Dufour, Thèse de Paris
Mais, ce sont surtout Emile Bonnet1 et Charcot2 qui, par des observations significatives et des considérations importantes, ont contribué à fixer les idées sur ce sujet. Bonnet ne cite pas moins de huit cas d'accidents méningitiques, dont trois mortels, survenus dans le cours du rhumatisme blennorrliagique. Dans une autopsie, il trouva, à la base de l'encéphale, la pie-mère rouge et congestionnée, et dans une autre l'absence totale de lésions.
L'observation qui nous est propre3 et qui, jusqu'ici, n'a pas d'analogue, concerne un sujet de vingt-neuf ans, exempt de toute tare alcoolique, nicotinique et syphilitique. En 1885, il contracta une première blennorrhagie compliquée de rhumatisme généralisé. En 1889, nouvelle blennorrhagie avec douleurs vives dans le trajet des sciatiques, ce qui força le malade à garder le lit pendant trois mois. Étant convalescent, il subit une réfrigération en entrant dans une cave à glace et, douze jours après, il perdait brusquement la vision du côté droit. Un mois plus tard, il se présente à la consultation de l'Hôtel-Dieu et nous constatons une amaurose totale de l'œil droit, avec conservation de l'acuité visuelle du gauche. La pupille, moyennement dilatée, n'avait plus ses réllexes directs, mais réagissait nettement, chaque fois qu'on incitait l'œil sain. Les réflexes patellaires étaient conservés.
A l'ophtalmoscope, disque optique blanc, principalement dans sa moitié temporale; veinesquelque peu tortueuses; et, entre la papille et la macula, pointillé blanchâtre. Tous ces caractères, y compris le gonflement léger de la papille et l'aspect flou de ses bords, permettent de diagnostiquer une papillo-névrite par stase à sa période de déclin. L'œil gauche, bien qu'inaltéré dans son fonctionnement, présente un faible degré d'œdème papillaire avec veines distendues et flexueuses.
Des faits qui précèdent il se dégage cette conclusion que le rhumatisme blennorrliagique est capable de provoquer des manifestations du côté des centres et même de la névrite optique. S'agit-il d'une affection spinale infectieuse, de môme ordre, que les synovites qui l'accompagnent, ou bien, comme le veut Charcot, de paralysies amyotrophiques liées aux arthropathies en général, qu'elles soient blennorrhagiques ou non? C'est ce que nous ne saurions dire quanta présent.