‹ Traité des maladies des yeuxChapitre 107 sur 547 · Fœrster, Soc. opht. Heidclberg · texte numérisé non relu

Fœrster, Soc. opht. Heidclberg

transmis la syphilis. En dehors de toute autre preuve, la présence de la kératite ne saurait suffire pour les incriminer. Cette réserve sera d'autant plus justifiée que l'affection cornéenne se montre à une époque éloignée de la naissance et que le malade, en apparence bien constitué, ne présente pas d'altérations dentaires ou autres.

Il ne reste pas moins démontré que, dans cette kératite, un état hypotrophique de l'organisme est la règle, ainsi qu'en témoignent l'arrêt de développement du corps, l'aspect chétif de l'individu et la grande mortalité survenant dans le bas âge, ainsi que Hutchinson l'a signalé le premier.

Comme la kératite interstitielle diffuse procède avec lenteur et aboutit à la sclérose de la cornée, on devra instituer un traitement résolutif énergique. Ici, comme dans la variété précédente, les compresses chaudes, recouvertes d'une feuille imperméable (toile vulcanisée ou taffetas gommé), et les douches de vapeur devront être employées avec persévérance. Il en sera de même des instillations d'atropine destinées à combattre la photophobie et à prévenir l'occlusion de la pupille. Grandcléinent1 dit s'être très bien trouvé du massage de l'œil, qu'il répète toutes les deux heures à travers la paupière fermée. Comme topique il se sert de la cocaïne pour anesthésier la cornée, après quoi il instille quelques gouttes de vaseline liquide phéniquée. Chaque séance est de 10 minutes. Au bout de 40 à 90 jours au maximum la guérison serait complète.

Mais ce qui constitue la base du traitement, c'est l'emploi vigoureux et prolongé du mercure et des iodures alcalins.

C'est pourquoi l'on prescrira tour à tour l'iodure de potassium, le sirop de Gibcrt à la dose de 2 à 4 cuillerées à soupe par jour, les frictions mercurielles de 2 à 5 grammes chacune et les injections hypodermiques d'un centigramme de sublimé ou de peptonatc d'hydrargyrc. Récemment, nous leur avons substitué la solution huileuse de biiodure de mercure, dont l'action est plus sûre et plus rapide. Chaque injection se compose d'un centimètre cube d'huile d'olive stérilisée et de 4 à 5 milligrammes de biiodure. Poussée profondément dans les tissus, elle détermine peu de douleur, pas d'induration et n'entraîne jamais de stomatite. Après 25 ou 50 injections, on s'arrête, quitte à les répéter trois ou quatre semaines plus tard, jusqu'à disparition de la kératite.

Il est bien entendu que l'on variera le mode d'administration et la dose de ces agents suivant l'âge du sujet et la gravité du mal. Ce qu'il faut retenir, c'est la nécessité de prolonger le traitement jusqu'à ce que la cornée ait recouvré son entière transparence. Comme il

I. (JiusDCLôENT, Soc. fr. d'ophl. in Arch. d'opht., X, p. 257, 1800.

KERATITE BULLEUSE. 247

s'agit presque toujours d'individus débilités, on ajoutera les toniques, l'iodure de fer, l'huile de foie de morue et un régime substantiel. On conseillera le séjour à la campagne et les stations salines ou sulfureuses.

Exceptionnellement, il nous a été donné d'observer une vascularisation totale de la cornée, s'accompagnant de photophobie, de douleurs ciliaires intenses, et ne cédant à aucun des traitements décrits plus haut. Ayant pratiqué en désespoir de cause la péritonite, nous avons été frappé de la rapidité avec laquelle la cornée s'est éclaircie et de la cessation presque immédiate des phénomènes réactionnels1.

Contre les foyers sclérosiques qui très souvent persistent dans les formes graves, on se trouvera bien de l'emploi de la pommade au bioxyde jaune d'hydrargyre, combiné au massage de l'œil à travers les paupières. Si les opacités subsistent et qu'en même temps le tonus de l'œil s'exagère, on devra pratiquer sans retard une large irideclomie à la fois optique et résolutive. Dans le même but Hasner2 a préconisé les paracentèses.

Le traitement, conduit avec vigueur et persévérance, aboutit presque toujours à la guérison. Les insuccès et les désastres attribués à une forme de kératite parenchymateuse dite maligne existent, nous le croyons, mais il ne nous a pas été donné de les observer.

La principale préoccupation sera de prévenir les rechutes, qui ne sont que trop communes. Pour cela, il suffit de prolonger le traitement, alors même qu'on aurait eu complètement raison d'une première poussée.

VIH KÉRATITE BULLEUSE

Cette affection se caractérise par l'apparition d'une seule bulle, rarement de deux, à la surface cornéenne. La lésion débute par le centre pour gagner ensuite les parties déclives. Le contenu clair ne remplit la poche qu'incomplètement, ce qui fait que, dans les mouvements alternatifs des paupières, les parois se plissent et le liquide se laisse refouler à l'aide d'un stylet, d'un point à un autre.

A part une légère injection péricornéenne. des douleurs ciliaires exacerbantes qui précèdent et accompagnent l'éruption, et une infiltration du stroma. il n'y a rien à signaler.

Une fois la bulle rompue ou excisée, on aperçoit le fond légèrement excorié et opaque qui ne tarde pas à se recouvrir d'une nouvelle couche épithéliale. Des poussées successives ne sont pas rares.

Page 1