Schôbl, Arch. f. Augenh., 1890, XXI, p
diffus, auquel succède l'opacifîcation laiteuse de la cornée. Ces phénomènes sont dus à l'accumulation de leucocytes et à des dépôts fibrineux dans l'humeur aqueuse.
Lorsque la suppuration a pour point de départ une plaie cornéenne, on en voit les lèvres se boursoufler et prendre un aspect gris jaunâtre. Les bords s'entr'ouvrent et laissent échapper un exsudât diphtéroïde qu'on détache facilement, mais qui se reproduit sans cesse. Le vitré, une fois envahi, repousse le cristallin et l'iris, d'où il résulte l'effacement de la chambre antérieure et la dureté du globe. Si l'on écarte les lèvres de la plaie, ou si l'on ponctionne la coque oculaire, c'est à peine si quelques gouttes de sérosité s'écoulent. Le contenu, en effet, est une masse purulente épaisse qui se prêle peu à une sortie facile. Les parties voisines participent bientôt à l'inflammation, et autour de la cornée dépourvue d'épithélium se montre constamment un fort chémosis. Les paupières œdématiées, rouges et luisantes, cachent partiellement le globe, qui est projeté en avant par suite d'une accumulation de pus dans l'espace sous-ténonien et souvent dans le tissu cellulo-graisseux de l'orbite.
A la dernière période, la cornée se nécrose et donne issue à une masse fongueuse rappelant le bourbillon de l'anthrax. Le malade, en proie jusqu'alors à des souffrances vives, se sent tout à coup soulagé, ce qui le porte à s'illusionner sur le sort de son œil à jamais perdu. La persistance de phosphènes contribue encore à l'entretenir dans l'erreur. Il est rare d'observer l'atrophie progressive du globe sans perforation préalable. Cela ne se rencontre guère que dans les formes mitigées.
Traitement. — Une fois la choroïde et la rétine infiltrées de pus, il est difficile d'empêcher la destruction de l'œil. Ce n'est qu'en agissant de bonne heure, alors que l'inflammation est confinée à l'iris et aux procès ciliaires, que l'on a quelque chance de réussir. Dans ce but, on aura recours aux topiques évaporants, aux divers antiseptiques, mercure, iodoforme, pyoctanine; en y combinant l'administration du calomel et des narcotiques. En fait de collyres, on choisira les mydriatiques ou les myotiques, d'après l'état du tonus de l'œil et le plus ou moins de tendance aux synéchies iritiques. Lorsque la suppuration débute par une plaie cornéenne, il faut d'abord la toucher vigoureusement et à plusieurs reprises avec la pointe du thermo ou de l'électrocautère, pour recourir ensuite aux antiseptiques. Si, malgré cela, la purulence gagne en profondeur, on pourra tenter les lavages de la chambre antérieure, avec la solution au biiodure de mercure. A cette période et même avant, Darier et Abadie conseillent de faire dans le vitré une injection d'une ou deux gouttes de sublimé à y-^.
La purulence de la choroïde établie, il ne reste plus qu'à mettre fin
au plus tôt aux souffrances du malade, et à tâcher d'obtenir un moignon régulier pour l'application d'un œil de verre.
Dans ce but, les uns préconisent une large ponction méridienne au niveau de l'équateur, à l'aide du couteau ou de la pique; les autres se contentent d'agrandir la plaie préexistante de la cornée, ou de réséquer circulairement cette dernière, pour donner issue au magma purulent; enfin, quelques-uns pratiquent le curettage de la cavité oculaire.
Malheureusement, tous ces procédés ne procurent qu'un soulagement temporaire, et tôt ou tard on est obligé d'intervenir d'une façon plus radicale.
Véviscération, reprise par Alfred Grœfe, n'a guère réalisé les espérances qu'on en avait conçues, pas plus ici que pour l'ophtalmie sympathique. Bien des malades continuent à souffrir; la cicatrisation du moignon est longue et s'accompagne de gonflement des paupières et de signes réactionnels vifs. Les partisans de cette méthode prétendent obtenir un moignon plus mobile, grâce à l'insertion des muscles extrinsèques sur la sclérotique, et éviter les dangers parfois mortels imputables à l'énucléation. Pour ce qui est de la mobilité du moignon, le support fourni par la sclérotique affaissée et ratatinée se réduit à peu de chose ; et quant au danger de mort, dont seule se trouverait entachée l'énucléation, nous avons dit qu'il n'y a guère lieu d'en tenir compte, pourvu qu'on agisse antiseptiquement.
L'idée de Ph. Mules, de Manchester, de placer définitivement dans la cavité sclérale une boule de verre, ne nous paraît guère plus heureuse. Malgré les faits rapportés par Brudenell Carter, il ne faut pas oublier que Richardson Cross relate deux cas d'ophtalmie sympathique, quatre mois après l'introduction du globe de verre. Mules1 lui-même n'est pas sans avouer qu'assez souvent, le petit ballon de verre provoque une vive réaction accompagnée de douleurs. Dans les trois insuccès publiés par Powers il y eut suppuration, et deux fois le ballon fut spontanément expulsé. Ce que nous venons de dire pour les sphères en verre s'applique à celles en or, en argent ou en celluloïde.
Partant des considérations qui précèdent, et en nous fondant sur une longue expérience, nous professons que l'énucléation, pratiquée antiseptiquement et parla méthode de BonnetdcLyon, constitue l'opération par excellence pour tout œil franchement panophtalme.