Albrax, lilin. Mb., p
PINGUÉCULA
La pinguécula réside dans une altération nutritive de la conjonctive et du tissu lamineux sous-jacent. Son siège presque exclusif est la partie de la muqueuse habituellement exposée à l'air, autrement dit le long de la fente palpébrale, principalement du côté nasal, bien que Sœvius affirme la prédominance du côté externe. Des pinguéculas de part et d'autre sur un seul œil ou sur les deux ne sont pas rares. Très exceptionnellement, comme chez une dame de trente ans, il nous a été donné d'observer aux deux méridiens principaux près des tendons des muscles droits des plaques jaunâtres légèrement saillantes et à bords diffus d'un aspect fort disgracieux, et qui tenaient le milieu entre le lipome et la pinguécula.
Très souvent cette dernière empiète sur la cornée, qu'elle encadre parfois; d'où il résulte une sorte de rigole où les poussières et les microbes séjournent et provoquent à la longue par irritation du ptérygion.
Du volume d'un petit pois au plus, de forme aplatie et de couleur jaunâtre, la pinguécula a été envisagée jusqu'à Weller' comme une accumulation de graisse sous la conjonctive. Celui-ci, et plus tard Desmares2, reconnurent l'absence totale d'éléments graisseux; pour Robin, la lésion réside uniquement dans l'hyperplasie de l'épithélium.
Récemment Fuchs3, s'étant livré à de nombreux examens histologiques, put s'assurer qu'il s'agit d'une dégénérescence hyaline sénile, non seulement de la conjonctive, mais aussi du tissu sous-muqueux et des couches superficielles de la sclérotique, l'épithélum n'y prenant qu'une part secondaire. Examinée à la loupe, la surface de la pinguécula apparaît très irrégulièrement colorée en jaune, et sur des dissociations on reconnaît que les îlots placés en plein stroma muqueux et au-dessous, sont constitués par des fibres conjonctives et élastiques devenues hyalines qui s'enroulent pour former des concrétions. Ces corps de couleur jaune verdàtre ne se laissent dissoudre ni par les acides, ni par les alcalis, pas plus que par l'éther ou le chloroforme. Le carmin et la plupart des autres réactifs connus, à l'exception du violet de méthyle, les colorent vivement, et l'iode leur donne une teinte brun acajou. Grâce à ces caractères, on parvient à différencier cette substance vitreuse de l'amyloïde et du glycogène.