‹ Traité des maladies des yeux (volume 2)Chapitre 60 sur 344 · Godabd, Egypte et Palestine · texte numérisé non relu

Godabd, Egypte et Palestine

forme. La tuberculine de Koch, employée dans ces dernières années, a fourni des résultats variables, et paraît délaissée.

La lèpre s'attaque souvent et de bonne heure aux paupières sous la double forme de plaques anesthésiques brunes et de tubercules rouges indurés qui ne tardent pas à s'exulcérer et à se recouvrir de croûtes. Un gonflement prononcé et la chute des cils accompagnent l'ulcère, qui, abandonné à lui-même, entraine un ectropion grave.

Comme traitement, la cautérisation au thermo ou à l'électro-cautèrc combinée aux lotions phéniquées est préférable au curettage; intérieurement, on administre l'huile de Schalmoogra ou l'acide gynocardique.

De toutes les productions malignes des paupières, Yépithélioma ou cancroïde tient par sa fréquence la première place.

L'âge avancé et le sexe masculin y prédisposent. Le siège habituel est le bord libre, principalement l'inférieur, et la commissure interne, ce qui s'explique par la fréquence des irritations et des excoriations de ces parties, surtout chez les vieillards. Le plus souvent l'épithélioma débute par le derme, exceptionnellement par la conjonctive. Dans les deux cas il revêt la forme en plaque et ne tarde pas à s'ulcérer et à saigner au moindre attouchement.

Une autre variété moins commune a pour point de départ les glandes sébacées et sudoripares, rarement l'appareil glandulaire des paupières et de la conjonctive. La tumeur sous-cutanée ou sous-muqueuse se ramollit et donne naissance à un ulcère cratériforinc grisâtre et déchiqueté sur les bords, d'où il s'écoule du sang et une sanie abondante formant par dessiccation des croûtes brunes.

De ces deux types le premier est de beaucoup le moins grave; on l'observe chez les vieillards, où, pendant de longues années, il ne survient aucun retentissement ganglionnaire. Le second, né dans la profondeur, suit une marche rapidement envahissante et s'attaque presque aussitôt aux ganglions lymphatiques, à l'orbite et même aux os. Les métastases à distance sont ici particulièrement à craindre.

Par exception, l'épithélioma dérive de la caroncule, du pli semilunaire, des canalicules lacrymaux ou du sac lacrymal; sa structure, partout la même, consiste en cellules épithéliales ramifiées et tassées concentriquement les unes contre les autres, formant autant de nids qu'entourent des travées de tissu conjonctif infiltré de leucocytes. Çà et là on rencontre des faisceaux dissociés de l'orbiculaire, de nombreux capillaires néoformés à parois minces et des infarctus dus à la rupture de ces derniers.

A la période de ramollissement et d'ulcération, les éléments cellulaires les plus anciens et avec eux les tissus qui les environnent s'altèrent par nécrobiose et se transforment en une sanie purulente. En même temps, les cellules épithéliales de la périphérie prolifèrent.

gagnent les lymphatiques et les vaisseaux sanguins, principalement les veines, pour de là envahir les organes éloignés.

On conçoit d'après cela combien le pronostic est différent suivant qu'il s'agit de la forme superficielle ou de celle profonde.

Tant que le cancroïde ne dépasse pas les limites du derme, on doit essayer la solution saturée de chlorate de potasse. Mais pour peu que ce moyen échoue, on pratique le raclage à la curette tranchante ou l'extirpation radicale avec les ciseaux et le bistouri. Les caustiques, pâte de canquoin, poudre de Vienne, chlorure d'antimoine, etc., ne sauraient être conseillés que pour certains papillomes distants du bord libre: encore est-il qu'il faut surveiller leur action, de crainte de provoquer un ectropion. Lors d'envahissement de la totalité ou d'une grande partie de la paupière par le néoplasme, on enlève le tout, et pour combler la brèche on pratique la blépbaroplastie immédiate, surtout lorsqu'il s'agit de la paupière supérieure qui expose le globe à rester sans protection. Si déjà l'orbite est envahi, l'exentération orbitaire seule peut assurer le succès, à la condition que les ganglions ne soient pris.

Le sarcome primitif des paupières est extrêmement rare, et presque toujours il s'agit de l'extension d'un sarcome de l'orbite. Dans une observation personnelle, la tumeur provenait des fosses nasales et s'était propagée le long du canal du môme nom.

A la paupière comme ailleurs le néoplasme affecte divers types, ceux du sarcome pur, du fîbro-sarcome, du cysto ou du mélano-sarcome et du myxo-sarcome.

La tumeur a une marche d'autant plus rapide qu'elle est souscutanée et /le consistance molle. La peau y adhère, puis s'ulcère et se perfore, laissant passer au dehors un champignon fongueux rougeàtre. Comme pour l'épithélioma. les ganglions s'engorgent et les métastases viscérales sont fréquentes.

La seule ressource consiste dans l'ablation hâtive et large du néoplasme, quitte à recourir à la blépbaroplastie. Des prolongements dans les cavités voisines, fosses nasales, sinus frontal et maxillaire, fente ptérygo-maxillaire, et l'envahissement des ganglions, constituent des contre-indications formelles.

A coté des affections de la peau des paupières et du tissu conjonctif, nous plaçons celles du tarse qui leur sont connexes. Les glandes de Meibomius peuvent être le siège d'hypersécrétion.

ou acné fluente, qui se traduit par l'aspect vernissé des bords libres et l'accumulation d'une écume blanche au niveau des commissures. Cette sorte d'émulsion, due au mélange de la graisse et des larmes, se condense pendant le sommeil sous forme de chassie.

Une autre variété d'acné est celle dite concrète. Le produit de sécrétion devenu consistant s'accumule dans la glande ou le follicule pileux et donne lieu à de petits abcès. Cela s'observe fréquemment pour les glandes de Meibomius, et en renversant la paupière on aperçoit à travers la conjonctive tarsienne une rangée de lignes jaunes ou blanches crémeuses, avec hyperhémie de la muqueuse. Par la pression, on fait sourdre du conduit excréteur un filament blanc spiroïde appelé comédon, et dans la folliculite aiguë du liquide puriforme.

Lorsque Y acné meibomienne suit une marche chronique, le contenu renferme des dépôts calcaires et des paillettes de cholestérine. Cette sorte de calcul, qu'on voit nettement à travers la conjonctive, se laisse facilement extraire par une simple ponction à la lancette, faite du côté de la muqueuse.

Au lieu de se borner à la glande, l'inflammation peut s'étendre au tarse, où elle détermine une accumulation d'éléments lymphoïdes. Cette transformation est fréquente et, pour peu qu'elle s'exagère, constitue le chalazion.

Le chalazion, de yjxXaÇa, grêlon, est une tumeur du volume d'un grain de mil à celui d'un haricot, siégeant dans le tarse, bien qu'elle puisse le franchir en avant ou le déborder en arrière du côté de la conjonctive.

Son point de départ est souvent, sinon toujours, une des glandes de Meibomius enflammée; mais ce serait une erreur d'en faire un kyste par rétention. La glande prend une part tellement petite à sa constitution, que sur des coupes histologiques on en rencontre à peine des traces. De plus, le chalazion manque de parois, et les éléments qui le constituent se confondent insensiblement vers la périphérie avec le tissu propre du tarse ; on voit, d'après cela, qu'il n'y a là aucun des caractères des vrais kystes. Histologiquement, la masse est constituée de cellules rondes entremêlées de quelques-unes fusiformes et d'autres très grandes à plusieurs noyaux. Vicentiis1 envisage ces dernières comme caractéristiques et donne à l'affection le nom de granulome giganto-cellulaire. Dans nos nombreux examens, cet élément était accessoire, et seules les petites cellules rondes dominaient; c'est pourquoi nous acceptons le terme de granulome tout court proposé par Yirchow2.

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