l'iris enclavé dans la plaie, ou par le cristallin luxé dans la chambre antérieure, en est souvent le point de départ.

Dans la kératite diffuse on observe habituellement une diminution de la tension intra-oculaire- dans quatre cas pourtant de Grœfe vit survenir des accidents glaucomateux qui cessèrent par Viridectomie : deux de ces malades étaient arthritiques; un autre, atteint d'eczéma chronique, était en même temps hémorrhoïdaire.

Le pannus granuleux peut se compliquer d'accidents glaucomateux, dont l'origine reste souvent obscure ; sont-ils provoqués par l'irritation de la cornée elle-même, ou par l'iritis séreuse et les synéchies antérieures ou postérieures si fréquentes en pareil cas, c'est ce qu'il est parfois difficile de déterminer avec précision.

De Grœfe a signalé une forme particuUère de kératite, où les opacités apparaissent sous forme d'une bande transversale dirigée dans le sens du diamètre horizontal de la cornée.

Cette variété de kératite est fréquemment accompagnée d'un ensemble de symptômes manifestement liés à un excès de ten-

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