V. Gilefe, Arch. f. Opht., 1859, V, I. p
à la périphérie. Pour cela, il se sert d'un couteau droit très effilé qu'il introduit à 2 millimètres en dehors de la limite transparente de la cornée, et fait ressortir sur un point diamétralement opposé. Le tranchant dirigé en haut, détache ainsi un lambeau scléro-cornéen supérieur, y compris une petite portion du limbe conjonctival. Dans un second temps, il procède à une iridectomie aussi large que possible, allant d'une extrémité à l'autre de l'incision. Pour la capsulotomie. il fait usage d'un kystitome droit et flexible, à l'aide duquel il pratique sur la cristalloïde antérieure une double incision circonscrivant un lambeau en V à base supérieure. Comme l'extraction est le temps le plus laborieux, de Graefe, avec une curette plus large que celle de Daviel, déprime la lèvre postérieure de la plaie cornéenne, jusqu'à ce que le noyau du cristallin soit engagé. En cas d'insuccès, il glisse à plat un crochet mousse dans les couches corticales postérieures, et attire ainsi la cataracte au dehors. Pour les débris cristalliniens, il conseille les manipulations digitales à travers les paupières, et n'a qu'exceptionnellement recours à l'introduction de la curette dans l'œil. S'il y a prolapsus du vitré, il se dispense de l'exciser, craignant de nouvelles pertes.
De Graefe, avec sa sincérité scientifique bien connue, fut le premier à signaler les côtés faibles de sa méthode. C'est ainsi qu'il avoue qu'au moins une fois sur sept il se produit un écoulement du vitré, ce dont il accuse l'incision trop périphérique. Il reconnaît également les défectuosités de la brèche irienne, et insiste sur la tendance de la nouvelle pupille à se rétracter vers la partie supérieure et à devenir immobile par suite d'adhérences iritiques.
A ces inconvénients, il faut ajouter l'enclavement presque constant des angles du colobomedans la plaie cornéenne, l'adhérence de la capsule aux lèvres de l'incision, dont les suites sont toujours graves, et la fréquence aussi grande des cataractes secondaires. Yoilà pourquoi les imitateurs du grand maitre n'ont pas tardé à abandonner cette méthode, d'où il est résulté l'anarchie opératoire, dont se plaignait Bovvman dans une de ses leçons restée mémorable.
On ne saurait trop admirer, du reste, la réserve avec laquelle de Graefe établit le parallèle de son procédé avec l'extraction simple à grand lambeau.
« Je n'ai pas commencé mes études, dit-il, avec l'intention de remplacer l'extraction à lambeau, dont je reconnais profondément la perfection des résultats ; mon but a été d'étudier l'extraction linéaire, et d'ôter à cette opération les inconvénients qui jusqu'ici lui étaient inhérents. »
Revenant sur le même sujet (l. c, p. 21) à propos des succès fournis par les deux méthodes, il ajoute que l'opération de Daviel avait beau-
coup gagné depuis l'emploi qu'il fit du bandage compressif. A l'hôpital, dit-il, sur 900 opérations faites par la méthode à lambeau, je suis arrivé à ne plus compter que 5 pour 100 de perte par panophtalmie, et 11 demi-succès, contre 84 pour 100 de succès complets. Cette proportion a été même supérieure chez ses opérés de la ville, où il a obtenu 91 succès complets contre G demi-succès et 5 pertes irréparables.
L'éloquence de pareils chiffres, fournis par l'auteur de la méthode, suffit pour prouver, dès à présent, combien on avait eu tort d'abandonner l'opération classique. Que si v. Graefe a cru s'en départir, c'est uniquement dans l'espoir de faire disparaître le petit nombre de panophtalmies qui venaient assombrir le tableau. Malheureusement, le résultat n'a répondu qu'en partie à cette attente, et l'on s'est trouvé aux prises avec une foule de difficultés d'exécution, sans compter des complications post-opératoires, telles qu'iridocyclites insidieuses et enclavements capsulaires, accidents inconnus jusqu'alors.
i. — EXTRACTION A GRAND LAMBEAU
La création d'une large voie cornéenne pour extraire les cataractes, quels qu'en soient le volume et la consistance, a toujours passé pour une condition fondamentale de succès. Daviel, en taillant un lambeau inférieur comprenant plus de la moitié de la circonférence de la cornée, avait quelque peu dépassé la mesure; aussi ses successeurs jusqu'à Béer et Desmarres s'attachèrent à n'intéresser qu'un peu moins de la moitié.
C'est sans doute pour parer à l'exiguïté de la plaie que les adeptes de v. Greefe rendirent l'incision de moins en moins périphérique, et l'agrandirent, ne conservant de la méthode du maitre que le couteau, instrument en tous points excellent, plus l'iridectomie, qu'ils réduisaient au minimum.
Seuls quelques ophtalmologistes, parmi lesquels nous devons citer Ilasner de Prague et Desmarres fils de Paris, surent résister au courant.
Toutefois, le retour vers l'ancienne opération ne s'est guère dessiné que depuis une quinzaine d'années, époque à laquelle de YVecker1 fit une communication sur ce sujet à l'Académie des sciences.
Grâce aux conquêtes modernes de l'asepsie opératoire, nous nous trouvons désormais à l'abri des complications suppuratives qui naguère encore étaient l'effroi des ophtalmologistes. Ainsi s'explique le retour de plus en plus accentué à la méthode de Daviel, particulièrement en France.
1. De Wecker, Comptes rendus de l'Acad. des Se, t. XXX, p. 1294, 1875.
PANAS. 57