Grandclémest, Soc. fr. d'opht., 9 mai
TRAUMATISMES DE LA CORNEE. 301
chez une dame qui, en tirant un mouchoir de sa poche, fit sauter une carte de visite, dont l'un des angles frôla la cornée.
Pour expliquer comment des traumatismes si légers déterminent pendant un temps indéfini des crises névralgiques, alors que des lésions beaucoup plus graves guérissent définitivement une fois le corps étranger enlevé, Grandclément invoque une névrite, des filets cornéens contusionnés. Martin1 de Bordeaux croit au contraire à une contraction spasmodique du muscle ciliaire.
Ouc-i qu'il en soit, diverses conditions concourent à aggraver les suites, telles sont : la malpropreté de l'agent vulnérant. un état dvscrasique de l'organisme lié au diabète ou à l'albuminurie, l'allaitement et la puerpéralité. Ce sont sans doute des causes de cet ordre qui expliquent la gravité de toute éraflure cornéenne chez les mères nouvellement accouchées et les nourrices. Parfois, il survient de la suppuration et des ulcérations persistantes, pouvant aller jusqu'à 1 hypopyon avec iritis.
Comme exemple du danger des excoriations multiples et infectées, nous citerons le cas d'un jeune ouvrier qui, ayant eu la cornée labourée par une brosse en fil de fer, pleine de cambouis et mue par la vapeur, eut une panophtalmie qu'aucun soin ne parvint à arrêter.
Pour combattre les douleurs et la photophobie, on doit insister sur l'emploi des calmants et des anesthésiques locaux, principalement sur l'atropine et la cocaïne. On administre en même temps le sulfate de quinine, l'antipyrine, le chloral. L'occlusion et le repos de l'œil, yjèompris les compresses évaporantes trempées dans une solution antiseptique non irritante, constituent un complément utile. Coppez2 dit avoir obtenu des succès par le massage avec, la pommade jaune. Il se pourrait qu'ici, ce moyen seul ou combiné à l'application d'une substance anesthésiante réussisse comme dans les cas d'affections synalgiques de l'œil étudiées par Chibret3.
Se rappelant l'influence de l'état général et particulièrement du nervosisme, on ne manquera pas de s'en préoccuper.
Si malgré cela la suppuration est imminente, on touchera la surface excoriée au thermocautère et l'on appliquera de l'iodoforme comme antiseptique et anesthésique.