LiNGESBECK, ISibl. f. Chirurgie
gir la pupille au maximum. Comme, chez les enfants, l'intoxication atropinique survient facilement, il faut avoir soin d'empêcher que l'agent mydriatique ne pénètre dans les voies lacrymales ou dans la bouche. Chez les individus nerveux et indociles, l'anesthésie chloroformique est préférable aux instillations de cocaïne, qui ne sauraient s'opposer au spasme des muscles oculaires. Les instruments dont il faut se pourvoir sont : une aiguille lancéolée de Bowman munie d'un point d'arrêt sur sa tige, à l'effet de parera l'écoulement prématuré de l'humeur aqueuse; un blépharostat et une pince fixatrice.
Le chirurgien, placé en avant ou en arrière de la tête du malade, iixe le globe en saisissant la conjonctive avec la pince à grilles, tout près de la circonférence cornéenne, et enfonce la pointe de l'aiguille, tenue comme une plume à écrire, bien perpendiculairement dans la cornée, à égale distance du centre et de la phériphérie. La sensation d'une résistance vaincue prouve la pénétration de l'instrument dans la chambre antérieure. Cela fait, il abaisse le manche et continue à pousser l'aiguille jusqu'à ce que la pointe |^
atteigne l'extrémité opposée du diamètre correspon- Fi„. 13g Ai<niiiie dant du cristallin. Un simple mouvement d'arc de de Bowman. cercle permet alors de disciser la cristalloïde antérieure dans une étendue de 5 à 4 millimètres au plus. Cette manœuvre doit être combinée à un léger mouvement de recul, sans quoi on s'expose à plonger profondément l'instrument dans le cristallin et à provoquer sa luxation. Bien que petite, la brèche capsulaire tend à s'élargir par le gonflement des masses cristalliniennes qui s'imbibent d'humeur aqueuse. La résorption prend en général quatre à six semaines, et ce n'est .qu'après ce laps de temps qu'il faut intervenir à nouveau, si la chose devient nécessaire. Ici, comme partout ailleurs, les précautions antiseptiques sont indispensables.
A moins d'exagération du tonus, ce qui est rare, on doit prescrire des instillations quotidiennes d'atropine, en vue d'empêcher toute production de synéchies. Pendant un ou deux jours, on maintient l'œil fermé, à l'aide d'un bandage légèrement compressif et de rondelles de gaze ou d'ouate antiseptique sèche; ultérieurement, on se borne au simple bandeau noir flottant.
Nous parlerons plus loin des applications de la discision au sujet des cataractes membraneuses spontanées et traumatiques. L'idée de Grafc de s'en servir comme moyen de maturation des cataractes incomplètes sera également discutée ailleurs.
Nous ne ferons que citer pour mémoire la méthode singulière de
Gibsoiï de Baltimore1, consistant à remplacer la discision à l'aiguille par le passage d'un séton de soie à travers le cristallin.
i L'extraction de la cataracte, imaginée par l'immortel Jacques Daviel, a. passé par bien des vicissitudes avant d'être universellement adoptée. ■ Le chapitre de Pline2 où il est dit : « Squammam in oculo emovendam potius quam extrahendam » ne saurait faire admettre qu'à cette époque reculée, l'extraction, telle que nous la comprenons aujourd'hui, fût connue.
Galien3, un peu plus explicite, mentionne l'extraction des cataractes dites hypochymes. Malheureusement, le passage de ses œuvres de chirurgie où il renvoie pour plus de détails a complètement disparu. Cependant le doute est bien permis, vu que le terme -/.evoûv, dont il se sert, signifie plutôt évacuer (\u extraire. Même incertitude pour les descriptions d'Antyllus, de Paul d'Égine et des écrivains arabes. Ces derniers insistent particulièrement sur la pression qu'il faut excercer pendant quelque temps sur toute cataracte qu'on déplace, afin d'en empêcher la réascension, preuve qu'il s'agissait, non d'extraction, mais d'abaissement.
Les arabistes, élèves de l'école de Salerne, pas plus que les chirurgiens du xviG et du xvne siècle, n'ont rien ajouté aux connaissances des anciens. Il faut arriver au commencement du xvm° pour voir Saint- Yves et Petit*, en présence de cataractes spontanément luxées dans la chambre antérieure, en pratiquer l'extraction par un procédé devenu depuis classique, celui de Vincision linéaire simple de la cornée.
En 1745, Jacques Daviel, encouragé par le résultat qu'il obtint pour une luxation du cristallin dans la chambre antérieure, conçut un an plus tard l'idée d'ériger l'extraction en méthode générale. Ses tentatives furent couronnées de succès, et les résultats en ont été consignés dans les mémoires de la Société royale de chirurgie (1755) et dans le Journal de Médecine de 1756. La méthode de Daviel, perfectionnée par ses sucesseurs, fut suivie jusque vers la fin du xvm° siècle. A cette époque, la crainte des échecs d'une part, et de l'autre les perfectionnements apportés à la vieille opération de l'abaissement, firent reléguer l'extraction à l'arrière-plan , et cela jusqu'au commencement du xixe siècle. Dans cette période regrettable de recul, figurent Gùnz5,