Suchard, Thèse de Paris
jonctive est surtout prononcée au niveau des tarses et du limbe périkératique, alors qu'elle est émoussée dans le fornix et à la surface du globe.
Nous laisserons de cHé et à dessein le rôle des paupières au point de vue de l'acheminement des larmes, devant y revenir en traitant de l'appareil lacrymal.
En leur qualité de voiles protecteurs, les paupières s'ouvrent et se ferment sans cesse; mouvement connu sous le nom de clignotement. De plus, elles prennent une part importante au jeu du masque facial dans le rire, la frayeur, le courroux et l'expression de la souffrance physique ou morale.
Lors de l'ouverture, le muscle orbiculaire se relâche pendant que le releveur se contracte; l'inverse a lieu pendant l'occlusion. Pour que cette dernière s'effectue, il suffit du relâchement de l'élévateur combiné à la tonicité du sphincter; c'est ce qui a lieu particulièrement durant le sommeil et dans le ptosis paralytique. Peut-être en est-il ainsi du clignotement spontané. Dans tous ces actes physiologiques, seule la portion de l'orbiculaire en rapport avec le globe entre en jeu, celle orbitaire restant au repos.
Tout autre est le cas de l'occlusion avec effort ou par spasme. Non seulement la portion orbitaire se contracte, mais, grâce à ses prolongements artastoinotiques en haut et en bas, on voit les sourcils s'abaisser et se rapprocher sur la ligne médiane, en même temps que la commissure buccale est attirée en haut et en dehors et que des rides profondes convergent vers l'orbite. Les sujets affectés de photophobie avec blépharospasme consécutif sont dans ce cas. ■
Non seulement les deux portions concentriques de l'orbiculaire peuvent se contracter isolément, mais le muscle palpébral supérieur et inférieur ainsi que les prolongements sourcilier ou malaire de Henle agissent d'une façon indépendante. De là résulte une série d'associations fonctionnelles, sur lesquelles Duchenne de Boulogne a eu le mérite d'insister.
Toute irritation de la conjonctive et de la cornée provoque la contraction de l'orbiculaire. Lorsque cet état se prolonge, il s'ensuit le rétrécissement spastique de la fente palpébrale qui simule jusqu'à un certain point la microphtalmie. Par contre, l'anesthésie de la conjonctive par la cocaïne détermine l'élargissement temporaire de cette fente.
Pour que les paupières restent exactement appliquées sur le globe, il faut que la tonicité du muscle orbiculaire demeure intacte. Vient-elle à décliner, comme chez les vieillards, que réversion de la paupière inférieure en sera la conséquence. Le spasme de l'orbiculaire provoque souvent l'enroulement des paupières en dedans, appelé entropion spastique.
Une autre condition, indispensable pour la rectitude des paupières, réside dans l'absence d'altérations trophiques des tarses. Lors de cicatrices de la conjonctive et de la peau, ou de destruction des tarses par maladie, rien n'est plus fréquent que des entropions et des ectropions dits organiques, justiciables d'un traitement chirurgical actif.
Dans la paralysie de l'orbiculaire, les paupières restent jour et nuit largement ouvertes ; état qu'on désigne sous le nom de lagophtalmos paralytique.
L'impotence du relevcur donne lieu à la chute de la paupière su périeure ou ptosis, qui peut être congénital ou acquis, et le muscle occipito-frontal ne parvient guère à suppléer le releveur paralysé. D'après la remarque de Mauthner, l'occlusion de l'œil du côté sain a pour effet de compléter la suppléance, bien que d'une façon toujours imparfaite.
Les cils et les nombreuses glandes qui leur sont annexées concourent à protéger le globe contre le dessèchement et l'action irritante des poussières de l'air. Sappey, se fondant sur le chiffre plus élevé des glandes pilo-sébacées, leur accorde la prédominance fonctionnelle sur celles de Meibomius.
Les deux rangées de cils par leur rapprochement garantissent l'œil contre l'action d'une vive lumière, surtout lorsqu'ils sont de couleur foncée.
La conjonctive à l'état normal sécrète une petite quantité de mucus qui se délaye dans les larmes, au point de n'apparaître qu'au microscope sous forme de corps arrondis incolores, qu'il ne faudrait pas confondre avec des amas de cellules cpithéliales desquamées. Sitôt qu'il survient une irritation de la muqueuse, la sécrétion s'exagère et ne tarde pas à s'accumuler dans les culs-de-sac sous forme de flocons opalescents composés de leucocytes, de cellules épilhéliales et de plasma grenu coagulable par les réactifs. Alors aussi la sensibilité de la muqueuse s'exalte, surtout dans les points où les papilles abondent, face tarsienne et voisinage de la cornée.
Les glandes de Krause, vu leur nombre, concourent à la sécrétion des larmes, surtout chez certains sujets où elles sont particulièrement développées. Leur importance nous a été révélée chez un malade atteint d'épiphora incurable par oblitération osseuse du canal