PLAIES PAR INSTRUMENTS PIQUANTS
Laissant de côté les piqûres superficielles dont il a été question plus haut, nous ne parlerons ici que des plaies plus profondes, pouvant s'accompagner de lésions de l'iris, du cristallin, du vitré, voire même de la choroïde et de la rétine.
Elles sont ordinairement produites par des aiguilles, des pointes de ciseaux, des alênes et autres corps effdés.
Tant que le traumatisme se borne au tissu cornéen et ne se complique pas d'infection, la réaction qui s'ensuit est peu marquée; la plaie se cicatrise très vite et ne laisse subsister qu'une légère opacité néphéliomateuse ne gênant pas sensiblement la vision, à moins d'être située au niveau du champ pupillaire. 11 est rare de voir l'humeur aqueuse continuer à filtrer au dehors par le trajet de la piqûre. Cette complication, qui résulte de l'interposition d'un lambeau capsulaire ou de la membrane de Descemet, prédispose l'iris à s'adosser à la face postérieure de la cornée et à y contracter des adhérences partielles.
Lorsque la blessure est plus profonde, elle peut intéresser, avonsnous dit, l'iris, le cristallin, le vitré, même la rétine et la choroïde. Dans ce cas, il se produit une hémorrhagie intra-oculaire plus ou moins abondante, une cataracte traumatique et l'issue du vitré avec ou sans fragments cristalliniens.
Parmi les complications de ces plaies pénétrantes, on doit signaler la hernie de l'iris, surtout fréquente lorsque la lésion est périphérique, l'hypotonie, l'atrophie du globe et parfois des accidents sympathiques.
Le traitement des simples piqûres est des plus faciles. En évitant toute contamination, la guérison s'opère d'elle-môme.
Si la plaie est infectée, il ne tarde pas à apparaître delà suppuration qu'il faut s'efforcer de combattre par le fer rouge, les divers topiques antipurulents, iodoforme, bleu d'éthyle, lotions boriquées ou mercuriques.
Lors de perforation, on doit prévenir l'enclavement et la hernie de l'iris. Suivant que la plaie occupe le centre ou la périphérie, la conduite à tenir diffère. Dans le premier cas, on emploiera les mydriatiques, qui, en refoulant l'iris vers la circonférence de la chambre antérieure, l'empêchent de se prolabcr. Dans le second, on fera usage des myotiques, qui, resserrant la pupille, s'opposent à l'engagement de la base irienne. Il est essentiel de se servir de collyres absolument aseptiques, préparés à l'eau distillée bouillie, avec addition d'acide borique à 4 pour 100 ou de bichlorure de mercure à 1 pour 5 ou 10 000. Une compression légère à l'aide de rondelles de gaze iodoformée ou salolée concourt à assurer le repos de l'œil et à activer la cicatrisation.
Lorsque, malgré tout, une hernie survient, on procède à son excision, et si l'adhérence à la cornée persiste, on pratique une iridectomie libératrice. En cas de tache néphéliomateuse, les divers moyens éclaircissants doivent être employés.
A côté des plaies par instruments piquants, nous mentionnerons les érosions légères produites par des coups d'ongle, une brosse dure ou métallique, des dents de peigne ou tout autre corps offrant des aspérités. La lésion, peu grave par elle-même, s'accompagne souvent d'accès douloureux périodiques, principalement le matin, pouvant se répéter pendant des mois et des années. Cet état a été signalé par Arlt1 et décrit sous le nom de kérat algie traumatique par Grandclément2, qui en rapporte huit cas. Trois fois il s'agissait d'une feuille de plante d'appartement, une fois de feuille de vigne, deux fois de coup d'ongle de petit enfant à la mamelle, et deux fois de l'extrémité d'un ruban métrique. Nous-même avons observé un fait analogue
1. Aiu.t, Traité des blessures de l'œil, Irad. de Hallenhoff, Paris. 1877, p. 103.