‹ Traité des maladies des yeuxChapitre 135 sur 547 · Beselis, Arch. f. Avgenh., XYI, p · texte numérisé non relu

Beselis, Arch. f. Avgenh., XYI, p

serve sa transparence. Lorsqu'elle se laisse distendre, la sclérotique y participe et le staphylome est dit total.

L'humeur aqueuse, sécrétée comme on sait par les procès ciliaires, refoule la poche staphylomatcuse en avant, la zonule et le cristallin en arrière. II n'est pas rare d'y rencontrer des dépûts fîbrineux, des matières albuminoïdes coagulables, des éléments graisseux et des grains pigmentaires ou calcaires.

La face postérieure du staphylome, dépourvue en partie ou en totalité de la membrane de Descemet, adhère plus ou moins à l'iris atrophié. Les procès ciliaires sont tiraillés, déformés et aplatis, ce qui entraine la rupture de la zonule.

Le cristallin reste transparent ou devient cataracte. Lors de large perforation cornéenne, il se luxe ou même est expulsé au dehors.

Si la capsule cristallinienne se rompt, la lentille se résorbe, donnant lieu à une cataracte capsulo-siliqueuse.

Le vitré, par suite de troubles nutritifs, se rétracte et se décolle, seul ou avec la rétine. Il en résulte une cavité remplie de liquide séreux brunâtre ou jaunâtre, contenant des éléments hématiques et des corps volumineux de Gluge, les uns incolores, les autres chargés de pigment. Dans cet état, l'œil est en pleine voie de désorganisation.

Après des poussées glaucomateuses, la rétine et la choroïde finissent par s'atrophier, la papille s'excave et la perte de la vue devient définitive.

Le traitement des staphylomes est préventif on curatif. Étant donné le rôle important de la perforation de la cornée et de l'exagération du tonus dans la production de cette maladie, on doit combattre tout ulcère à marche envahissante, et s'opposer à l'élévation de la tension intra-oculaire.

Aux moyens déjà indiqués à propos des kératites ulcéreuses, fer rouge, iodoforme, acide borique, couleurs d'aniline, etc., on ajoutera le bandage ouaté compressif et les instillations d'ésérine et de pilocarpine.

Si, malgré cela, l'affection progresse, il faut recourir aux paracentèses répétées, à la sclérotomie ou à l'iridectomie.

Le traitement curatif remonte à la plus haute antiquité.

Dès l'époque alexandrinc et romaine, on pratiquait la ligature. A l'aide d'une aiguille munie d'un fil double, on traversait la saillie à sa base, puis on liait séparément les deux moitiés du staphylome.

Aétius perfectionna cette méthode en se servant de deux aiguilles passées en croix, chacune pourvue d'un fil double; il disposait ainsi de quatre anses rendant la constriction plus efficace.

Au xvi° siècle, Ambroise Paré pratiquait simplement l'excision de la partie staphylomatcuse qui dépassait les paupières. Deux siècles plus lard, Woolhouse, en cas de staphylome total, le fendait crucialement

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et évacuait tout le contenu du globe. Son seul but était d'obtenir un moignon favorable à la prothèse. C'est là l'origine de Véviscération ou exantdration proposée nouvellement.

Pour les staphylomes partiels, Woolhouse adaptait directement à la cornée une mince cupule d'or. Ce procédé, dit A' emboîtement, fut applique par Manchart, Heister et plusieurs autres. Il vient d'être repris, avec cette variante qu'on substitue une cupule de verre à celle métallique.

Si l'on ajoute que Janin et lîicbler proposèrent la cautérisation avec le beurre d'antimoine, on aura une idée complète du traitement des staphylomes au xvme siècle.

Dans la première moitié du xix''. Béer. Vetch, Heilberg et Rosas' conseillent l'iridectomie, qui, pour le dernier auteur, a le douille avantage d'améliorer la vision et d'arrêter les progrès incessants de l'ectasie.

Vetch, Delarue et Flarer préconisent le séton filiforme passé à la base du staphylome. Comme ce moyen exposait l'œil à la suppuration, il fut bientôt abandonné.

Enfin Wharton Jones'2 et Kùehler3 excisaient la totalité du staphylome et pratiquaient au besoin l'extraction du cristallin.

Ce court historique aura l'avantage de mettre en lumière la pari exacte que chacun est en droit de revendiquer dans le traitement des staphylomes.

Pour plus de clarté, nous exposerons séparément les moyens applicables au staphylome partiel et à celui total.

Lorsque le premier s'accompagne de hernie de l'iris, la partie prolabée s'étrangle et exagère la saillie slaphylomateuse. En pareil cas, on excise le prolapsus à sa base, en ayant soin de n'exercer aucune traction forte, sans quoi on déchire le tissu friable de l'iris qu'il est impossible de ressaisir. Pour cette raison nous substituons aux pinces un fin crochet coudé.

Si le staphylome est périphérique et qu'il s'accompagne de glaucome, il faut pratiquer une large iridectomie et libérer toutes les portions de l'iris adhérentes à la cornée. On transfixe celle-ci et l'iris avecun fin couteau de Gracie, ou bien on fait une ponction à la pique de ebaque côté de l'adhérence irienne qu'on arrache ensuite par moitié.

Lors d'adhérence centrale avec effacement de la chambre antérieure, le couteau de Gracie est indispensable. Grâce à son petit volume et à la direction tangenlicile qu'on lui imprime, on parvient à le faire passer sans toucher au cristallin. Une fois la chambre

1. Rosis, Handbach des Augenhcilkimde, Mien. 1800. '2. Warton Joxes, Londnn Mcd. Gazelle, 1858, p. 819. T>. Kïchler, Heidel. Mcd. Annalen, 1841, VU.

antérieure ouverte, on pratique une première iritomie latérale avec les pinces-ciseaux, on décolle l'iris de ses attaches ciliaires et l'on termine la taille du lambeau irien, en donnant un second coup de ciseaux du côté opposé.

Lorsqu'il ne subsiste plus d'espace pour le passage du couteau, on fait glisser celui-ci derrière l'iris, que l'on incise à sa base en même temps que la cornée. Cela fait, il ne reste plus qu'à exciser un lambeau irien en V renversé à l'aide des pinces-ciseaux introduites dans la chambre antérieure.

Lors de staphylomes partiels non compliqués de glaucome, on se borne à retrancher un lambeau semi-lunaire, proportionné au degré de l'ectasie; puis, on ferme la valve au moyen du catgut ou de la soie anglaise fine.

Contre les staphylomes cicatriciels avec phénomènes glaucomateux, l'iridectomie peut rester impuissante. L'excision d'une rondelle staphylomateuse au sommet de l'ectasie est alors préférable. A cet effet, on taille un lambeau par transfixion, à l'aide du couteau et des ciseaux; la brèche qui en résulte permet à l'œil de se détendre et ne tarde pas à se cicatriser. Malheureusement ce résultat est loin d'être définitif, et l'on est obligé de recourir souvent à d'autres procédés.

Toutes les fois que la chose est possible, il est bon de conserver une partie du globe en vue de la prothèse. C'est dans ce but que Critchett1 pratiqua la résection totale du staphylome avec suture consécutive du moignon scierai.

Immédiatement derrière la base de la saillie staphylomatcuse, il embroche la sclérotique de part en part avec 4 à 5 aiguilles courbes munies de fils, qui, laissées en place, forment une sorte de grille destinée à prévenir la sortie du cristallin et l'issue du vitré. Cela fait, il excise par transfixion le staphylome à sa base, et il ne reste plus qu'à dégager les aiguilles et à suturer la sclérotique.

Bien que réalisant un progrès, l'opération ainsi faite n'est pas exempte de reproches.

En premier lieu, le passage des fils à travers la région ciliaire peut provoquer une réaction vive et même des troubles sympathiques. L'affrontement linéaire des lèvres de la plaie sclérale laisse persister à son tour deux angles saillants qui rendent l'application de l'œil artificiel moins parfaite. Ajoutons que la présence des aiguilles gêne l'extraction du cristallin cataracte. De plus, lorsque l'excision porte sur une partie reculée de la sclérotique, on s'expose, par la section des artères ciliaires longues, à une perte abondante de sang, dont l'accumulation dans l'intérieur du moignon occasionne de la réaction et des douleurs vives.

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