EXTRACTION DU CRISTALLIN AVEC SA CAPSULE
Richter donna le premier le conseil d'extraire le cristallin avec sa capsule au moyen de pressions douces exercées sur le globe après la section de la cornée.
En 1790, Béer essaya d'ébranler la lentille, pour l'embrocher avec le couteau lancéolaire, avant d'achever la taille du lambeau; il trouva peu d'imitateurs.
En 1845, Christian reprit les tentatives de Richter et ne craignit pas d'exercer des pressions fortes sur l'œil.
Plus tard, Moyne de Naples et Sperino' de Turin remirent en honneur cette façon d'opérer. Sperino affirme qu'en pressant doucement à l'aide de la curette ou à travers les paupières, le cristallin finit par basculer et sortir en entier au dehors, sans perte sensible du vitré. Il ajoute que dans les cataractes molles, la capsule se laisse souvent déchirer au moment où le cristallin traverse l'orifice pupillaire, mais que la masse sort cependant en grande partie. Il prétend n'avoir jamais observé de cataractes secondaires.
Cette méthode resta toutefois sans beaucoup de partisans. Ce fut A. Pagenstecher qui la reprit, mais en la combinant à l'iridectomie, et en pratiquant l'extraction du cristallin à l'aide d'une large curette de son invention; il fut suivi dans cette voie par Caslorani et Andrew. Ce dernier déchire la zonule à l'aide d'un crochet spécial et expulse l'appareil cristallinien par des pressions digitales. Actuellement cette opération n'est admise que dans certains cas particuliers, vu qu'elle expose à une perte abondante du vitré, à la déchirure du sac capsulaire et, ce qui est plus grave, à des hémorrhagies intra-oculaires profuses, pouvant aller jusqu'au décollement de la rétine.
Malgré ces inconvénients, elle est cependant recommandable dans les cataractes supra-mûres accompagnées ou non d'adhérences iritiques. Comme la capsule est épaissie, que le tonus est généralement abaissé, rien n'est plus facile alors que d'extraire d'emblée, après une large iridectomie et une kératotomie inférieures, tout le système cristallinien. C'est la méthode que nous avons adoptée, et qui seule nous parait efficace en pareille circonstance. Non seulement on évite la perte du vitré, mais les suites sont des plus simples et le résultat optique excellent; à la condition bien entendu qu'il n'existe aucune lésion du fond de l'œil.
Lorsqu'il y a des adhérences étendues, nous pratiquons deux à trois semaines auparavant une première iridectomie supérieure; puis,
1. Speiuno, Comptes rendus du Congrès de Bruxelles. 1857, p. 450.
au moment de l'opération, une seconde diamétrale en bas, en détachant s'il le faut les synéchies avec une aiguille falciforme. Cela fait, il suffit d'introduire la curette de v. Grasfe ou celle de Critchett derrière la cataracte, pour extraire à la fois cristallin et capsule. On favorise l'expulsion en pressant sur la cornée à l'aide de la spatule d'argent, ou avec le doigt à travers la paupière supérieure légèrement abaissée Pour plus de sécurité, nous avons recours à l'anesthésie chloroformique, et nous nous affranchissons ainsi du danger résultant de la contraction des muscles oculaires.
S. — EXTRACTION DES CATARACTES INCOMPLETES, MATURATION ARTIFICIELLE DE LA CATARACTE
Autrefois, on avait pour règle absolue de n'opérer que les cataractes complètes. Pourquoi cette condition concourait-elle au succès? On l'ignorait. Aujourd'hui les études histologiques sont venues confirmer la justesse du précepte ancien, en nous apprenant que, tant que les couches superficielles du cristallin conservent leur transparence, elles adhèrent intimement à l'épithélium sous-capsulaire, et par cela même à la cristalloïde. On conçoit dès lors qu'une intervention prématurée laissera en place une quantité plus ou moins considérable de couches corticales qui, venant à se gonfler et à s'opacifier sous l'action de l'humeur aqueuse, finiront par constituer une cataracte capsulairc consécutive.
Toutefois, il est des cas où, par suite de la marche excessivement longue de l'opacification, on est obligé d'intervenir pour ne pas condamner le malade à une demi-cécité prolongée, et souvent à la misère par impossibilité de travail. De là l'idée conçue par de Greefe, puis par Mannhardt1, de réaliser la maturation artificielle de la cataracte.
S'inspirant de la pratique de Gibson, v. Grsefe proposa de faire une iridectomie, et de disciser la capsule à l'aiguille plusieurs jours avant l'extraction, pour éviter les accidents phlegmasiques et glaucomateux. Malgré ces précautions, dans la plupart des cas il se produisait une réaction intense, ce qui fit abandonner complètement la méthode.
Fcerster2 ayant observé que souvent une simple iridectomie a pour effet d'opacifier le cristallin, alors même qu'il n'existe aucune blessure de la capsule, conseilla, comme moyen de maturation artificielle, l'excision préliminaire de l'iris, suivie de la malaxation de la lentille à travers la cornée à l'aide d'une curette de caoutchouc durci.
Convaincu que ce procédé n'offrait aucun danger, nous l'appli-
1. Makshardt, Àrch. f. Ophth., X, et Klin. M. B. f. Augenheilk., 1864.