C. Hess, Congrès de Heidelberg, 1888, 10 août
II. — CATARACTE ZONULAIRE OU STRATIFIEE. — CATARACTE NUCLÉOLAIRE
C'est à v. Ammon que nous devons la connaissance de ce genre de cataracte, qu'il désignait sous le nom de nucléolée stationnaire des enfants.
A première vue, lorsque surtout la pupille a été dilatée par l'atropine, on aperçoit au centre du cristallin un globe grisâtre encadré d'une zone noire; d'où la désignation de cataracta cum zonula employée par Mackenzie.
A l'éclairage oblique, l'opacité centrale se montre entourée de. couches sous-capsulaires transparentes, et semble constituée par des stratifications successives. Ses bords sont nettement délimités, et présentent rarement des dentelures dirigées dans le sens de l'équateur.
A l'ophtalmoscope, l'aspect du cristallin change : l'encadrement, qui tout à l'heure était noir, s'illumine en rouge orange par le fait des rayons émergents. De son côté, le noyau devient sombre, excepté au centre, où il reste quelque peu translucide et offre une légère teinte rougeàtre. C'est sans doute à cause de la présence de ces trois zones concentriques qu'on a été conduit à admettre que seules les couches intermédiaires périnucléaires étaient altérées. De là le nom de cataracte stratifiée, donné par de Grsefe.
Vu sa couleur gris-perle, cette cataracte peut passer inaperçue, ce qui a beaucoup contribué à mettre en doute son origine intra-utérine. Grâce aux commémoratifs, on arrive toutefois à se convaincre, qu'elle est le plus souvent congénitale. Non seulement la vue est habituellement défectueuse dès la naissance, mais le nouveau-né, ébloui par le grand jour, cligne des yeux et évite la lumière. Lorsque plus tard il commence à fixer les objets, il n'y parvient qu'en les regardant de très près et obliquement; souvent alors on constate un certain degré de nystagmus. Une fois l'attention éveillée, l'opacification ne saurait être méconnue.
Le caractère fondamental de cette affection est de rester stationnaire, ou de ne progresser qu'avec lenteur. De là la possibilité, pour les enfants faiblement atteints, de poursuivre leur éducation sans trop de difficultés. Il n'en est plus ainsi lorsque le noyau occupe, la totalité du champ pupillaire, ou qu'il s'y ajoute des points cataractes isolés. Dans ce cas, il devient nécessaire d'intervenir.
La réfraction de pareils yeux est habituellement myopique et s'accompagne ou non de staphylome postérieur. Il reste à savoir si cette myopie est primitive, ou due à la tension excessive et longtemps soutenue du muscle ciliaire et des muscles de la convergence.
Jœger eut le premier l'occasion d'examiner au microscope le cristallin. 11 trouva les couches corticales perinucléaires seules opacifiées; de Grœfe est arrivé aux mêmes constatations anatomiques.
En général, la cataracte zonulaire est double, bien qu'inégalement développée sur les deux yeux. Il est rare de la rencontrer unilatérale, l'autre œil restant absolument indemne, ou ne se prenant que longtemps après. La luxation crislalliiiieime concomitante signalée par de Grœfe est également exceptionnelle.
L'étiologie, comme d'ailleurs celle de toutes les cataractes congénitales, est encore très obscure. S'agit-il d'un trouble survenu pendant l'évolution de la lentille, ou bien d'un état pathologique des membranes profondes? Les deux théories peuvent être soutenues. Arlt a signalé la fréquence des convulsions et de l'hydrocéphalie. Horner, tout en insistant sur les altérations possibles des méninges, accuse surtout le rachitisme intra-utérin, et appelle l'attention sur une conformation particulière des dents, qui se montrent rabougries et cannelées en travers. À ce propos, il fait observer qu'il doit exister un certain rapport entre ces deux productions ectodermiques, les dents d'une part et le cristallin de l'autre.
Sans vouloir contester les remarques de ces auteurs, nous dirons que dans bien des cas la cataracte, zonulaire s'observe chez des enfants bien constitués n'offrant aucune trace de rachitisme.
Un fait de la plus haute importance, c'est que la constitution de ce genre de cataracte n'est pas toujours la même. En effet, si la variété stratifiée molle décrite par Grœfe et Jœger ne fait pas de doute, il n'en demeure pas moins démontré aujourd'hui, qu'on est souvent en présence d'un autre type à noyau parfaitement sclérosé rappelant la cataracte des vieillards.
Ce sont des hasards opératoires qui ont conduit Ilasner et Mooren1 d'abord, puis Alf. Grœfe2, Just3 et nous-mème" à reconnaître combien l'opinion de v. Grœfe et Jœger avait été absolue,
La translucidité du centre du noyau, envisagée par le grand ophtalmologiste de Berlin comme le signe caractéristique de la variété entièrement molle, existe tout autant dans celle à noyau scléreux. De là des méprises qui n'ont été reconnues que pendant l'opération.
De pareilles cataractes infantiles scléreuses sont loin d'être exceptionnelles. Just, sur quinze cataractes zonulaires opérées sur des enfants de sept à quinze mois, n'en a pas rencontré moins de quatre. 0. Becker, h qui les cristallins ont été confiés, a trouvé l'épithélium sous-