‹ Traité des maladies des yeuxChapitre 534 sur 547 · F. — NYCTALOPIE OU CÉCITÉ DIURNE · texte numérisé non relu

F. — NYCTALOPIE OU CÉCITÉ DIURNE

Le nyctalope, à l'encontre de l'héméralope, distingue nettement les objets avec le déclin de l'éclairage, alors qu'il en est empêché pendant le grand jour. Cette faculté d'adaptation exagérée rappelle ce qui se passe chez les oiseaux nocturnes.

On doit se garder de confondre la nyctalopie avec la photophobie qui accompagne les taies centrales de la cornée, les cataractes axiales, la mydriase, les brèches colobomateuses de l'iris, l'hyperesthésie rétinienne et certaines névrites d'ordre toxique ou succédant à l'anémie grave. Le diagnostic n'est justifié que si l'œil est exempt de lésions et l'acuité visuelle entière pendant le crépuscule.

Deux influences prédisposent à la nyctalopie : l'éblouissement de la rétine et le séjour prolongé dans des espaces sombres. Comme exemples d'éblouissement, nous signalerons la nyctalopie survenant chez les individus qui habitent les pays couverts de neige : forme décrite par les Anglais sous le nom de snow-blindness. Il s'y ajoute du blépharospasme (Reich)1, du myosis (Caron du Villards2), ainsi qu'une irritation ciliaire avec injection périkératique et conjonctivale.

On ne saurait rien tirer de la citation de Galien au sujet d'une épidémie de nyctalopie apparue chez les prisonniers de Denys de Syracuse, attendu qu'à cette époque le même terme servait à désigner l'héméralopie. Les faits rapportés par Caron du Villards et observés à Séville à l'époque de l'Inquisition, comme aussi ceux relatés par Buffon et Larrey, semblent plus concluants. Ici le défaut d'éclairage parait avoir joué le principal rôle.

L'hyperesthésie de la rétine est parfois telle que la moindre clarté éblouit le malade et provoque du larmoiement. Chaque fois que l'examen ophtalmoscopique est possible, on rencontre une simple hyperhémie. Les deux faits où Reich a constaté de la mydriase et le rétrécissement concentrique du champ visuel constituent des exceptions. Le manque habituel d'altérations nous conduit donc à penser que le siège de la nyctalopie doit être recherché du côté des centres percepteurs. Nous avons observé un cas de ce genre chez une femme franchement hystérique, qui devint nyctalope sans cause provocatrice. L'acuité parfaite dont elle jouissait à la nuit tombante ne permettait aucune confusion avec l'asthénopie rétinienne.

Traitement. — S'il existe une congestion de la conjonctive, les collyres de cocaïne et d'atropine sont indiqués, à quoi l'on ajoute les

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