‹ Traité des maladies des yeuxChapitre 101 sur 547 · Aldrami, Klin, Monalsbl. f. Augenh., 1892, p · texte numérisé non relu

Aldrami, Klin, Monalsbl. f. Augenh., 1892, p

KERATITE FILAMENTEUSE.

Pour Leber, ces filaments seraient constitués par des dépôts de fibrine; Uhthoff y voit une transformation de la membrane de Bowmann. Fischer rattache également la production aux éruptions herpétiques, et considère le filament central comme une formation fibrineuse au niveau de l'ulcère cornéen. Czermak insiste sur la présence de nombreux noyaux dans la spirale du centre. Pour lui, le filament cornéen serait du mucus conjonctival, auquel les mouvements des paupières impriment une torsion. Dans son travail, Nuel établit que le cordon enroulé est de nature épithéliale. Nous empruntons la description qu'il donne.

Sous le microscope, le filament présente deux parties très distinctes, une axiale et l'autre périphérique. La première, tordue sur elle-même,

constitue une sorte de câble. Fortement réfringente, elle se renfle souvent à son extrémité et offre, dans l'intervalle des fibrilles, des noyaux allongés.

La seconde, ou enveloppe, comprend des noyaux et des cellules fusiformes, la plupart épithéliales. A côté, il en est de plus petites.

Fig. 88. F'S- 89

h, noyaus de la partie axiale. — ee, cellules non transformées. Cellules d'implantation du torque.

arrondies, de provenance muqueuse. Si la lésion est ancienne, on observe des cellules polynucléées parfois énormes, rappelant des psorospermes, à quoi s'ajoutent des éléments ayant subi la transformation graisseuse et des granulations diverses.

Le mode d'implantation des filaments sur la cornée est particulière-

238 Maladies de la cornée.

ment intéressant. Toujours Fauteur a trouvé le câble, axial à une très courte distance de la surface épithéliale. Là, il s'élargit et ses fibres s'étalent en rayonnant dans l'épithélium sous forme de tourbillons. Aux approches de ces tourbillons, les cellules superficielles de la cornée s'allongent et deviennent fusiformes. Si l'on arrache ces fibres, on voit que chacune d'elles est une cellule épithéliale amincie et allongée. De plus, en poursuivant l'examen plus périphériquement, on ne tarde pas à se convaincre que toutes les fibrilles du câble représentent des cellules épithéliales de plus en plus étirées.

La provenance de Yenveloppe est plus difficile à expliquer. Si l'on étudie la production à l'état naissant, on voit qu'il s'agit tout d'abord d'une saillie hyaline miroitante qui grandit, se renfle en boule et se transforme du jour au lendemain en un filament d'un et demi à un centimètre de longueur. En même temps, celui-ci se tord et se recouvre d'une épaisse couche hyaline, également constituée par des cellules épithéliales dégénérées.

D'après Nuel, le câble central est formé par une excroissance de l'épithélium cornéen. Toujours l'enroulement a lieu de droite à gauche, sans que l'on puisse donner la raison de cette constance. On ne peut invoquer les mouvements des paupières, puisque les mêmes phénomènes se produisent pour les cornes épidermiques et les ongles.

Au point de vue chimique, le filament central est peu modifié par les réactifs. Seuls, les noyaux jeunes se colorent fortement par le carmin. L'enveloppe est plus sensible; elle se ratatine et se déforme dans l'alcool, surtout en présence des acides. Les alcalis, au contraire, ainsi que la glycérine, la gonflent et finissent par la dissoudre. De l'ensemble de ces caractères, Nuel conclut que les éléments du câble central se kératinisent, alors que les cellules de l'enveloppe subissent la transformation muqueuse. Il n'est pas certain que les cellules polynucléées et graisseuses dérivent des cellules épithéliales. Il se pourrait qu'elles fussent d'origine migratrice et, comme telles, provenir de la sécrétion conjonctivale, cela d'autant mieux que les yeux porteurs de filaments offrent toujours un certain degré d'irritation.

En définitive, la kératite filamenteuse serait une hyperplasie particulière de l'épithélium de la cornée, et accessoirement de celui de la conjonctive bulbaire. Hess admet également cette origine.

D'après les cas publiés, l'affection se montre de préférence chez des personnes âgées ayant de la conjonctivite chronique. On l'a cependant rencontrée chez des sujets jeunes. Ordinairement, un seul œil est atteint. Les excroissances sont localisées à un secteur et occupent rarement le limbe et la conjonctive bulbaire. Nous possédons des préparations faites par notre interne M. Sourdille, qui prouvent que le câble naît dans les couches profondes de l'épithélium cornéen.

KERATITE FILAMENTEUSE.

Pour Uhthoff etNuel, la propprtion de cette kératite serait de j^ affections oculaires. Albrand donne un chiffre plus élevé j~^. Il attribue cette fréquence à L'emploi de sels d'atropine impurs, et comme tels irritants. Pour lui, le traitement consiste à cesser les mydriatiques et à toucher la cornée avec une solution de nitrate d'argent à 2 pour 100.

On neutralise aussitôt avec du sel marin et Ton applique des compresses chaudes. Ce quia le mieux réussi à Nuel, ce sont des instillations répétées de chlorure d'ammonium à 2 pour 100.

Dans un nouvel article, Nuel1 étudie celte altération de l'épithélium sur les ulcères et les plaies de la cornée. Les filaments tordus offrent la même constitution, mais celte fois plus ou moins atypique.

De plus, il a constaté, aussi bien dans la tête du torque que dans l'épithélium de la base, une multiplication des cellules épithéliales, constituant des nids entourés d'une paroi scléreuse. En même temps, il a pu assister à la formation d'un grand nombre de grains hyalins, identiques à ceux décrits par Fuchs dans la pinguecula. Ces grains se dessèchent sans se déformer, se colorent peu par le carmin boracique, mais bien par l'éosine et la fuchsine acide. Le picro-carmin leur donne une coloration jaune assez intense. Absence totale de réaction amyloïde. Nous avons rencontré les mêmes corps réfringents dans la kératite chimique, où ils ont été pris pour des éléments graisseux.

En dehors des filaments, l'épithélium cornéen est soulevé par des

Fia-, oo.

A, nids des cellules. — nn. crains hyalins dans le stratuin épithélial. — D, nids de cellules isolés avec grains; à côté, grains hyalins libres.

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