Panas, Leçons sur les kératites, I S 7 ( j , p
OPACITES OU TAIES DE LA CORNEE. 275
time de coquetterie de la part dos malades, et l'utilité qu'il y a de rendre opaques les cicatrices demi-transparentes diffusant la lumière. Tenant compte de ces avantages, nous avons pratiqué cette opération, seulement permise à la condition d'être exempte de danger, et avons pu nous convaincre qu'elle, manque assez souvent son but, et qu'on est obligé de la répéter après un temps plus ou moins long, l'encre de Chine étant entraînée par les cellules lymphoïdes de la cornée. Môme en procédant antiseptiquement, une réaction parfois vive est à craindre, et, dans un cas que nous avons rapporté à la Société de chirurgie, il y eut des accidents sympathiques.
Sans condamner absolument cette méthode, nous pensons qu'il faut être circonspect et ne l'employer qu'alors que toute vascularité anormale a disparu, et qu'il ne subsiste aucune adhérence de l'iris à la plaque leucomateuse.
On exécute le tatouage à l'aide de deux à quatre aiguilles réunies en faisceau supporté par un manche. On les trempe, après les avoir flambées, dans une pâte fluide d'encre de Chine antiseptisée, puis on les fait pénétrer dans le tissu leucomateux, aussi obliquement que possible. En vue d'atténuer la douleur, on commence par instiller de la cocaïne, ce qui permet d'immobiliser le globe avec la pince. Si une première séance ne suffit pas, on en fait une seconde, même une troisième, en attendant chaque fois que la faible réaction qui s'ensuit ait complètement disparu.
Il n'est pas rare de se trouver gêné par un écoulement sanguin abondant : il faut différer alors le tatouage jusqu'à dévascularisation complète de la cornée.
L'idée de substituer au tissu leucomateux une nouvelle cornée transparente est due a Reissenger1. En 182i il tenta pour la première fois sur des lapins la kératoplastie totale, avec des résultats peu brillants, ce qui fit abandonner la méthode.
Quelques années plus tard, Muhlbauer2, respectant la membrane de Descemet, proposa la kératoplastie partielle.
Desmarres3, imbu des idées de Reissenger, fit sur les animaux diverses tentatives. Elles ont démontré que la greffe d'une nouvelle cornée était possible, mais que le lambeau transplanté perdait toujours sa transparence. Cela contribua de nouveau à l'abandon de la méthode, jusqu'au moment où v. Ilippel1, découragé à son tour, adopta définitivement le procédé de Muhlbauer, qu'il exécute à l'aide d'un petit trépan cornéen de son invention5.
1. Reissenger, Bairische An», mis dem Gebiete dur Chirurg. Sulzbach, 1824.
2. MimuuUEit, Scliniidl's Jahresb., t. XXXT, 1839. 5. Desmarues, Ann. d'oriil., 18-î-ô.
i. Hippee, Graefs Air/i., I. XXIII et XXIV.
5. IIirpEL, Bericht dur opht. Ycrsammlung zu Hcidctbcrg. 1887.
Si nous ajoutons que Wagenmann1, dans un travail récent, revient à la kératoplastie totale, nous aurons donné un aperçu des nombreux efforts tentés jusqu'ici.
De l'examen impartial des divers procédés de greffe cornéenne, il résulte que la reprise est plus certaine lorsqu'on respecte la membrane de Descemet. Encore est-il que les succès sont en petit nombre, et que la kératoplastie partielle convient aux seules nébulosités superficielles, où l'iridectomie et l'abrasion de la cornée par le procédé de. Malgaigne procurent d'aussi bons résultats, à beaucoup moins de frais.
Comme on le voit, la kératoplastie tant totale que partielle constitue une méthode encore mal assise. Dans l'espoir qu'on arrivera peut-être un jour à mieux faire, nous croyons devoir donner la description du mode opératoire adopté en dernier lieu par v. Hippel.
À l'aide du petit trépan, on circonscrit au centre de la cornée un disque qu'on dissèque avec le scalpel, en ayant soin de respecter partout la membrane de Descemet. Cela fait, on implante dans la perte de substance la cornée entière de la poule, préférable à une rondelle équivalente découpée sur la cornée du chat, du chien ou du lapin. La seule pression atmosphérique suffit pour maintenir le lambeau en place, sans qu'il soit nécessaire d'y ajouter des sutures. Les soins antiseptiques avant et après l'opération, le repos et l'immobilité de l'œil sous un bandage légèrement compressif, contribuent à assurer la reprise.
Il n'y a guère lieu de citer que pour mémoire les tentatives singulières et parfois dangereuses, consistant à enchâsser dans un trou de la cornée leucomateuse une cupule ou un double bouton de verre, dans le but de restituer au malade sa vision perdue. Malgré l'autorité de Pellier2 et celle de Nùssbaum3, un pareil moyen ne mérite vraiment pas qu'on s'y arrête.
Disons en terminant que pour les taies faiblement saturées on tire parti des lunettes à trous et à fentes sténopéiques, combinées à des verres correcteurs sphériques ou cylindriques. On atténue ainsi les cercles de diffusion et l'on corrige dans la mesure du possible les altérations de courbure de la cornée.
B. — OPACITÉS CORNÉENNES SYMPTOMATIQUES OU CONSECUTIVES
Ces opacités succèdent ou se lient en général à des inflammations de la sclérotique etdela choroïde. Celles qui méritent de nous occuper spécialement sont : la kératite en bandelette et la sclérose de la cornée.