Duvignaud, Thèse de Paris
mélange chromo-osmique qui n'en altère en rien la forme, la rigole que nous aurons à décrire mesure 2 millimètres \ en haut, 2 millimètres en bas, 1 millimètre { du côté nasal et autant du côté temporal. Ces différences tiennent à ce que le limbe scléro-cornéen opaque est moins prononcé dans le sens du méridien horizontal que du vertical.
Chez l'homme, l'angle de fdtration est constitué en avant par un tissu fenêtre p, qui le sépare du canal de Schlemm d. Sur les côtés et en arrière on trouve la portion tendineuse a du muscle accommodateur, la terminaison du corps des procès ciliaires et la racine de l'iris.
Contrairement à ce qu'on a dit, l'angle de fdtration représente à son sommet non une fente étroite, mais une arcade qui ne s'efface pas, alors même qu'on évacue la totalité de l'humeur aqueuse. Cette arcade comprend le tendon du muscle ciliaire et une mince couche du stroma irien.
Chez le chat et le porc, la disposition est tout autre. De la racine de l'iris partent de fines trabécules pigmentées qui se ramifient et s'anastomosent pour aboutir en avant et en dedans jusqu'à la terminaison de la membrane de Descemet. Plus en dehors, on aperçoit à la loupe un fouillis de fibrilles d'aspect vitreux. C'est à tout ce système qu'il faut rapporter la description de Hueck sur le prétendu ligament pectine qui n'existe chez l'homme que pendant la vie fœtale. Après la naissance, ce système disparaît progressivement et c'est à peine si l'on en rencontre plus tard des vestiges. Même disposition négative s'observe, d'une façon plus prononcée peut-être, chez le macaque.
A la face antérieure scléro-cornéenne de l'angle iridien, nous trouvons un système trabéculaire ou lacunaire spécial, appelé tissu de filtration.
Vu son importance au point de vue de l'excrétion des liquides infra-oculaires et du rôle capital qu'il joue, comme nous le verrons dans la production du glaucome, il mérite une description détaillée. La figure histologique 17 dessinée d'après nature, à un très fort grossissement, facilitera cette étude.
Ainsi qu'on peut le voir, les trabécules entre-croisées en tous sens qui constituent ce système proviennent les plus profondes des cordelettes tendineuses et des cloisons conjonctives du muscle ciliaire a, qu'on peut suivre en avant jusqu'à la limite terminée en pointe de la membrane de Descemet.
Les antérieures sont les plus nombreuses et appartiennent à la scléro-cornëe. Très abondantes du côté de la sclérotique, elles diminuent et s'effilent à mesure qu'on se rapproche de la cornée. Il en résulte que le système lacunaire offre sur la coupe la forme d'un coin à base externe et à sommet interne.
ANGLE IRIDIEN OU DE FILTRATION
Chaque trabécule envisagée en elle-même semble constituée d'un tissu dense hyalin. Toutes celles coupées suivant l'axe présentent une série de points ronds e, qui paraissent correspondre à autant de fibrilles sectionnées en travers. De chaque côté, on voit une limite nette pourvue de gros noyaux endothéliaux f, les uns ronds, les autres légèrement
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Fig. 17. — Système trabéculaire scléro-cornéen de l'homme.
«, lendon du muscle ciliaire. t- b, veinule inlra-sclérale. — c, endolhélium du canal de Schlemm. — d, cavité du canal de Schlemm. — e, coupe transversale d'une trabécule. — /", noyau appliqué à la surface d'une trabécule. — g, trabécule vue suivant sa longueur. — i, travées du muscle ciliaire. — h, faisceaux circulaires de la sclérotique.
ellipsoïdes. Tous font saillie dans les lacunes et se laissent fortement colorer par les réactifs.
Examiné à plat et par la face qui regarde la chambre antérieure, le tissu trabéculaire olï're plusieurs plans superposés, dont les mailles sont d'autant plus étroites qu'elles sont profondes et voisines de la cornée. En ce point les travées de plus en plus larges se fusionnent
pour se continuer avec la membrane de Descemet. Il en résulte une zone striée intermédiaire connue depuis Schwalbe sous le nom d'anneau limitant antérieur. L'endothélium desceméien se poursuit, mais en s'égrenant et en s'aplatissant le long des trabécules. Du côté du tendon du muscle ciliaire, la jonction de ces dernières s'opère d'une façon analogue.
Immédiatement en avant du système lacunaire, on aperçoit une grande fente d à contours irréguliers décrite depuis longtemps sous le nom de canal de Schlemm. Sa face profonde est délimitée par le tissu trabéculaire précédent et parsemée de nombreux noyaux c. La face antérieure également recouverte d'un endothéliuin est formée par plusieurs plans de fibres sclérales nattées et présente ça et là de petites fentes parmi lesquelles celles en rapport avec la circonférence externe du canal sont les plus spacieuses. Nous pensons qu'il s'agit là d'un tissu de transition qui se confond graduellement avec celui de la sclérotique. Plus en avant, et en plein tissu scierai, on aperçoit la coupe de trois ou quatre vaisseaux appartenant au plexus veineux de la sclérotique. Ce plexus a été bien décrit par Rouget puis par Leber sous le nom de iplexus veineux sclérotical. Les vaisseaux qui le composent contiennent souvent des globules sanguins, ce qui n'est jamais le cas pour le canal de Schlemm, sauf chez le fœtus et dans certaines affections, en particulier le glaucome.
Pour expliquer comment l'humeur aqueuse et les liquides injectés dans la chambre antérieure passent du canal de Schlemm dans le plexus en question, alors qu'une injection colorée poussée par les veines ciliaires antérieures n'y aboutit pas, on a admis l'existence de valvules qui n'ont pas encore été démontrées.
Désirant tirer au clair la structure et le rôle du canal de Schlemm, Rochon-Duvignaud s'est adressé à l'œil de divers animaux et particulièrement à celui de la poule. Ce dernier possède un canal spacieux qu'il est facile d'injecter directement ou par la carotide avec la gélatine colorée au bleu de Prusse soluble qui, comme on sait, a l'avantage de ne pas diffuser dans les tissus. L'injection ainsi faite remplit très régulièrement la totalité du canal et passe dans les veines ciliaires antérieures, mais non dans le système trabéculaire et la chambre antérieure.
Procédant alors à des coupes microscopiques de l'œil préalablement congelé par les vapeurs de chlorure d'éthyle, Duvignaud vit nettement que les parois du canal de Schlemm sont tapissées par une couche endothéliale à noyaux, partout continue, sauf dans les points où les veines ciliaires antérieures s'y abouchent. De plus, chez la poule, ce canal contient souvent du sang.
Parlant de ces faits, l'auteur envisage le canal de Schlemm, non
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comme un espace lymphatique en communication directe avec le tissu de iîltration et la chambre antérieure, ainsi que le veut Schwalbe, mais comme un sinus veineux cloisonné, analogue au sinus caverneux de la dure-mère, servant de point de départ au système des veines ciliaires antérieures.
Pour expliquer la grande facilité avec laquelle des liquides colorés injectés dans la chambre antérieure passent dans le canal de Schlemm, il admet la production de ruptures de son enveloppe endothéliale fort mince. C'est ce qui nous rend compte de l'irrégularité qu'offre en pareils cas l'injection.
Un détail à noter, dont nous avons pu vérifier plusieurs fois l'exactitude, c'est que du liquide coloré injecté dans la chambre antérieure passe dans le muscle ciliaire et l'espace supra-choroïdien, alors qu'une injection faite en sens inverse ne parvient pas dans l'humeur aqueuse.