CONJONCTIVITE OU OPHTALMIE BLENNORBHAGIQUE
On a beaucoup disserté sur l'origine métastatique de la blennoFrhagic oculaire. Cette vieille doctrine fut combattue par Ricord, et si nous en parlons, c'est parce qu'elle tend à s'affirmer à nouveau. Les observations cliniques citées à l'appui sont pour le moins discutables, et quant aux manifestations rhumatismales qu'on a assimilées avec ce qui se passe du côté de l'œil dans la blennorrhagie, elles sont d'un ordre tout différent. Seuls les sujets personnellement ou héréditairement arthritiques y sont exposés; les synoviales et non les muqueuses sont intéressées toujours sous forme d'hydarthroses ou d'arthrites plastiques, rarement suppuratives. Cela est également vrai pour les séreuses sous-cutanées, tendineuses et viscérales. Lorsque l'œil y participe, c'est encore sous forme d'iritis séreuse. Pour ce qui est de la conjonctivite franchement purulente produite en dehors de tout contage, admise par Maurice Perrin1, Poucet2, Fragne3 et Darier'', nous avouons ne l'avoir jamais rencontrée. D'accord en cela avec Fournier3, Haltenhoff" et d'autres, nous nions absolument qu'une conjonctivite blennorrhagique suppurative, aboutissant à une destruction de la cornée, existe en dehors de l'inoculation directe du pus blennorrhagique. L'ophtalmie dite métastatique et qui, d'après Fournier et White7, est 14 fois plus commune que celle purulente par contage, constitue une affection bénigne, bien qu'au début le chémosis séreux dont elle s'accompagne puisse inspirer des craintes. Les caractères suivants permettront de la reconnaître.
Presque toujours, 8 fois sur 10, elle s'attaque aux deux yeux, contrairement à celle transmise par contact qui n'affecte qu'un seul, au moins au début.
En sa qualité de maladie miasmatique, elle est mobile, migratrice et souvent récidivante, sans compter que d'ordinaire elle se lie à d'autres manifestations rhumatismales qui peuvent la suivre ou la précéder ; la guérison est constante, alors môme que l'on n'intervient pas.
Il résulte de là que les deux ordres d'ophtalmies ne sauraient être
\. Pehmn, Bull. Acnd. Méd., 1885, p. 514. 2. Posera, Ami. d'ocul., 1880, p. 149.