‹ Traité des maladies des yeux (volume 2)Chapitre 145 sur 344 · UunsETT, Congrès intorn. de Berlin, 1S · texte numérisé non relu

UunsETT, Congrès intorn. de Berlin, 1S

men bactériologique peut dévoiler des micro-organismes de la suppuration et même des gonocoques. Ce n'est qu'en se fondant sur les antécédents, sur l'influence de la contrée habitée par le malade et la non-contagion par urélhrite spécifique, que l'on peut s'assurer du diagnostic.

Sans doute bien des cas d'ophtalmie épidémique en Egypte se comportent ainsi ; mais, de l'avis compétent de confrères que nous avons consultés lors de notre passage à Alexandrie et au Caire en 1890, l'ophtalmie endémique de cette contrée débute également par la suppuration, chez des individus exempts de granulations larvées. Telle était d'ailleurs l'opinion de Larrey et des chirurgiens français qui avaient eu l'occasion d'étudier cette affection sur les bords du Nil.

La terminaison à peu près fatale du trachome réside dans la transformation de la conjonctive et du stratum sous-jacent en un tissu de cicatrice irrégulier et gaufré. De là résulte l'inversion de la paupière par courbure mécanique des tarses, le trichiasis et l'atrophie conjonctivale qui efface les culs-dc-sac et va parfois jusqu'au symblépharon et au xérosis. En supposant que la cornée reste exempte de lésions ulcéreuses, elle ne finit pas moins par devenir opaque et comme dermoïdale, au grand détriment de la vision.

Rien n'est plus commun que la terminaison par staphylomes, dont ceux primitifs tiennent à la perforation de la cornée, alors que les consécutifs, tant cornéens que scléroticaux, sont le résultat de l'état glaucomateux de l'œil. C'est ce qui s'observe couramment en Egypte, où de pareils aveugles abondent.

Une forme rare de granulations chroniques est celle où, à côté de saillies à la surface de la muqueuse, s'ajoutent des grains interstitiels caséeux et la sclérose de l'épithélium. Cette variété est d'autant plus tenace que la muqueuse devient moins vasculaire et que la sécrétion muco-purulente se trouve réduite.

Le travail de rétraction cicatricielle commence toujours par la partie moyenne du tarse, qui se coude et forme un angle rentrant en arrière. De là, on voit partir des brides formant des mailles irrégulières qui contiennent des nids de granulations non encore éliminées. La surface du tarse devenue râpeuse et comme granitée justifie la dénomination de figues, cûz.a, donnée par Paul d'Egine.

La résolution spontanée du trachome est rare et seulement lorsqu'un travail suppuratif éventuel se surajoute. Alors aussi, on .voit le pannus se résorber et la cornée s'éclaircir, à la condition bien entendu que son parenchyme ne soit pas le siège de lésions graves.

Le traitement de l'ophtalmie granuleuse a été le sujet de nombreuses tentatives, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours.

Déjà Hippocrate préconisait le raclage des granulations avec un éche-

veau de laine brute, jusqu'à dénudation du tarse. Cela fait, il cautérisait la surface saignante au fer rouge et y appliquait un onguent à base de cuivre.

L'École d'Alexandrie procédait autrement. Dans les formes légères, lippitudo arida, seuls les topiques astringents étaient mis en usage. Dans celles aiguës et très sécrétantes, on se bornait aux topiques émollients, cataplasmes et préparations d'opium. Enfin, contre les aspérités ou trachome, on faisait le raclage avec le revers d'une feuille de figuier, ou mieux encore au moyen de la lime ou du scalpel.

Paul d'Égine, partisan exclusif du traitement mécanique, se servait d'un instrument de son invention, appelé blépharoxystron. Sévérus l'accuse d'aggraver le trachome et y substitue le massage fait avec le doigt préalablement enduit d'une pommade au cuivre; à cet auteur revient le mérite d'avoir envisagé l'affection comme spécifique.

Les Arabes reviennent aux procédés ectrotiques, et pour agir plus efficacement, Isaac Judeus puis Rhazès recommandent l'usage de la curette tranchante .

Depuis et jusqu'à la fin du xvme siècle, le traitement chirurgical des granulations fit place à des topiques, puisque Woolhouse s'attribua la découverte du raclage, qu'il pratiquait avec une brosse de barbes d'épis de blé; son exemple a été du reste peu suivi, et à partir de Richter, seuls les agents médicamenteux furent employés.

Au moment de la grande épidémie survenue à la suite des guerres de l'Empire, les moyens chirurgicaux ont été repris, bien que timidement, pour les grosses granulations végétantes que Luteus, Preuss et Stellwag excisaient aux ciseaux. Piltz, allant plus loin, pratiquait couramment des scarifications profondes et touchait la surface avec le sulfate de cuivre. En 1859, Borelli revint au brossage, tandis que Desmarres abrasait le trachome parvenu à la période de rétraction ; Cuignet était partisan de l'expression forcée.

L'excision d'un lambeau de la conjonctive des culs-de-sac fut pratiquée successivement par Benedict1, Ilimly et Andrese, qui eurent pour imitateurs Galezowski2, Sneller 3, Eversbuch et Schwab.

Heisroth et son élève Richter *, lors d'incurvation du tarse, le résèquent en respectant le bord libre, qu'ils ont soin de suturer avec la conjonctive du cul-de-sac. Richter ne manque pas de citer des succès ainsi obtenus.

11. Pagenstecher et Costomyris prônent à nouveau le massage, qui ne diffère de celui de Séverus que par la pommade au bioxyde jaune

1. Bésédict, Handb. der prack. Augenh., Leipzig, t. I, p. 85, 1822. '2. Gaiezowski, Rec. d'opht., 1874, p. 132.

5. Snelleu, Areh. /'. Opht., XXX, 4, p. 133, et XXXIII, p. 115, 1885. 4. Richter, v. Grzefcs Arch., XXXI, 4, p. 75, 18S5.

de mercure dont on se graisse le doigt (Pagenstecher), ou la poudre, fine d'acide borique, que préfère Costomyris.

Reich1, partisan de l'unité de la conjonctivite folliculaire et trachomateuse, touche les follicules des culs-de-sac, après cocaïnisation, au moyen d'un fin galvanocautère. Au besoin il pratique l'expression, le raclage, et fait des applications de solutions de nitrate d'argent, de sublimé ou d'autres agents. Le thermocautère, l'électrocautère et l'électrolyse comptent pas mal de partisans; pour nous, ces moyens nous ont peu réussi.

Relow2, Staderini, Guaita et d'autres ont appelé l'attention sur les propriétés prétendues spécifiques du sublimé en solution à 1 pour 100 et à 1 pour 500. D'après Guaita", des badigeonnages avec la solution forte et des pulvérisations avec la solution faible, combinés aux attouchements de nitrate d'argent et à l'application de poudre d'iodoforme, sont aptes à faire avorter la conjonctivite purulente des nouveaunés. Dans la conjonctivite diphtéritique, le sublimé seul en attouchements et en pulvérisations lui a réussi mieux que tout autre agent. Dans celle granuleuse, il empêcherait la formation de nouveaux follicules; employé au début, il procure ordinairement une guérison rapide sans trace de cicatrices apparentes.

Dransart*, pour les granulations continentes des culs-de-sac, propose les injections sous-conjonctivales de sublimé à 1 pour 1000, soit seules, soit combinées aux scarifications et au brossage. Malgré le gonflement considérable des paupières qui en résulte, il n'aurait jamais observé des complications du coté de la cornée.

Sattler de Prague est revenu franchement aux moyens chirurgicaux, qu'il exécute comme il suit :

Après anesthésic locale par la cocaïne ou générale au chloroforme, suivant la sensibilité des individus, il retourne complètement les paupières, surtout la supérieure, à l'aide d'une pince spéciale; puis il scarifie la conjonctive plus ou moins profondément et enlève avec une curette tranchante tout le tissu trachomatcux en une seule séance, si la chose est possible.

Dans les cas de trachome succulent (sulzig), il préfère commencer par éteindre le processus inflammatoire au moyen d'attouchements alternatifs de sublimé et de nitrate d'argent. De même, après les scarifications et le curettage, il conseille de continuer pendant quelque temps le sublimé d'abord, puis le sulfate de cuivre et le tannin. Par ce traitement, l'auteur dit avoir obtenu des guérisons rapides sans

" 1. Reich, Klin. M. B., 1888, p. 56. 2. Below, Journ. de me'd. russe, 1885.

Page 1