‹ Traité des maladies des yeuxChapitre 18 sur 547 · Leplat, Ann. d'ocul., 1887. t. XCVII-XCVIII · texte numérisé non relu

Leplat, Ann. d'ocul., 1887. t. XCVII-XCVIII

Que des microbes ou des cellules puissent suivre ce chemin rétrograde, cela s'explique par la mobilité propre à ces corps et dès lors ce fait, non définitivement prouvé, ne saurait servir d'argument en faveur d'une voie d'excrétion postérieure.

Schwalbe, en poussant une injection colorée dans l'espace suprachoroïdien, a pu suivre le liquide jusque dans la cavité ténonienne, où il pénètre par les canaux de la sclérotique qui livrent passage aux veines vorticineuses; de là à admettre une troisième voie de filtration, il n'y avait qu'un pas. Mais, au point de vue physiologique, cela reste encore à l'état d'hypothèse.

On conçoit que dans l'œil, comme dans tous les autres organes, la nutrition puisse être influencée par des vaisseaux et des nerfs régulateurs.

Une disposition vasculaire particulièrement favorable consiste dans l'existence de deux systèmes : l'un postérieur, appartenant au territoire de l'artère carotide interne et de la veine jugulaire de même nom ; l'autre antérieur, constitué par l'artère carotide et la veine jugulaire externes. Non seulement ces deux systèmes communiquent entre eux, mais aussi du cùté droit au côté gauche, condition qui en assure le fonctionnement.

Nous savons que les nerfs vaso-moteurs sont de deux ordres, les uns constricteurs venant du grand sympathique, les autres dilatateurs appartenant à la cinquième paire.

Lorsqu'on vient à sectionner le sympathique cervical ou mieux encore à arracher son ganglion supérieur, on constate du côté de l'œil les modifications suivantes :

Hyperhémie vive de la conjonctive et de la moitié correspondante de la tête;

Resserrement de l'orifice pupillaire;

Diminution de l'ouverture de la fente palpébrale due à un léger retrait du globe dans l'orbite et à un faible ptosis de la paupière supérieure.

Les conséquences de cette vaso-dilatation sont :

L'élévation de la température locale et de la pression artérielle ;

L'exagération de la sensibilité et une survie plus longue des réflexes musculaires.

Au bout de quelques semaines, tous ces phénomènes disparaissent, sauf le myosis qui subsiste, aussi bien chez les animaux que chez l'homme. Nous avons publié une observation de ce genre dans les Mémoires de la Société de chirurgie en 1868.

L'excitation du sympathique cervical produit des phénomènes inverses, tandis que celle du trijumeau provoque une action vasodilalatrice qu'on envisage comme un acte inhibitoire de la fonction du

sympathique. Pour certains nerfs, tels que la corde du tympan, à la vaso-dilatatiop s'ajoutent l'hypersécrétion de la glande sub-lingualc et la rutilance du sang veineux qui en part. Mais comme celle action hyperkrinique peut être dissociée sous l'influence de l'atropine en injection (Heidenhein), nous ne saurions dire si la même chose se passe du côté de l'œil.

Cet organe étant constitué par une coque fibreuse peu extensible, il nous est possible de surprendre les moindres changements survenus dans son intérieur en interrogeant les variations de la tonicité chaque fois que l'on agit sur les nerfs. C'est ce qui a été fait par Adamuk1, von Hippel et Grùnhagen-.

Ces expérimentateurs, après avoir fixé dans la chambre antérieure une canule fine en communication avec un manomètre spécial, sur des animaux préalablement curarisés et soumis à la respiration artificielle, ont consigné les résultats suivants :

L'excitation de la moelle au niveau des deux dernières vertèbres cervicales et celle du cordon sympathique au cou provoquent chez le chat une augmentation de la tension intra-oculaire, le rétrécissement des artères rétiniennes et la dilatation des veines. Il n'en est plus de même chez le lapin, où l'irritation sympathique reste sans effet, outreque l'excitation du ganglion cervical supérieur produit la diminution de la pression intra-oculaire.

Ces auteurs, en se fondant sur ce que la ligature des veines vorlicineuses fait monter le tonus, invoquent, pour expliquer l'action des nerfs, la dilatation du système veineux de l'œil.

Lorsqu'on excite le trijumeau dans le crâne, le globe se congestionne et devient dur comme du marbre. Contrairement à ce qui a lieu pour le grand sympathique, cette modification se produit sur les deux yeux à la fois; de plus, la section de ce dernier, pas plus que l'atropine, n'en modifient les effets. Il en est de même d'une iridectomie préalable, à moins qu'elle n'intéresse le quart de l'iris, et encore l'hypertonie obtenue n'est que passagère.

La section intra-crànienne du trijumeau n'a pas grande action sur le tonus de l'œil correspondant, sauf peut-être dans les premiers moments où nous l'avons vu s'élever quelque peu, mais pour se réduire vite à son taux physiologique.

Nous ne parlons pas, bien entendu, ici des altérations trophiques consécutives qui varient suivant l'état de santé de l'animal et le lieu de la section en arrière, au niveau, ou en avant du ganglion de Casser, comme aussi d'après la protection ou non de l'œil correspondant. Nous reviendrons là-dessus en étudiant la kératite neuro-paralytique.

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