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EXTRACTION SIMPLE A GRAND LAMBEAU

Ainsi que nous chercherons à l'établir, cette méthode s'adresse à toute la grande classe des cataractes séniles, quelle qu'en soit la consistance ; et c'est à tort qu'on a voulu la restreindre aux seules cataractes dures.

Avant de se décider à l'extraction, un examen attentif des annexes est indispensable. Des complications phlegmasiques du côté des paupières, de la conjonctive et des voies lacrymales, nécessitent un traitement approprié. Outre les lavages antiseptiques, nous recommandons les collyres au nitrate d'argent et les topiques à base de mercure.

Naguère, le diabète, l'albuminurie et l'arthritisme étaient envisagés comme des contre-indications formelles. De nos jours, grâce à l'antisepsie, on peut affirmer que l'extraction faite dans ces conditions réussit. Ce n'est pas à dire pour cela qu'il faille négliger tout état dyscrasique ; on cherchera au contraire à le combattre par le régime et divers agents thérapeutiques, les iodures alcalins, l'arsenic, et, chez les diabétiques, l'antipyrine, qui produit la disparition rapide du sucre pour un certain temps.

Chez les névropathes atteints d'insomnie, on administrera le bromure de potassium, le polybromure, la valériane, le chloral, le bromidia ou le sulfonal.

L'âge très avancé, tout en ayant une influence défavorable, n'est cependant pas une contre-indication absolue, surtout si le malade possède une bonne acuité visuelle. Par contre, lors de lésions choroïdiennes ou de complications glaucomateuses, il faut savoir s'arrêter; sans quoi, on s'expose à des accidents redoutables : perte abondante du vitré, hémorrhagies foudroyantes, évacuation complète de l'œil.

La diminution du tonus, pourvu qu'elle ne soit pas exagérée, contreindique moins l'opération; témoin l'extraction des cataractes symptomatiques de décollement rétinien qui réussit tant qu'il subsiste un degré suffisant de vision.

L'insuccès sur un œil ne fait point préjuger nécessairement le même résultat pour l'autre. L'opérateur devra cependant rechercher avec soin la cause de l'échec, pour tâcher de l'éloigner dans sa seconde intervention. C'est pour cela qu'il est d'une bonne pratique de laisser un intervalle d'au moins cinq à six semaines entre les deux opérations.

Lorsqu'un seul œil est cataracte et que l'autre se trouve réduit à l'état de moignon, il faut, avant d'intervenir, examiner attentivement ce dernier, et pour peu qu'il subsiste de la douleur à la pression ou tout autre symptôme réactionnel, l'énucléer tout d'abord. Maintes fois,

nous avons constaté la fâcheuse influence de l'œil perdu sur celui nouvellement opéré.

L'introduction des anesthésiques en chirurgie oculaire a réalisé un grand progrès. Jusque dans ces dernières années, seule l'anesthésie générale par le chloroforme ou l'éther était employée, principalement en Angleterre et en Amérique. En Europe, on s'en dispensait volontiers, par crainte d'accidents mortels, et à cause des vomissements provoqués pendant et après l'opération. Aujourd'hui, grâce à la cocaïne, on n'a plus à redouter ces complications. Non seulement toute souffrance est supprimée, mais le malade restant éveillé contribue pour sa part au succès opératoire. Le collyre doit être suffisamment concentré et absolument aseptique. La formule dont nous nous servons est la suivante :

Eau distillée préalablement bouillie 5 grammes

Acide borique 0C',15

Chlorhydrate de cocaïne 0tr,25

Étant donné que la cocaïne, par son action prolongée, exfolie l'épithélium cornéen, produit une forte hypotonie et dilate la pupille, on ne doit l'instiller que 5 à 10 minutes avant l'opération.

On a voulu lui substituer d'autres anesthésiques locaux, tels que : l'érythrophléine, le haya, l'ouahaïne et la strophantine. Ainsi que nous l'avons établi dans notre communication à l'Académie de médecine1, aucune de ces substances n'a une action aussi sûre, outre que l'érytrophléine et la strophantine sont irritantes et très douloureuses.

Des précautions antiseptiques minutieuses sont indispensables.

C'est en vain que de Grœfe et ses disciples avaient cherché à se mettre à l'abri de la suppuration en pratiquant une incision linéaire combinée à l'iridcctomie. Le chiffre des irido-cyclites consécutives et des panophtalmies restait, malgré cela, toujours élevé. Pour notre compte, ce n'est qu'après une mûre réflexion et éclairé par l'expérience que nous nous sommes décidé à abandonner la méthode de v. Grsefe. Ce qui nous a empêché de le faire plus tôt, c'est que. le spray, les lavages et la gaze phéniqués, par trop irritants, ne convenaient pas à la structure délicate de l'œil. Notre éloignement fut d'autant plus justifié, qu'ayant eu à examiner dans le service de A. Pagenstecher, à Wiesbaden, des opérés traités de la sorte, nous vîmes la peau du visage et de la poitrine exfoliée par l'acide phénique. Ce n'est que quelques années plus tard, lorsqu'on fut en possession d'agents germicides moins irritants, que l'antisepsie fut adoptée par les ophtalmologistes.

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