‹ Traité des maladies des yeux (volume 2)Chapitre 143 sur 344 · Sattler, Congrès de lleidelberg, août · texte numérisé non relu

Sattler, Congrès de lleidelberg, août

autres ne sont pas pathogènes. De plus il admet que les toxines, d'origine bacillaire ou non, n'exigent pas pour agir une solution de continuité de la muqueuse, ces substances s'attaquant à l'épithélium, puis aux couches superficielles, qu'elles détruisent. Cette particularité contraste avec ce que nous savons au sujet du virus syphilitique et tuberculeux; ici une éraillure préalable est nécessaire.

A propos des infections profondes du globe, il pense qu'elles sont dues à l'apport de microbes par la voie des vaisseaux sanguins ou des espaces lymphatiques. Pour l'ophtalmie sympathique en particulier les microbes de la suppuration ne sont pas en cause, mais un agent spécial, comme le prouve l'exsudation de la chambre antérieure, qui est toujours fibrineuse et jamais purulente, ainsi que cela est la règle dans l'hypopyon vulgaire. A l'appui de cette dernière assertion, Mazza de Gênes rappelle que, dans les expériences qu'il a faites avec le staphylocoque aureus, il n'a jamais constaté le passage de ce microbe d'un œil à l'autre.

Schmidt-Rimpler s'élève contre l'opinion de Sattler et prétend que, dans le trachome, l'ophtalmie blcnnorrhagique des adultes et celle des nouveau-nés, l'agent spécifique est constitué par des diplocoques soudés entre eux comme des grains de café. Le degré d'intensité variable de ces affections dépend du terrain ; c'est ce qui fait qu'une conjonctivite atténuée chez l'enfant peut donner lieu à une ophtalmie grave chez l'adulte et réciproquement.

On voit par l'historique qui précède combien la question des microbes est peu avancée. Aussi devons-nous nous borner à envisager la pathogénie du trachome au point de vue de la clinique pure.

Un premier fait indubitable est la contagiosité de l'ophtalmie granuleuse, surtout dans sa période d'acuité. Le mode de contamination peut être direct ou indirect et varier à l'infini; mais c'est toujours par contage que la transmission se fait. Nous savons que certains auteurs admettent une action miasmatique par l'air ambiant, mais les preuves nous paraissent peu concluantes.

Parmi les individus vivant dans les mômes conditions, ce sont les scrofuleux et les débilités qui sont surtout frappés.

Les formes endémo-épidémiques s'observent de préférence au moment des grandes chaleurs, des pluies et des vents des tropiques, ainsi que pendant le débordement de certains fleuves, le Nil en particulier. On n'a pas manqué d'incriminer également les poussières et même les insectes qui serviraient de porte-virus.

On conçoit que les villes et principalement les grands centres industriels, où les ouvriers s'entassent, deviennent des lieux de contamination par excellence.

L'altitude semble constituer une condition de premier ordre pour

faire perdre au trachome sa gravité et même le rendre inconnu dans les régions élevées. On sait que la Suisse présente ces avantages et que de Grsefe conseillait aux granuleux le séjour de lleiden à Saint-Gai 1.

Chibret1 a fait la même remarque pour le plateau central de la France, où le trachome cesse d'être contagieux à partir d'une altitude de 250 mètres. En Algérie, à cause sans doute de la chaleur plus forte, il faut monter plus haut pour rencontrer l'immunité trachomateuse. Sad s'est assuré qu'il en est ainsi au Brésil à 800 mètres d'altitude, et Seggel a observé le même fait pour le haut plateau de la Bavière.

Les races, à moins qu'elles ne rendent les sujets lymphatiques ou scrofuleux, ont une influence contestable. Chibret2 cependant est arrivé à conclure à l'immunité de la race celte.

Deneffe3, après une enquête en Belgique, rappelle la fréquence et la ténacité du trachome dans le pays habité par deux races, la Wallone d'origine celtique et la Flamande de source germaine. 11 fait observer que le Ilainaut, bien que comprenant des Celtes pour la plupart, compte malgré cela de nombreux granuleux. Si l'on excepte le littoral, où l'affection est relativement rare, c'est dans les deux Flandres, le Limbourg, le Brabant et Anvers que le trachome fait le plus de ravages. Dans les hospices d'aveugles de Gand, 41 pour 100 des pensionnaires sont d'anciens granuleux. L'auteur ajoute qu'il ne faut pas moins de trois à cinq ans pour guérir cette ophtalmie; encore si elle se complique de lésions cornéennes, ce qui est fréquent, on doit compter sept et huit ans avant que l'individu puisse travailler. En supposant que des soins continus fassent défaut, la durée en est illimitée; on voit alors survenir à chaque instant des poussées inflammatoires qui provoquent des sécrétions contagieuses au plus haut degré; souvent un œil se perd et quelquefois les deux.

G. Beissenger4 s'étant occupé du même sujet en Bohême, a dressé un plan géographique, mais sans s'attacher à distinguer le trachome de la conjonctivite folliculaire. Il en conclut que l'influence de l'altitude ne doit pas être généralisée et qu'en dehors de ce facteur, d'autres causes interviennent, principalement la misère, certaines professions, celle de verrier entre autres, et jusqu'à la malaria qui sévit dans les régions palustres. Parmi les saisons, le printemps et l'été fournissent le plus de granuleux.

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