‹ Traité des maladies des yeuxChapitre 63 sur 547 · Javal et Schiûtz, Revue scientifique · texte numérisé non relu

Javal et Schiûtz, Revue scientifique

PANAS. 10

un support de l'instrument, regarde fixement avec un œil dans l'intérieur de la lunette.

Les deux rectangles blancs sont rapprochés ou éloignés, jusqu'à ce que leurs images cornéennes arrivent au contact. Cela fait, on tourne l'arc périmétrique de la quantité voulue, jusqu'à ce que les deux images qui se touchent soient à niveau, sans que l'une dépasse l'autre soit en haut, soit en bas. C'est là la position initiale, c'est-à-dire la mise'au point de l'ophtalmomètre.

Cette position varie suivant le méridien cornéen auquel elle corres-

Fis-. 09.

pond. C'est indifféremment celui de la plus grande ou de la plus petite courbure. Aussi l'arc périmétrique peut-il être au point de départ horizontal, vertical ou oblique.

On tourne alors brusquement l'arc périmétrique de 90°, et voici ce que l'on observe :

Si les deux images cornéennes n'éprouvent aucun changement dans leurs rapports respectifs, c'est qu'il n'y a pas de différence de courbure entre les deux méridiens principaux perpendiculaires, autrement dit, pas d'astigmatisme.

Si les deux rectangles empiètent l'un sur l'autre, il y a astigmatisme, et plus ils empiètent, plus le degré en est élevé. A chaque marche

d'empiétement correspond une dioptrie, et à chaque demi-marche une demi-dioptrie. En outre, le degré d'inclinaison finale de l'arc périmétrique indique la direction du méridien dont la courbure s'écarte le plus de Yemmétropie, et partant l'inclinaison qu'il faudra donner au cylindre correcteur de signe contraire.

Il arrive parfois que les deux images cornéennes, au lieu d'empiéter L'une sur l'autre, s'écartent. Cela signifie que le dernier méridien est le moins amétrope, et qu'il faut intervertir le mode de recherche de l'astigmatisme, en tournant l'arc périmétrique en sens contraire.

Le nouveau modèle de l' ophtalmomètre Javal (1889) possède un disque fixe de 64 centimètres de diamètre, qui se reflète en double sur la cornée. Sa grande circonférence émaillée en blanc porte de 15° en 15° des chiffres noirs jusqu'à 180 de chaque côté. Ces chiffres sont inscrits à l'envers pour être vus droits sur la cornée. À partir du centre, on a tracé des cercles parallèles dont les rayons croissent selon la loi des tangentes de 5 en 5° jusqu'à 45. Les cercles 15 et 30, plus larges que les autres, portent de petits chiffres de 0 à 560 servant à numéroter les méridiens. Grâce à ce double système de graduation, on peut faire de l'ophtalmométrie à n'importe quel point en dehors de la ligne visuelle.

Sur le diamètre horizontal du côté gauche du disque, on remarque les chiffres 55, 40, 45, 50 D. Quand, parle dédoublement des images cornéennes, les cercles parallèles ainsi numérotés deviennent tangents à eux-mêmes dans un méridien quelconque, ces chiffres indiquent la force de réfraction de la cornée dans ce méridien. Les numéros 5, 4, 5 tracés sur la moitié droite, du diamètre horizontal, servent à mesurer en millimètres l'orifice pupillaire. La partie inférieure du disque est percée de deux larges ouvertures, servant au passage de la main pour la manœuvre des mires. Un trou rond avec fente permet la mise en position de la lunette, et sert à regarder les deux yeux du patient.

Les mires dont l'une rectangulaire, l'autre à gradins, mesurent 60 millimètres de hauteur sur 50 de largeur. Chacune porte au milieu une ligne de foi noire horizontale. Les gradins de celle de gauche, qui seule, est mobile ont 5 millimètres de largeur et 10 de hauteur. La mire droite rectangulaire se trouve fixée en regard de la division 20 de l'arc qui tourne en tout sens, et est pourvu d'une longue aiguille perpendiculaire destinée à indiquer tel ou tel chiffre de la couronne blanche du disque.

Chaque mire porte sur son côté externe une aiguille indicatrice en rapport avec le méridien perpendiculaire.

La lunette se compose d'un oculaire positif de 56 D, et de deux lentilles objectives achromatiques et aplanétiques, d'une distance focale de 28 centimètres chacune. Un prisme biréfringent de Wollaston,

lkS

donnant pour la distance de l'œil observé un dédoublement de 2mra,95, se trouve interposé aux deux lentilles objectives.

La nivellation et le contact des mires s'obtiennent comme dans l'instrument primitif, après quoi on tourne de 90°, à partir du chiffre indiqué par la grande aiguille. Si les mires au lieu d'empiéter l'une sur l'autre, s'écartent, c'est qu'il y a astigmatisme contraire à la règle.

Fig. 70.

Le mieux sera alors d'établir le contact en rapprochant la mire à gradins, et de lire l'As, après avoir amené l'arc à la position voisine de l'horizontale. A chaque gradin d'empiétement correspond une D en plus, et aux fractions de gradins autant de fractions de dioptrie. Pour déterminer en dioptries la réfraction de chaque méridien principal, il suffit d'ajouter 20, distance fixe de la mire rectangulaire au nombre indiqué par l'index de la mire à gradins.

Pour peu que les mires ou les lignes de foi accusent des irrégularités, il faut s'assurer s'il en est ainsi des trois cercles du disque kératoscopique, et l'on diagnostiquera de la sorte l'astigmatisme irrégulier ou la forte décentration de la cornée.

Le nouveau modèle a pour avantages de fournir un éclairage deux fois plus grand, de permettre la lecture des angles sur le grand disque, sans que l'œil de l'observateur quitte l'oculaire, de mettre à l'abri du miroitement provenant de la cornée de l'œil observé, enfin de pouvoir faire servir le grand disque à l'étude de la configuration de la cornée et des divers degrés de sa décentration.

La skioposcopie est encore ici une des méthodes les plus simples et les plus exactes. Grâce à l'emploi de l'ophtalmoscope et des verres de la boite d'essai, on arrive à déterminer l'astigmatisme total quel qu'en soit le siège, avec une erreur ne dépassant pas - à | dioptrie au plus. C'est dire que nous sommes enclin à lui accorder une grande place dans la pratique.

La façon de procéder est la suivante :

L'observateur armé de l'ophtalmoscope se place invariablement à lm,20 de l'œil exploré, l'autre étant recouvert d'un écran opaque que supporte la monture d'essai. De légers mouvements d'inclinaison du miroir nous enseignent si l'œil est amétrope, si les deux méridiens cardinaux offrent une réaction d'ombre identique ou contraire, et approximativement dans quelle mesure. C'est dire qu'on reconnaîtra de suite l'astigmatisme simple, composé ou mixte. Cette notion une fois acquise, on place sur la lunette d'essai la lentille sphérique convexe ou concave, suivant qu'il s'agit de méridiens hypermétrope ou myope, et l'on continue ainsi jusqu'à ce qu'on trouve le verre qui satisfait à l'un, puis à l'autre. En supposant que les verres soient de même signe, il suffit de faire la soustraction, et s'ils sont de signe contraire, de les additionner pour avoir la mesure exacte de l'astigmatisme.

11 n'est pas jusqu'à la direction du méridien amétrope qu'on n'arrive à déterminer approximativement par la skioposcopie, sauf à la préciser, grâce à la méthode subjective.

Parent est dans le vrai lorsqu'il affirme qu'on peut enseigner la skioposcopie au premier médecin venu en huit jours, et le mettre à même de mesurer l'astigmatisme à {D près; tandis qu'il en est tout autrement de la méthode par l'image droite, exigeant un très long apprentissage.

Chibret . ', de son coté, en comparant les résultats fournis par l'ophtalmomètre de Javal avec ceux obtenus par la skioposcopie ou la combinaison des deux méthodes, arrive aux conclusions suivantes :

Page 1