‹ Traité des maladies des yeux (volume 2)Chapitre 132 sur 344 · Abadie, Ibid · texte numérisé non relu

Abadie, Ibid

La première consiste en une, deux ou Irois vésicules au plus, à base légèrement surélevée et de couleur grisâtre. Le contenu en est d'abord transparent, puis opalescent ou d'un blanc opaque. D'abord petite, au point de passer inaperçue, chaque vésicule gagne en étendue et en hauteur pour acquérir le volume d'un grain de millet, rarement plus.

De la périphérie on voit partir une injection en triangle dont le sommet correspond au groupe phlycténulaire, et la base évasée se perd vers le cul-de-sac. Les vaisseaux superficiels et tortueux, faciles à déplacer par pression, appartiennent nettement à la conjonctive: vers les confins de la cornée, il en existe de plus profonds, rectilignes et carminés, propres à l'épisclère.

Dans les cas légers, au bout d'une ou deux semaines l'injection décroit de la périphérie au centre et tout rentre dans l'ordre ; alors que dans une autre forme les vésicules s'excavent et s'infiltrent sur les bords, avec halo grisâtre de la partie attenante de la cornée pour celles marginales. On a alors la kerato-conjonclivite phlycténulaire, qui laisse subsister sur la cornée des taies en fusée caractéristiques.

La seconde forme s'attaque de prime abord au limbe péricornéen, où l'on aperçoit un grand nombre de toutes petites vésicules psydriacées, occupant un secteur, plus rarement la totalité. Transparentes au début, ces vésicules ne tardent pas à blanchir et à s'exfolier sans laisser de traces apparentes. La vascularité est diffuse, si bien que lorsque l'éruption fait le tour de la cornée, toute la conjonctive bulbaire est d'un rouge uniforme, mais ne s'accompagne pas de chémosis ni de purulence; tandis que le larmoiement, la photophobie et le blépharospasme sont accentués à cause de la richesse de la région en papilles nerveuses. La durée de l'affection se borne à 2 ou 5 septénaires, à moins de récidives, qui sont fréquentes.

Dans la troisième forme, il s'agit de véritables pustules linéaires qui empiètent plus ou moins sur la cornée; rarement on en rencontre dans la partie sclérale. En nombre variable, de 2 à 5, ces pustules se groupent de préférence dans la direction du méridien horizontal, visà-vis la fente palpébrale. Leur volume mesure 1 a 2 millimètres.

Au bout de peu de temps, l'éruption pustuleuse accompagnée d'injection partielle mais vive du globe, de larmoiement et de sécrétion de muco-pus, fait place à un ulcère à fond grisâtre et à bords déchiquetés. La partie attenante du limbe cornéen s'opacifie et peut devenir le siège d'une perforation avec hernie de l'iris, d'où petit staphylome appelé tête de mouche. N'étaient la présence d'une taie en ce point et le siège horizontal de la déformation en raquette de la pupille, on pourrait croire à un colobome atypique de l'iris.

Il ne faut pas moins de cinq à six semaines pour que l'élimination et la cicatrisation de l'ulcère s'achèvent, et comme de nouvelles

poussées ne sont pas rares, on comprend que l'affection puisse se prolonger indéfiniment.

Parfois il s'ajoute une sécrétion abondante avec rougeur des autres parties de la conjonctive. Si l'on n'y prenait garde, on croirait à une ophtalmie purulente nécessitant l'intervention vigoureuse par les caustiques, au plus grand détriment du malade. En pareils cas, il s'agit presque toujours d'enfants ou d'adolescents strumeux atteints conjointement d'éruptions impétigineuses de la face, ce qui avec les adénopathies contribue à mettre sur la voie.

La conjonctivite pblycténulaire, quel qu'en soit le type, avec ou sans participation de la cornée, est une affection commune. Sous la forme herpétique pure, discrète ou continente, on la rencontre à tout âge chez les arthritiques. Pour celle de l'enfance, Ilerz', accuse les pediculi capitis d'en être une cause adjuvante commune jointe au lymphatisine, à la scrofule et à la misère physiologique.

Les poussées phlycténulaires du limbe ont lieu de préférence au printemps et en automne, d'où le nom de catarrhe printanier donné à l'affection. Purnett2 insiste sur le chémosis séreux, et Scholl" sur l'hypertrophie de la conjonctive avec production de nombreux vaisseaux néoformés, ce qui le conduit à proposer la dénomination de kérato-conjonctivite pr intanière hyperplasique.

Ssoukatcheft"' dit avoir rencontré au commencement du printemps chez des paludiques des éruptions pustuleuses fines à contour sombre situées autour de la cornée qui cédèrent au sulfate de quinine.

La contagion de la conjonctivite pblycténulaire n'existe pas, sauf lorsqu'elle s'accompagne de forte purulence. Le fait qu'elle évolue fréquemment sur divers membres d'une même famille s'explique par la communauté du tempérament eL des mauvaises conditions hygiéniques.

Toute irritai ion préexistante de la conjonctive par granulations, catarrhe du sac lacrymal, présence de corps étrangers, suffit pour provoquer l'éruption chez les individus prédisposés. Il en résulte des états complexes que le clinicien doit savoir démêler.

Le pronostic varie d'après la forme que revêt l'affection. Une conjonctivite pblycténulaire sans participation de la cornée guérit sans laisser de traces. Par contre, celle à siège précornéen, qui aboutit à des ulcères perforants et au stapliylome de l'iris, s'accompagne de taies indélébiles et de strabisme symptomalique.

La fréquence des récidives mérite d'être mise en ligne de compte.

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