Jessop, Congrès intern. d'opht. de Heidelberg
Donders avance, de son côté, que le pincement de la branche ophtalmique de Willis, même après section de l'oculo-moteur, de la sixième paire, de la quatrième et du nerf optique chez le lapin, s'accompagne d'un resserrement très prononcé de la pupille. D'après Cl. Bernard, rien de pareil n'arrive, lorsqu'on pince la cinquième paire derrière le ganglion de Casser.
Ce qui complique encore la question, c'est que nous ignorons si la racine sympathique venue du plexus carotidien, et aboutissant au gan glion ophtalmique, agit à la façon des vaso-moteurs, plutôt que comme agent moteur de l'iris et du muscle accommodateur.
Piqué, ayant institué des expériences sur les mouvements de l'iris, s'élève contre la théorie de l'action inhibitoire du sympathique. Les arguments sur lesquels il se fonde sont :
La coïncidence exacte de la dilatation et du resserrement pupillaires, par les excitations nerveuses faibles, moyennes ou fortes ;
La persistance de la dilatation, tant que dure l'excitation du sympathique cervical et sa cessation aussitôt après;
Enfin l'absence de tout changement du diamètre de la pupille, lorsqu'on électrise simultanément l'oculo-moteur et le sympathique.
Chauveau est d'un avis opposé. Après de nombreuses expériences, il arrive à conclure que les deux mouvements de resserrement et de dilatation de la pupille par la lumière se produisent exactement au même moment par rapport à celui des excitations rétiniennes qui les provoquent, c'est-à-dire environ une demi-seconde après chaque excitation.
La seule différence qui existe entre les deux cas, c'est que le resserrement pupillaire s'opère avec rapidité, tandis que la dilatation marche au moins quatre fois plus lentement.
Cette constatation lui a fait abandonner la théorie de la dualité nerveuse, introduite dans la science par Ruete, Budge, Waller et dont Cl. Bernard n'était pas partisan.
Pour Chauveau, l'iris se comporte comme si ses fibres radiées étaient purement élastiques, et en tout cas antagonistes des fibres circulaires d'une façon permanente.
Cette théorie, qui est également celle de Schiiï, mérite d'être restreinte aux seuls mouvements provoqués par les excitations lumineuses. Il est, en effet, possible que ceux liés à l'accommodation et à la convergence ou provoqués par la peur, les irritations douloureuses de la cornée et les excitations des nerfs sensilifs lointains échappent à ce mécanisme.
Le muscle ciliaire appelé encore tenseur delà eboroïde serait, d'après les expériences de Haensen et Vôlckers, sous la dépendance de l'oculomoteur seul par des rameaux qui auraient une origine distincte de
ceux de l'iris. Ce qui le prouve, c'est que le voile irien et le muscle accommoda leur peuvent être paralysés isolément.
Les mouvements de ces deux appareils musculaires sont indépendants de la volonté et constituent autant d'actes réflexes qui prennent leur point de départ dans la rétine ou du côté des muscles adducteurs en action, ainsi que nous le verrons au chapitre de la réfraction et de l'accommodation.
Nous ne nous occuperons ici que des faits généraux concernant cette fonction, renvoyant pour le reste à ce qui sera dit dans la partie optique.
L'ébranlement vibratoire de la lumière sur la rétine possède une certaine durée qu'on a évaluée à { de seconde. De là résulte qu'un objet lumineux qui a impressionné la rétine continue à être vu après sa disparition. De même, d'après Planteau, un disque rotatif à secteurs alternativement blancs et noirs, pour donner la sensation du gris uniforme, doit posséder une vitesse telle qu'il s'écoule en moyenne Yj-de seconde pendant la substitution d'un secteur à l'autre. Cela varie d'ailleurs suivant l'intensité de l'éclairage et la pureté des couleurs de contraste.
La transmission de l'impression lumineuse au centre de perception doit être envisagée comme extrêmement courte. C'est ainsi qu'un disque rotatif placé dans l'obscurité devient distinctement visible par l'éclairement instantané d'une étincelle électrique.
Toute excitation lumineuse, électrique ou mécanique des éléments rétiniens provoque en nous la sensation de lumière. Le fait que chez certains individus devenus totalement aveugles par atrophie de la rétine et du nerf optique, il se produit des phénomènes lumineux spontanés dits entoptiques, nous conduit à penser que l'excitation des centres est susceptible de leur donner naissance, sans aucun ébranlement périphérique.
Depuis Kepler, on sait que les objets extérieurs se peignent renversés sur la rétine, ce qui n'empêche pas de les voir droits. On doit dès lors admettre le croisement fonctionnel en ce qui concerne l'acte final de la perception. D'après cela, ce qui impressionne le cadran inférieur de la rétine nous apparaît supérieur; ce qui influence le cadran nasal, temporal et inversement.
De plus les deux rétines fonctionnent comme si elles étaient superposées. C'est ainsi que l'ébranlement simultané de deux hémisphères
correspondants nous fait nettement connaître que l'objet éclairant se trouve placé du côté opposé.
Ce qui est vrai pour la lumière, l'est également pour les excitations électriques et mécaniques. En pressant le côté nasal d'une rétine, on a la sensation d'une image lumineuse située du côté de la tempe et qui reproduit exactement la forme du corps comprimant. Par contre, les deux moitiés de nom contraire des rétines viennent-elles à être paralysées, que seule la moitié opposée des objets sera vue, ce qui constitue l'affection désignée sous le nom de visus dimidiatus ou hémiopie.
Pour expliquer la vision droite correspondant à des images renversées, diverses théories ont été émises, aussi bien par les philosophes que par les physiologistes.
Les uns, partisans des idées de Descartes, attribuent à la rétine la propriété de discerner moins remplacement de l'image qui se peint sur elle, que la direction des rayons lumineux qui émanent des corps extérieurs. D'autres, avec Lecat, admettent que c'est le résultat de l'éducation, grâce au concours des autres sens et parti culièrement du toucher. Berkeley ajoute que rien ne saurait, en somme, être envisagé comme renversé, puisque pour la rétine rien n'est droit.
Dans un travail récent, P. Oskierko1 suppose qu'entre l'appareil visuel périphérique et les centres corticaux, il existe un entre-croisement dans le système des libres de projection des centres optiques infracorticaux, tel qu'il aurait été constaté chez le chat par Monakow2. Voici, du reste, les conclusions de ce travail.
Chez les mollusques céphalopodes (calmar), rentre-croisement se produit en partie entre l'œil et le ganglion optique, qui parait être l'analogue de la couche ganglionnaire de la rétine de l'homme.
Chez les batraciens, les poissons et les oiseaux, cet entre-croisement se fait au niveau de la papille.
Chez les mammifères (chat), les filets optiques s'entre-croisent entre les centres infra-corticaux et l'écorce. Si nous admettons, ajoute l'auteur, que cette disposition explique les conditions de la vision droite, ce qui nous parait être probable, nous pourrions conclure que l'entrecroisement se fait d'autant plus près du centre percepteur que l'animal occupe un rang plus élevé dans l'échelle zoologique.
Pour être complet, il nous resterait à parler de la vision binoculaire, mais son étude sera faite après celle de la réfraction. Disons seulement que, pour expliquer la fusion des deux images en une seule, on a admis dans la rétine des points appelés identiques, tels que : les deux
1. P. Oskierko, Quelques considérations sur la vision droite. Th. de Taris, 1891.