TRAITEMENT DE L'IRITIS EN GÉNÉRAL
Le traitement de l'iritis comporte deux indications principales : 1° combattre l'affection dès le début en vue de prévenir les synéchies: l2° s'attaquer à ces dernières une fois organisées.
Pour remplir le premier point, on doit insister sur l'emploi persévérant des mydriatiques. Ceux-ci, en dehors de leur action dilatatrice, jouissent d'une propriété antiphlogistique et analgésique incontestable. Plus l'inflammation est intense et de nature plastique et plus ces applications deviennent impérieuses.
On se servira des sels d'atropine, de duboisine ou d'byoscyaminc à la proportion de {à 1 pour 100. Pour éviter l'altération de ces collyres, il faut les préparer en petite quantité et même y ajouter un agent antiseptique, tel que l'acide borique ou l'eau de laurier-cerise. Certains prétendent qu'on active la rupture des adhérences en alternant l'emploi des mydriatiques avec celui des myotiques. Cette pratique ne nous semble pas suffisamment justifiée; aussi préférons-nous les mydriatiques seuls, pourvu qu'on en instille aussi longtemps et aussi souvent
que le cas le comporte, trois à quatre fois par jour, jusqu'à rupture complète des synéchies.
On a signalé des inconvénients et même des dangers résultant de l'administration des collyres d'atropine chez des individus prédisposés. Les plus communs sont : le gonflement eczématoïde de la conjonctive et des paupières et une sensation pénible qu'accuse le malade à chaque instillation. Pour y obvier, on usera de préférence de pommades et l'on substituera au sulfate d'atropine celui de duboisine, moins irritant. L'empoisonnement est rare et ne survient guère que chez des enfants ou des vieillards cachectisés. Toujours est-il que l'action toxique est surtout due au passage du collyre dans les voies lacrymales et dans la bouche. On l'évitera en redoublant d'attention et en comprimant les canalicules lacrymaux et le sac au moment des instillations. Une précaution également utile consiste à incliner la tète du malade sur le côté, de façon que le courant liquide se déverse vers la tempe.
Si les collyres restent sans effet, on fera bien de leur substituer la pommade ou les disques de gélatine, et, en cas de douleurs ou de photophobie, ajouter une certaine proportion de cocaïne.
Il arrive que, malgré des applications persévérantes, la pupille ne
se dilate pas. Il faut songer alors à la non-absorption de l'agent médicamenteux et pratiquer une para- Fig. 95. — Aiguille à paracentèse. centèse de la chambre antérieure.
Dans tous les cas, on doit continuer les mydriatiques jusqu'à ce que l'orifice pupillaire soit largement et régulièrement dilaté; à ce prix seulement on évitera de nouvelles synéchies. L'unique contre-indication réside dans l'établissement d'une cyclite ou l'élévation du tonus. On en est averti par l'exagération des douleurs à chaque instillation d'atropine. Dans ces conditions il faut substituer aux mydriatiques l'ésérine au centième et la pilocarpine à 2 pour 100.
Lors de violente inflammation, les applications humides chaudes, les saignées locales à la tempe ont pour effet d'apaiser les souffrances et d'activer la résolution. Conjointement, oh pratique des injections sous-cutanées de morphine et l'on administre l'antipyrine à la dose de 2 à 4 grammes par jour. Le repos de l'œil sous un bandage occlusif contribue à modérer les symptômes réactionnels et la photophobie. Si, grâce à ces moyens, on n'atteint pas le but, on fait des paracentèses à la pique.
Les révulsifs ne sont généralement indiqués que vers le déclin de la phlegmasie. Il est des cas toutefois où une révulsion énergique abat l'inflammation, alors que tous les autres topiques ont échoué. C'est dans ce sens qu'agissent les injections sous-cutanées de calomel tant
vantées par les Italiens et le cautère, qui, appliqué à la tempe ou derrière l'oreille, nous a souvent réussi. Il est bon de rappeler à ce! égard qu'un érysipèle facial intercurrent a été parfois suivi de la disparition spontanée de l'iritis.
Les purgatifs, les diurétiques et les diaphoniques jouissent également d'une réputation méritée. Pour nous, les boissons chaudes, les bains de vapeur et le drap mouillé doivent être préférés aux injections de pilocarpine, qui, non seulement sont infidèles, mais encore peuvent provoquer des troubles sérieux du côté de l'estomac et du cœur.
Parmi les purgatifs, le calomel est surtout recommandable à cause de son action résolutive, principalement lorsqu'on l'administre à doses fractionnées.
Il nous reste à parler des agents médicamenteux visant l'état constitutionnel.
Dans l'iritis plastique, on aura recours aux alcalins, principalement au salicylate de soude ou de lithine, dont Chisolm1, Knapp et d'autres ont reconnu les bons effets.
De même, on prescrira de 2 à 4 grammes par jour d'iodure de potassium, de sodium, de strontium ou de calcium.
Lorsque l'iritis se lie au rhumatisme bleiinorrhagique, on ajoutera les balsamiques et particulièrement l'essence de santal.
Dans l'iritis syphilitique, le traitement par le mercure prime tous les autres. On donnera la préférence aux frictions mercurielles à la dose de 5 grammes, ou ce qui vaut mieux aux injections hypodermiques. Le liquide que nous avons définitivement adopté consiste en biiodure de mercure dissous dans de l'huile stérilisée. Chaque centimètre cube qui représente la dose chez l'adulte contient de 4 à 5 milligrammes de sel mercurique. A la condition de les pratiquer profondément dans les masses musculaires de la fesse ou des lombes, ces injections sont parfaitement tolérées et ne provoquent qu'une faible réaction locale. Chez aucun malade il n'est survenu de troubles gastro-intestinaux ni de salivation. Après en avoir fait 25 à 50, on s'arrête pour administrer de l'iodure de potassium à la dose de 5 à 5 grammes.
L'écueil des frictions réside dans la stomatite mercurielle, complication parfois grave qui entraine la suspension du traitement.
Une longue expérience nous a prouvé qu'une fois la stomatite établie, elle poursuit son cours. Nous étant assuré que seuls les individus dont la denture est en mauvais état, surtout ceux atteints de gingivite expulsive, y sont exposés, nous avons pris pour règle de ne pas commencer le traitement avant d'avoir assaini la bouche. Sans entrer dans des détails qui regardent l'ait dentaire, nous dirons que l'enlèvement du