MOUCHES VOLANTES OU MYIODOPSIE
Sous le nom générique de myiodopsie ou de mouches volantes, on désigne divers états donnant la sensation d'ombres qui se meuvent en différents sens.
Il existe deux ordres de mouches volantes : les unes dites physiologiques, dont l'origine n'est pas nettement déterminée; les autres pathologiques, liées à diverses affections de la rétine et de la choroïde, plus rarement de la conjonctive et des paupières.
Les mouches volantes physiologiques, invisibles à l'ophthahnoscope et perçues seulement par lesujet, existent, suivant toute probabilité, sur la plupart des yeux. Si les myopes accusent plus souvent leur présence, c'est que les corpuscules qui en sont la cause siègent à une plus grande distance de la rétine, d'où exagération des cercles de diffusion sur cette membrane. Peut-être aussi, chez les myopes, la perception lumineuse de la rétine est-elle exagérée.
Le spectre de couleur gris clair revêt des formes variables. Tantôt il s'agit de petites perles disposées en chapelet, tantôt de globes plus volumineux et isolés, ou encore de lignes régulièrement ondulées. De là, les dénominations de spectre perlé, globulaire et aqueux, dont nous donnons ci-dessus la représentation graphique. Ces trois variétés peuvent coexister sur le même sujet.
La caractéristique de ces mouches volantes est de ne pas altérer la netteté de la vision, et de n'être perçues que dans certaines conditions
Fig. 124.
sp, spectre perlé. — sg, spectre globuleux. sa, spectre aqueux.
déterminées d'éclairage et de direction du regard. Habituellement l'individu cesse de les voir lorsqu'il se trouve dans un espace clos, alors qu'il en est très incommodé au grand jour. C'est devant un mur blanc, ou en face d'un ciel gris, qu'elles apparaissent le plus nettement. Il en est de même lorsque l'individu regarde à travers un trou de carte ou dans le microscope.
D'abord en petit nombre, les corps dont il s'agit se multiplient et même changent de forme, ce qui fait que les malades passent leur temps à les dessiner. Comme les sujets sont presque toujours des névropathes, ils finissent par devenir de véritables hypochondriaques et, comme tels, toujours inquiets. Sur le nombre, il en est de spermatorrhéiques, d'onanistes, de dypsomanes, et en tout cas de nerveux héréditaires.
Chez les individus exempts de toute tare, les mouches volantes sont en petit nombre et restent stationnaires, ce qui porte à penser qu'il s'agit de véritables défauts de transparence des milieux de l'œil, trop peu accentués pour être perçus à l'examen ophthalmoscopique.
Suivant toute probabilité, on a affaire à des reliquats de cellules ou de vaisseaux embryonnaires du vitré. Saint- Yves, dans un passage de son livre où il traite des mouches volantes, sous le titre singulier d 'imaginations, explique leur production en se fondant sur les idées physiologiques erronées de son temps. Pour lui comme pour Mariotte, la membrane voyante était la choroïde, la rétine jouant le rôle d'un simple écran destiné à préserver l'uvée de l'action de la lumière vive. Partant de là, il pensait que si le vernis rétinien venait à cloquer, comme cela arrive sur les tableaux détériorés, chaque point soulevé portait ombre pour la choroïde. C'est donc à tort que certains auteurs ont attribué à Saint- Yves la connaissance des décollements pathologiques de la rétine. Toujours est-il que si les choses se passaient de la sorte, les mouches devraient être fixes et non mobiles, détail qui a échappé à l'esprit sagace de Saint- Yves.
Le seul moyen palliatif consiste à faire porter au malade des conserves fumées qui, en atténuant l'intensité lumineuse, rendent le phénomène moins apparent. Lorsqu'il s'agit d'individus franchement névropathes, c'est à l'état nerveux qu'il faut s'adresser. Malheureusement on échoue, ces malades ne se laissant pas aisément rassurer de la crainte qu'ils ont de devenir aveugles.
Les mouches volantes pathologiques sont l'apanage à peu près exclusif des yeux atteints de choroïdite plastique, et surtout de myopie forte avec staphylome. Elles tiennent à la présence d'exsudats opaques et de caillots par hémorrhagies spontanées ou traumatiques. Le nombre et la forme varient. Tantôt il s'agit d'une poussière fine, tantôt de gros flocons mobiles.