‹ Traité des maladies des yeuxChapitre 47 sur 547 · DÉVIATION PRISMATIQUE · texte numérisé non relu

DÉVIATION PRISMATIQUE

lo,50'

Ho

D'après ce tableau, une déviation de 1°,50' suppose l'emploi d'un prisme de 5°, 4' et équivaut à un angle métrique. Dès lors, étant donné le numéro d'un prisme, il suffit d'en prendre la moitié et de diviser par 1°,50', pour obtenir les angles métriques.

Soit un prisme de 11° ayant pour angle de déviation 5°, 50'. En divisant par 1°,50' on a 5 am.

A l'état physiologique, la limite éloignée de la convergence Rc étant à l'infini, ac = Pc.

Lorsque Rc est en divergence, ce qui arrive fréquemment, il faut l'ajouter à Pc, tandis qu'on le retranche si les yeux convergent à l'état de repos.

Grâce aux angles métriques, on a pour V amplitude de la convergence des formules analogues à celles de l'accommodation. Ainsi, dans le premier cas mentionné plus haut,

dans le second,

et dans le troisième,

a = p ; ac=pc H-r' ac =pc — ?,c

Lorsque Rc est en convergence, l'individu, à partir d'une certaine distance métrique, cesse de fusionner hinoculairement, d'où il résulte une diplopie homonyme. Le point où se fait sentir l'insuffisance de l'ahduction sert à déterminer Rc.

Bien plus communément les lignes de regard divergent. Comme il s'agit alors d'une valeur négative, les lignes visuelles ne s'entrecroisant que derrière l'œil, seul l'emploi de prismes peut fournir la valeur de — ?,c. A cet effet, pendant que l'individu fixe hinoculairement une bougie éloignée, on recouvre l'un des yeux avec le verre rouge, et on place devant l'autre un prisme à base interne d'un numéro progressivement croissant jusqu'au moment où il apparaît de la diplopie homonyme. Cela prouve qu'on a atteint la limite à partir de laquelle le muscle abducteur, le droit externe, devient impuissant à lutter contre l'action déviatrice du prisme. Supposons, comme c'est le cas habituel, que le prisme limite soit celui de 8°, l'action déviatrice sera de 4°. Cette quantité répartie aux deux yeux donne pour chaque œil une divergence maxima de 2°. En divisant ce dernier chiffre par l'unité de convergence 1°,50, on trouve que — rc = 1,09 am. D'autre part, si l'on divise le mètre ou 100 centimètres par 109, on obtient 0cm,91. Cela revient à dire que les lignes visuelles ont subi une divergence telle que leurs prolongements se croisent en arrière de la tète, en un point éloigné de la ligne de base de 91 millimètres.

Comme la force musculaire peut être inégalement répartie entre les deux yeux, le mieux sera d'essayer le prisme déviateur sur chacun d'eux isolément, pour leur donner ensuite les deux demi-prismes qui leur conviennent.

Dans la détermination du punctum proximum de convergence p", on recouvre un œil avec un verre rouge, et l'on invite l'individu en expérience à fixer la flamme d'une bougie, ou ce qui vaut mieux, la fente

lumineuse de r ophtalmo-dynamomètre de Landolt. Sitôt que la fonte éclairée est vue double, on cesse de rapprocher l'appareil, et la distance mesurée à l'aide d'un mètre donne pc ou le maximum de convergence.

Une seule difficulté pratique se présente, c'est lorsque jf se trouve très près de l'œil. Une erreur de quelques millimètres dans la mensuration peut alors entraîner une différence de plusieurs angles métriques. Pour y obvier, on éloigne pc par l'interposition d'un prisme à base interne, de façon à transporter le punctum proximum de la convergence à plusieurs centimètres du globe.

Soit après interposition d'un prisme de 12° p°= 25 centimètres ou 4 angles métriques. Comme la déviation angulaire d'un pareil prisme est de 6°, si nous divisons ce chiffre par l'angle métrique unité 1°,50. nous obtenons 4 am. Nous trouvons ainsi que l'individu examine possède 8 am de maximum de convergence correspondant à 12cm,50 de distance.

Le double prisme tournant de Herschell remplace avantageusement l'emploi d'une série de prismes simples; aussi l'a-t-on adopté dans la pratique.

Tout ce qui précède ne s'applique exactement qu'à la vision avec un seul œil.

Pour la vision binoculaire, nous devons ajouter certaines particularités importantes. C'est ainsi que la formule générale de l'amplitude de convergence en angles métriques devient a"\=p\ — rc, ; de même l'amplitude d'accommodation binoculaire est exprimée par as=pi — /',.

Dans l'une et l'autre, le punctum proximum monoculaire ou absolu est généralement plus rapproché que le punctum proximum binoculaire correspondant.

En comparant l'amplitude de convergence à celle d'accommodation, on trouve que dans les deux limites extrêmes de leur parcours R et P, la première dépasse quelque peu la seconde. C'est ainsi que fréquemment les lignes du regard dirigées vers l'infini divergent entre elles de '2°. De même, en couvrant un œil avec un verre dépoli, pendant que l'on fait fixer à l'autre un objet très rapproché, on observe souvent que l'œil caché par le verre tourne légèrement en dedans. Si l'on vient alors à le découvrir, le malade accuse une diplopie homonvme passagère, qu'il fait disparaître aussitôt en reculant la tète. Cette expérience prouve qu'il y a prédominance manifeste du maximum de convergence par rapport au maximum d'accommodation.

Autre différence. Nous savons qu'avec l'âge p0 s'éloigne de plus en plus, d'où l'apparition de la presbyopie ; pci au contraire reste à peu près invariable.

Nous verrons que dans les états amétropiques, myopie et hypermé-

PAMAS. 8

ïlk OPTIQUE PHYSIOLOGIQUE.

tropie, l'écart entre ces deux fonctions peut aller jusqu'à provoquer du strabisme.

Connaissant l'accommodation et la convergence, il nous reste à rechercher la relation qui existe entre elles.

On avait admis d'après Porterfield et J. Millier qu'à un degré donné de convergence correspondait un même degré d'accommodation et inversement.

Formulée d'une façon aussi absolue, la proposition est erronée. C'est ainsi qu'un emmétrope qui lit un texte à 5 mètres, peut continuer à le faire après apposition de verres concaves légers, grâce au relâchement de son accommodation, sans qu'il change en quoi que ce soit le parallélisme de ses lignes visuelles.

De môme à une courte distance, l'œil parvient à surmonter l'action d'un verre léger concave ou convexe, sans modifier en rien l'angle de convergence. Ce sont là autant de preuves que le muscle accommodateur peut, dans une certaine mesure, se relâcher ou se contracter d'une façon indépendante.

Pour démontrer que l'inverse est vrai, il suffit d'appliquer devant l'œil un prisme adducteur ou abducteur pendant que l'individu fixe binoculairement un objet. Pour échapper à la diplopie, on voit l'œil placé sous le prisme se dévier d'une certaine quantité du côté de l'arête, sans que l'accommodation soit aucunement modifiée, ainsi que le prouve la persistance de la vision nette.

Grâce aux nombreuses expériences de Donders, Volkmann, Moleschott, Nagel, etc., on est arrivé à établir qu'à chaque angle de convergence correspond une quantité accommodative donnée en plus ou en moins, qui peut être mise en jeu; on l'appelle accommodation relative, et son amplitude, désignée par at, a pour mesure en dioptries jp, — i\. Le premier de ces termes -+- pt, qui représente la contraction en surplus du muscle ciliaire, s'obtient par l'interposition du verre concave le plus fort que tolère l'individu sous un angle de convergence donné, alors que — rt indique le relâchement de l'accommodation provoqué par le verre convexe correspondant.

Donders a constaté que, dans le regard au loin, un emmétrope jeune parvenait à surmonter le verre de 5,55 dioptries concaves, et qu'à 55 centimètres de convergence ou 5 am, il neutralisait un verre convexe de '2,50. D'où il résulte que son amplitude ai mesurait 5,85, ou près de 0 dioptries.

Pour l'œil normal et emmétrope, l'accommodation et la convergence marchent de pair, sauf qu'à l'infini où la première se réduit à 0 la convergence devient souvent négative, alors que pour le point l'approché, p" dépasse p. En effet, à mesure que l'objet se rapproche, la réserve accommodative décroît, si bien que, dans la vision binoculaire

à I I centimètres, elle se réduit à zéro. Par contre, la convergence continuant à agir, il se fait une dissociation entre les deux fonctions, et l'un îles yeux se place ordinairement en strabisme interne, comme pour renforcer par action réflexe la puissance accommodative défaillante.

La convergence relative ne nous intéresse pas moins que l'accommodation relative. Des études faites dans ce sens démontrent, qu'en conservant le même degré d'accommodation, les yeux surmontent des prismes à sommet interne de 5 am, et ceux à arête externe de 5,5 am. d'où ac, = 6,5 am.

On conçoit qu'une pareille réserve, tant accommodative que de la convergence, soit indispensable pour tout travail soutenu.

11 nous reste à parler des rapports de l'accommodation et de la convergence dans l'amétropie.

Chez le myope, l'amplitude accommodative est toujours inférieure à celle de la convergence, et cela de la quantité de réfraction statique en excès. C'est -ainsi qu'un myope de 5 dioptries peut lire et travailler à une distance de 5 am (20 centimètres), sans faire intervenir en rien son accommodation. Pour un rapprochement double, il ne lui faudra que 5 dioptries d'accommodation au lieu de 10.

Chez V hypermétrope le contraire a lieu. Déjà avec le parallélisme des lignes du regard, autrement dit avec une convergence nulle, il sera obligé de mettre en jeu une quantité de réfraction dynamique équivalente au déficit de sa réfraction statique. Comme pour chaque nouvel angle de convergence positive ou négative le même déficit existe, on voit que dans l'hypermétropie l'accommodation est toujours plus élevée que la convergence.

Le myope possédant toujours un excès de réserve accommodative, il relâche, lors de la vision à courte distance, son muscle ciliaire avec un seul œil pendant qu'il diverge de l'autre : d'où production d'un strabisme intermittent qui alterne si l'individu possède une vision égale à droite et à gauche.

L'hypermétrope, par suite du déficit de la partie positive de son accommodation, louche en dedans dans la vision de près.

Par le port de verres convexes ou concaves, on parvient à modifier les rapports qui existent entre l'accommodation et la convergence, principalement en ce qui regarde leurs composantes négatives. A cet égard il existe de grandes variations individuelles.

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