S.emisch, Arch. f. Augenh., II, p
Les plaies de la sclérotique sont relativement fréquentes et se combinent avec celles de la cornée. Le plus habituellement, elles résultent de l'action directe de divers agents vulnérants, et par exception de chutes sur des objets fragiles ou pourvus d'aspérités.
Toute plaie linéaire et non infectée se cicatrise sans accident et dans un espace de temps relativement court, lorsqu'elle affecte une direction méridienne. Pour celles transversales et obliques, ou dont les bords sont mâchés, on ne saurait compter sur une coaptation spontanée, à cause de l'interposition fréquente du vitré qui tend à faire hernie -de plus en plus. De là, le précepte de suturer la plaie au moyen de la soie fine ou du catgut. En procédant à cette opération, on aura soin de ne pas intéresser la choroïde ou les procès ciliaires, et comme cela n'est pas toujours facile, certains opérateurs se contentent d'affronter la conjonctive.
Bien qu'en général ces solutions de continuité aient peu de tendance à suppurer, on ne manquera pas de s'entourer de toutes les précautions antiseptiques, à cause de la présence du vitré, milieu infiniment favorable à l'infection.
Lorsque la blessure scléroticale se complique de celle de la choroïde, il s'ensuit une hémorrhagie intra-oculaire, parfois assez abondante pour décoller une partie de la rétine et de la choroïde. Ce qui aggrave le cas, c'est la pénétration de corps vulnérants, tels que fragments de verre ou de capsule, grains de plomb, etc. Ils peuvent passer tout d'abord inaperçus et ne manifester leur présence que plus tard, par un reflet grisâtre dû à la transformation inflammatoire du vitré ou au décollement de la rétine.
L'absence de corps étranger n'implique pas nécessairement que la sclérotique seule ait été intéressée. Il arrive en effet que le projectile, après avoir traversé en séton le globe, se loge dans l'orbite ou même plus loin ; en pareil cas, la vision se trouve rapidement compromise.
Une fois le sang résorbé et les milieux éclaircis, on aperçoit à l'ophthalmoscope, à l'endroit de la blessure comprenant la sclérotique et la choroïde, une plaque blanche chatoyante entourée de pigment noir. A l'extérieur, la cicatrice, ordinairement enfoncée et adhérente à la conjonctive, offre une coloration brune ou ardoisée, due à l'infiltration de pigment choroïdien et hématique.
Par exception, le corps étranger reste enclavé entre les lèvres de la plaie, sans s'opposer à la cicatrisation de la conjonctive. Après
dégonflement, il fait saillie, et en procédant à son extraction on est étonné de faire sortir un morceau de bois ou de verre de longueur démesurée.
Lorsque la blessure siège dans la région ciliaire, l'iris et le cristallin sont intéressés, et il ne tarde pas à survenir une cataracte traumatique. On ne saurait alors se renseigner sur la présence du corps vulnérant dans la cavité oculaire et, pour fonder un jugement, il faut déterminer le degré de conservation du sens lumineux.
Les plaies ciliaires et en général celles qui avoisinent le limbe suscitent particulièrement des accidents inflammatoires et sympathiques. Pour y obvier, on adoptera comme règle la suture et même l'autoplastie de la conjonctive, sitôt après l'accident. De la sorte, la plaie rendue sous-muqueuse risque moins de s'infecter.
Les ruptures de la sclérotique sont fréquentes et résultent d'une contusion du globe. Dans l'immense majorité des cas, elles sont parallèles à la cornée, dont elles restent distantes de 1 à 5 millimètres au plus. Une direction oblique ou méridienne n'a été signalée que trois fois par Stellwag', Fano2 et Schroter3; Weecks* seul cite une observation de rupture équatoriale. Ordinairement, c'est la demi-circonférence supérieure qui est intéressée. Sachs3, sur un ensemble de 1 1 7 ruptures, en a trouvé 68 pour la demi-circonférence supérieure et 49 pour l'inférieure. Parmi les premières, 56 siégeaient directement en haut, 21 en haut et en dedans, 11 en haut et en dehors. Les secondes se répartissaient en 20 internes, 20 inféro-internes, 8 externes, une seule inféro-externe et aucune directement en bas.
La conjonctive, grâce à sa laxité et à sa mobilité, échappe souvent au traumatisme, et lorsqu'elle se déchire, c'est toujours en arrière, d'où il résulte un défaut de parallélisme.
L'iris, détaché ou non de ses insertions ciliaires, est constamment refoulé dans le canal de la plaie, plus rarement du côté du vitré; dans les deux cas, la pupille déformée simule un colobome.
Lors d'un choc plus violent, le cristallin se luxe sous la conjonctive ou est expulsé au dehors, ainsi qu'une partie du vitré. Une iridérémie
i. Stellwag, Traité d'Ophtalmologie, II, p. 408, 1850. 2. Fano, Ami. di Otlalm., IX, p. 504.