‹ Traité des maladies des yeuxChapitre 530 sur 547 · C. — AMBLYOPIE OU AMAUROSE UNILATÉRALE CROISÉE DE CAUSE CENTRALE · texte numérisé non relu

C. — AMBLYOPIE OU AMAUROSE UNILATÉRALE CROISÉE DE CAUSE CENTRALE

C'est à Charcot que l'on est redevable de la connaissance de l'amblyopie et de l'amaurose croisées de cause centrale. On l'observe chez des individus atteints d'hémianesthésie ou d'hémiplégie avec perte de l'odorat, de l'ouïe ou du goût, à quoi s'ajoute fréquemment un certain degré de défectuosité de la vision de l'œil opposé.

Le champ visuel pour le blanc et les couleurs se rétrécit successivement de la périphérie au centre.

D'après Charcot, il s'agirait d'une lésion occupant le tiers postérieur de la capsule interne. Pour expliquer l'amblyopie croisée, l'auteur suppose qu'en arrière des tubercules quadrijumeaux, les faisceaux directs des nerfs optiques droit et gauche s'entre-croisenl à leur tour, avant d'atteindre la sphère psycho-sensorielle du lobe cérébral opposé. Cette hypothèse ingénieuse manque jusqu'ici de preuves anatomiques: tontes les fois qu'à l'autopsie on a trouvé des lésions du lobe occipital, elles se sont traduites par de l'hémianopsie ou de lamaurose bilatérale totale, et non par de l'amblyopie unilatérale croisée.

La conservation des réflexes pupillaires de l'œil amblyope et, suivant Westphal, Schweigger et nous, la possibilité pour cet œil de fonctionner avec son congénère lors de l'épreuve par le stéréoscope, constituent des signes différentiels importants. Partant de là, Wilbrand ' pense qu'il s'agit presque toujours d'un trouble hystérique et non de lésions matérielles des centres. Il en serait de même de l'alexie, de la cécité verbale, de la surdité psychique, de l'aphasie et la perte de signification des formes qui rend l'individu incapable de distinguer les personnes et les objets qui l'entourent; état désigné sous le nom de cécité de l'âme, et que Munk dit avoir reproduit chez les animaux, en leur extirpant la substance corticale des deux lobes occipitaux. Exceptionnellement on a signalé, comme symptômes surajoutés, l'hémichorée et l'athétose.

Ainsi qu'on le voit, la signification pathologique de l'amblyopie et de l'amaurose unilatérales croisées n'est pas encore définitivement établie.

D. — SCOTOME SCINTILLANT.

Par scotome scintillant, migraine ophtalmique ou teichopsie, on entend un trouble visuel fugace consistant en sensations lumineuses entoptiques accompagnées d'ordinaire d'hémicrànie. Un autre caractère important est l'absence de lésions visibles à l'ophtalmoscope.

Les phénomènes lumineux subjectifs peuvent manquer ou cire très atténués. Le plus souvent ils succèdent à l'apparition d'un brouillard qui débute par une moitié latérale et gagne en étendue. Le malade perçoit des raies lumineuses en zigzag ressemblant à des éclairs, ce qui a valu à l'affection le nom de teichopsie, de tsî/sç, rempart. Après une durée de 15 minutes à une demi-heure au plus, les scintillements ondulatoires et l'obscurcissement partiel disparaissent de la péri-

I. YViLBiuxD, Die Hemianopsie Gesichtfeldformen, etc., YViesbadcn. 1800.

phérie au centre ; rarement il subsiste un scotome annulaire paracentral, qui s'efface à son tour. Si la rémission n'est qu'incomplète et s'il s'ajoute des paralysies ou des contractures, il faut songer à des lésions du cerveau; même remarque au sujet du scotome scintillant monoculaire.

Le nombre des accès migraineux, leur durée et la longueur des intervalles d'accalmie varient. Le scotome peut se montrer tantôt à droite, tantôt à gauche, ce qui est le propre d'un trouble purement fonctionnel. Scintillant ou non, il est toujours négatif; l'individu cesse de voir la partie correspondante des objets, mais n'a pas la sensation d'un écran opaque interposé.

Outre l'accès de migraine qui est constant et se prolonge après la disparition des éclairs, on a signalé le vertige, une parésie fugace de l'un des membres supérieurs avec engourdissement qui envahit les lèvres et la langue, de l'aphasie et de l'amnésie transitoires, plus rarement une hémiplégie passagère.

D'après Charcot1, ces troubles ainsi que l'hémiopie peuvent persister définitivement après des accès répétés. La paralysie temporaire de l'oculo-moteur est très rare, alors qu'elle est la règle dans la migraine ophtalrrioplégique.

Des nombreuses causes invoquées, la mieux démontrée est l'influence du terrain névropathique, ainsi que cela ressort du travail de Babinski2. Les secousses morales, le surmenage par excès de toute sorte, la grossesse et les troubles menstruels n'interviennent que comme causes provocatrices.

Parmi les lésions organiques, ce sont principalement les tumeurs du cerveau et des méninges qui déterminent le scotome scintillant. Pour celui purement fonctionnel, le processus intime nous échappe. Charcot pense qu'il s'agit d'une ischémie corticale par spasme vasculaire, suivie d'hyperhémie localisée dans les circonvolutions pariétales. D'après cet auteur, ces lésions d'abord purement fonctionnelles peuvent par leur répétition déterminer des altérations des parois artérielles, donnant lieu à un vice de canalisation plus ou moins prononcé. Même incertitude au point de vue du siège exact de l'affection. Si en effet la forme hémianopsique du scotome nous conduit à incriminer la sphère visuelle corticale, y compris les noyaux et la bandelette optique, il n'en est plus ainsi de la photopsie, qui a pour cause habituelle des lésions du nerf optique et de la rétine.

Le pronostic est en général favorable. On ne doit concevoir des craintes que si les signes cérébraux, hémiopie, aphasie, parésie, crises épileptoïdes se prolongent et s'établissent d'une façon définitive.

\. CuiRcoT, Leçons sur les maladies du système nerveux, t. I, p. 74, 1892. 2. Babisski. Areli. de Neurologie, nov. 1889.

Quant au traitement, il sera la plupart du temps celui de l'hystérie. Pour abréger la durée de la migraine, on aura recours au sulfate de quinine, à l'antipyrine et aux préparations bromurées.

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