‹ Traité des maladies des yeux (volume 2)Chapitre 54 sur 344 · Michel, Griffe cl Siemisch Ilaiul. f. 0., IV, p · texte numérisé non relu

Michel, Griffe cl Siemisch Ilaiul. f. 0., IV, p

Une fois le bourbillon sorti spontanément ou par pression, tout s'amende, et il ne reste qu'une légère cicatrice où les cils font défaut.

L'anthrax est plus rare et laisse subsister une cicatrice ectropionnanle, outre que le malade court le danger de mort par thrombo-phlébite du sinus caverneux, comme cela se voit pour le furoncle du nez et des lèvres.

On sait aujourd'hui que cette affection a pour point de départ la pénétration dans le follicule pileux du streptocoque, du staphylocoque ou du bacillus-anthracis. Suivant que le sujet est sain ou dyscrasié, il en résulte des types cliniques qui varient depuis le simple bouton d'acné bénin jusqu'à l'anthrax le plus grave. Quant au bourbillon caractéristique qui ne manque jamais, il est formé de produits graisseux, de masses épithéliales et purulentes, contenues dans du tissu conjonctif sphâcélc.

Au début, le meilleur mode de traitement consiste en lotions, en compresses humides et en pulvérisations phéniquées sur les paupières closes. Ces moyens apaisent les douleurs, diminuent le gonflement et peuvent faire avorter le furoncle. Une fois le bourbillon formé, on pratique une incision pour l'extraire. La cicatrisation s'opère rapidement, surtout si l'on a soin d'appliquer sur la plaie de la pommade au calomel ou au bioxyde de mercure.

Lors d'anthrax, il faut également s'occuper de l'état général, vu que souvent il s'agit d'individus dyscrasiés par le diabète, l'alcoolisme ou l'albuminurie.

L'orgelet, nordeolum, y.poOa des anciens auteurs, ne diffère du furoncle que par son siège borné à la lèvre antérieure du bord libre, et par l'absence de sphacèle des parois du follicule pileux; son volume dépasse rarement celui d'un grain d'orge. Le contenu, de consistance crémeuse, se compose de globules de pus en dégénérescence régressive, de détritus épithéliaux, de graisse altérée et d'une masse fibrinoïde qui englobe ces éléments. La peau et la conjonctive correspondante s'hypérémient, mais, à moins de complications, les glandes de Meibomius ne sont jamais intéressées.

Celte affection est sujette à de nombreuses récidives favorisées par l'anémie, le lymphatisme, l'arthritisme, la grossesse, les troubles menstruels et la ménopause ; à quoi il faut ajouter le régime échauffant, l'alcool, l'iode, le chloral, etc. On n'a pas manqué de faire intervenir l'action des microbes; mais, dans les examens bactériologiques qui nous sont personnels, nous n'avons trouvé que des cocci vulgaires dont la signification pathologique est des plus douteuses.

L'orgelet peut suivre une marche aiguë avec rougeur et gonflement de la paupière, ou rester stationnaire et se terminer par une sorte de concrétion blanchâtre appelée millium.

Dans la première forme, tant qu'il n'y a pas de suppuration, on se trouve bien de l'application de cataplasmes de fécule tièdes ou froids arrosés d'eau blanche. Sitôt la suppuration établie , on ouvre la petite poche au moyen d'un fin couteau, et le tout disparait en peu de jours sans laisser de traces.

Quant l'orgelet n'a aucune tendance à s'ouvrir, les pommades au calomel ou au bioxyde de mercure et les attouchements avec une solution de nitrate d'argent à 1 pour 100 rendent d'incontestables services, tant au point de vue de la résolution que pour prévenir de nouvelles poussées.

Comme pour l'acné, on doit s'attacher à combattre l'état strumeux ou anémique du sujet et à prévenir les récidives. Dans ce dernier but, on prescrit des lotions chaudes au borax, au bicarbonate ou au phénate de sonde, à l'eau stérilisée additionnée de quelques gouttes d'extrait de saturne après avoir détergé les bords palpébraux au moyen d'un corps gras antiseptique, principalement l'huile biiodurée mercurique à 2 pour 1000, dont nous faisons un fréquent "usage.

Dans ce qui précède, nous avons supposé que la maladie se limite au seul follicule pileux. .Mais lorsque l'orgelet se prolonge et se répète, il en résulte d'autres altérations dont l'ensemble constitue ce que l'on est convenu d'appeler la blëpharo-adénite. Le mal revêt alors une allure franchement chronique; les cils tombent définitivement, et à la peau tuméfiée et exulcérée il se substitue un liséré cicatriciel arrondi, continuellement recouvert de croûtes sèches englobant les rares cils qui subsistent. Comme d'autre part la partie attenante de la conjonctive tarsienne s'hypertrophie, il s'ensuit un ectropion et du larmoiement par éversion et oblitération du point lacrymal inférieur : alors aussi, le tarse et les glandes de Meibomius participent à l'inflammation. Toutes choses égales, l'ectropion est d'autant plus à craindre que l'individu est avancé en âge, ce qui tient au relâchement de l'orbiculaire.

Abstraction faite de cette complication dont il sera question ailleurs, rien n'est moins facile que de mettre un terme à la blépharite marginale, chronique. Comme les croûtes et les cils malades constituent un obstacle réel à la guérison, il faut les en-

lever le plus complètement possible avec Fig- 186. Pince à épilation. des pinces spéciales à

cuillères, dites à épilation. La surface dégraissée et lavée antiseptiquement, on applique divers topiques, tels que les pommades au calomel ou au bioxyde de mercure, l'huile de cade incorporée à la vaseline et à la lanoline. De même on prescrit pendant la nuit des rondelles

rie toile enduites de pommade de Hebra à base d'emplâtre de plomb et d'huile de lin, ou simplement de la toile vulcanisée.

L'emploi de l'huile au biiodure de mercure indiqué plus haut constitue un réel progrès, grâce à la pénétration de l'agent modificateur jusque dans les follicules enflammés, surtout si l'on a soin de brosser les bords libres avec un pinceau en blaireau à poils courts, ou avec une boulette de coton trempée dans la solution huileuse. Notre interne Braquehaye1 a signalé un fait curieux, celui de l'évolution rapide des cils du côté où l'on applique l'huile au biiodure.

En cas d'ulcérations profondes, on préférera aux corps gras des compresses imbibées d'une solution de sous-acétate de plomb à yj^, de sulfate de zinc ou de nitrate d'argent à jj^. Si cela ne suffit pas, on touche le fond de l'ulcère avec la pointe du crayon de nitrate d'argent mitigé, dont on prévient la diffusion sur la conjonctive en y passant aussitôt un pinceau trempé dans la solution de sel marin.

Une dernière précaution consiste à faire porter au malade des verres coquilles teintés, afin de protéger les paupières contre l'action de l'air, des poussières et de la lumière vive.

Les cils, en tant qu'appendices épithéliaux des follicules cutanés des paupières, peuvent être atteints primitivement dans leur nutrition.

Lorsqu'au lieu d'évoluer librement au debors ils restent en totalité ou en partie dans les follicules, ils s'y enroulent et deviennent cause d'irritation et d'orgelets. Leur avulsion à la pince s'impose, faute de quoi la blépharo-adénite se perpétue.

Leur décoloration, appelée canitie ou poliose, est générale ou ne se montre que par groupes et s'étend souvent jusqu'aux sourcils; c'est surtout à la suite de névralgies, de migraines ou de névrites de la cinquième paire que les poils blanchissent avant l'âge. Quelquefois cet état se lie au goitre exophtalmique et à diverses névroses. Le plus souvent définitive, la canitie est exceptionnellement transitoire, comme dans les cas de Paget et Rauber.

Parmi les cils modifiés, il en est qui persistent alors que d'autres tombent pour ne plus repousser. Nous avons observé un individu qui, à l'âge de trente ans; commença par perdre de la sorte la totalité des cils, des sourcils, des cheveux et des poils du corps. La peau glabre revêtait en même temps un aspect lisse caractéristique de la pelade.

Rarement la poliose et l'alopécie bornées aux cils sont congénitales; le fait cité par Corvoz- est unique. Presque toujours il y a lieu

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