‹ Traité des maladies des yeux (volume 2)Chapitre 56 sur 344 · Pijot, Th. de Paris, 1869, p · texte numérisé non relu

Pijot, Th. de Paris, 1869, p

Ayant eu l'occasion d'examiner histologiquement de ces kystes, nous avons pu nous convaincre que la paroi offrait souvent, mais non toujours, une double rangée de cellules, les plus internes cubiques, les plus externes allongées en forme de bâtonnets transversaux; disposition qui caractérise les glandes sudoripares représentées à la paupière par celles modifiées de Moll. Yvert, s'élant occupé du même sujet, croit qu'il s'agit de petits kystes sébacés ayant subi la métamorphose séreuse.

Ce qui plaide en faveur de notre opinion, c'est que ces kystes dès leur début, alors qu'ils sont encore à peine apparents, n'en contiennent pas moins exclusivement un liquide incolore.

Le fait que le canal excréteur des glandes de Moll s'ouvre dans le follicule et non à la surface de la peau explique le. siège à peu près exclusif de ces kystes au niveau du bord cutané du limbe palpébral. De pareilles productions en plein derme des paupières sont peu communes et affectent un volume plus considérable; cette rareté s'explique par l'abouchement direct du conduit sudoripare à la surface du derme.

La simple ablation aux ciseaux suffit pour obtenir la guérison définitive.

Pour terminer ce qui a trait aux affections du tégument externe et du tissu cellulaire sous-cutané des paupières, il nous reste à parler des angiomes simples d'origine congénitale ou nœvi, des lymphomes, des névromes, du molluscum, du lipome, de certains kystes, de l'œdème, de l'emphysème, des abcès, des manifestations syphilitiques, de la lèpre, du bouton d'Alep et de diverses néoplasies malignes. Quant au chalazion, il en sera question à propos du tarse.

Sous le nom de nœvi, on décrit les angiomes congénitaux de la peau des paupières apparaissant sous forme de taches ou d'exubérances de couleur lie de vin, susceptibles de disparaître sous la pression digitale, tandis qu'ils se gonflent et deviennent turgescents par les efforts et les cris.

Le nombre et l'étendue des taches sont variables, et il en est de même de leur couleur qui va du rouge cerise au rouge foncé.

L'examen histologique montre qu'il s'agit d'une dilatation des réseaux capillaires aussi bien que des vaisseaux afférents et efférents, artérioles et veinules. La paupière supérieure vers sa partie externe en est le siège de prédilection.

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Tantôt les nsevi restent stationnaires et disparaissent d'eux-mêmes, alors qu'ailleurs ils envahissent la totalité des paupières et même les régions voisines, front, tempe, joue, donnant lieu à de larges plaques vineuses f'ramboisées qui déparent le visage.

Ce qui est pis, c'est de voir la dilatation vasculaire de la peau s'accompagner d'angiomes profonds simples ou caverneux de l'orbite.

Avec le temps, la production se modifie dans sa structure, de façon à devenir kystique ou pigmentaire et à se hérisser de cils et de poils. Le derme et le tissu conjonctif s'hypertrophient pour constituer à la fin des tumeurs complexes, pouvant dégénérer au besoin en vrai cancer.

Il résulte de tout cela que le pronostic des ngevi comporte des réserves; à moins qu'ils ne restent stationnaires ou qu'ils rétrogradent, il faut les traiter chirurgicalement.

Tout au début, le meilleur mode de traitement est l'emploi d'une fine pointe de thermo-cautère que l'on fait pénétrer obliquement sous la peau de façon à circonscrire la plaque angiomateuse ; une seule application réussit ordinairement. La réaction qui en résulte est insignifiante, et l'application de compresses évaporantes antiseptiques à l'acide borique ou à l'acide phénique faible suffit; si, malgré cela, quelques points viennent à suppurer, on les saupoudre d'iodoforme. Il est à ajouter que cette petite opération n'entraîne aucune difformité.

Chez les nouveau-nés, on a proposé la vaccination de la plaque angiomateuse à l'aide d'un fil trempé dans le vaccin et passé à travers la peau à la façon d'un séton. C'est là un moyen incertain et qui détermine un fort gonflement de la paupière.

La ligature avec deux fils placés en croix sous des épingles à insectes passées à travers la base de la tumeur est douloureuse, expose à la suppuration et laisse une cicatrice pour le moins disgracieuse.

Les injections coagulantes de perchlorure de fer doivent être proscrites à cause des accidents graves qui peuvent en être la suite, par diffusion du caillot chimique dans les veines de l'orbite et jusqu'au sinus caverneux.

La pâte de Vienne, le chlorure de zinc et d'antimoine ont le grand inconvénient de déterminer un ectropion grave. Nous avons eu l'occasion d'en opérer par le procédé de Warton Jones chez une jeune fille de 20 ans, dont Bonnet de Lyon avait cautérisé dans l'enfance la paupière supérieure angiomateuse avec le chlorure de zinc.

Lors d'un vaste angiome palpébral, deux méthodes peuvent être employées avec profit et pour le moins sans danger, l'électrolyse d'une part et l'ablation au bistouri de l'autre. La première exige des mois et môme des années, sans compter qu'elle est douloureuse et ne réussit pas toujours. La seconde est expéditive et sûre, mais elle entraine une

perte de substance qui comporte l'autoplastie libre ou à pédicule. Dans les cas propices, c'est-à-dire lorsque l'angiome est relativement restreint, nous préférons ce dernier procédé permettant d'extirper tout prolongement de la tumeur dans l'orbite. Grâce à l'antisepsie et à l'hémostase par les pinces, on n'a rien à craindre et l'on parvient à une guérison radicale et prompte.

Le système lymphatique des paupières offre des modalités pathologiques encore mal connues.

Michel1, sous le nom de lymphangiome circonscrit, décrit une tumeur rougeàlre, en partie translucide et lisse, du volume d'un pois, ayant pour siège la lèvre muqueuse du bord libre. En procédant à son excision, il vit s'écouler un liquide clair, et sous le microscope il trouva une sorte de tissu cavernulaire infiltré de cellules lymphoïdes ; les parois des cavités kystiques étaient tapissées de cellules endothéliales disséminées.

Comme la peau du scrotum, celle des paupières devient parfois scléreuse et œdématiée au point qu'elle représente un sac pendant. Par des piqûres, on fait couler de la lymphe coagulable, mais sans parvenir à en dégorger les tissus. Une observation de cette altération curieuse se trouve relatée dans la thèse de Yiguier2.

L'éléphantiasis véritable est rare et se caractérise par une énorme distension œdémateuse qui succède à des poussées érysipélaloïdes. Dans le cas relaté par Teillais de Nantes3, les manifestations érysipélateuses ont paru faire défaut. Il s'agissait d'une femme de soixante-quinze ans portant au niveau des paupières supérieures deux tumeurs volumineuses; la peau était saine, mais épaissie. Après ablation, l'auteur a constaté L'hypertrophie avec dégénérescence du tissu conjonctif et surtout la sclérose des vaisseaux artériels; autour des veines, il existait un manchon de cellules embryonnaires. Les lymphatiques avaient un développement considérable et étaient entourés d'amas de cellules rondes.

Les observations de v. Grœfe* et de Paoli5 paraissent se rapporter plutôt à des névromes plexiformes, et il en est probablement ainsi de celles de Wecker6 et Horncr7.

Les névromes plexiforitles ne sont pas extrêmement rares. Sur 50 cas observés dans différentes régions du corps, on en compte 15

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