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HUMEUR AQUEUSE

Ainsi qu'il a été dit à propos de l'iris, l'humeur aqueuse remplit tout l'espace compris entre la cornée en avant, le cristallin, la zonule et les têtes des procès ciliaires en arrière. Nous savons en outre que cet espace est divisé en deux parties qui communiquent entre elles : une antérieure désignée sous le nom de chambre antérieure; une postérieure très étroite appelée naguère chambre postérieure, mais qui en réalité ne forme qu'une simple rigole plus justement connue sous le nom d'espace rétro-iridien.

L'humeur aqueuse rappelle, par sa transparence et sa fluidité parfaite, l'eau distillée. A part du chlorure de sodium et des traces d'albumine, on ne trouve aucun autre élément dans sa constitution chimique. Évacuée par une ponction de la cornée, elle jaillit avec une certaine force, preuve qu'elle est sous tension. Quelques minutes suffisent pour sa reproduction complète.

CRISTALLIN ET ZONE DE ZINN

Le cristallin a la forme d'une lentille absolument transparente au moins dans le jeune âge. On peut lui considérer deux faces : Yantérieure appartient à une ellipse de 16 millimètres de diamètre; la postérieure, à une hyperbole dont le rayon ne dépasse pas 6 millimètres. Le diamètre antéro-postérieur mesure 4 millimètres environ, l'équalorial 9 à 10. La consistance partout molle et comme gélatineuse dans le bas âge croit plus tard au centre, au point de constituer un noyau jaune ambré. La partie périphérique est désignée sous le nom à'écorce. Une membrane anhyste, transparente et élastique, entoure la substance propre en lui formant un sac. On l'appelle cristalloïde antérieure ou postérieure suivant qu'il s'agit du feuillet qui tapisse l'une ou l'autre face de la lentille.

Ainsi constitué, le cristallin jouit d'une élasticité très grande qui lui permet de changer de forme, sous l'action du muscle accommodateur. Avec l'âge cette élasticité diminue, et tandis que le diamètre antéro-postérieur reste le même, le transversal s'accroît, d'où il résulte un aplatissement.

Chez le nouveau-né ou après macération dans l'eau, on aperçoit sur chaque face une ligure étoilée à trois branches. En arrière, elle repré-

CRISTALLIN ET ZONE DE ZINN

sente un Y et en avant la même lettre renversée. D'après Sappcy et Werneck, il arrive parfois qu'à la face postérieure la figure revêt la forme d'un X .

Lorsqu'on prolonge la macération, les branches se multiplient en se subdivisant en rameaux secondaires. Le même phénomène se produit spontanément dans certaines cataractes molles qui, à cause de cela, sont appelées déhiscentes.

Si l'on continue l'expérience, on ne tarde pas à voir la substance propre se séparer en lamelles imbriquées. Par la dissociation chacune d'elles se résout en fibrilles qui s'étendent d'une branche de l'étoile antérieure à la branche alterne de l'étoile postérieure. Voilà pourquoi l'on a considéré ces branches comme autant de lignes suturâtes des libres cristalliniennes.

La grande circonférence ou ëquateur est arrondie et correspond aux têtes des procès ciliaires dont elle reste toujours séparée, môme lorsque le muscle accommodateur se contracte. Dans l'intervalle se place la zone de Zinn.

En avant, le cristallin est en contact au centre avec l'iris qu'il supporte. En arrière, il est enchâssé dans une cupule appelée fossette pateîlaire que lui fournit le vitré.

Histologiquement, le sac capsulaire est constitué par une membrane vitreuse homogène bien qu'offrant sur la coupe un aspect finement lamellaire. Son épaisseur n'est pas partout la même. Au niveau du pôle antérieur elle mesure de 11 à 18 p., tandis qu'au pèle postérieur elle se réduit à 8 [/..

Avec l'âge, la cristalloïde augmente d'épaisseur et de résistance au détriment de son élasticité.

Lorsqu'on vient à en arracher des lambeaux, on les voit s'enrouler du côté de la surface.

Une macération dans l'eau la gonfle ; elle oppose une grande résistance aux divers réactifs chimiques et ne se gélatinifie pas par la coction.

Toute la face profonde de la cristalloïde antérieure est tapissée d'une couche de cellules hexagonales de 19 à 21 [j. de diamètre. Chaque cellule contient un noyau rond, nucléole, exceptionnellement deux, et mesure de 9 à 1 1 \i.. Le protoplasma en est légèrement granuleux. On rend les contours des cellules parfaitement nets en faisant agir une solution de nitrate d'argent.

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Vers l'équateur du cristallin ces cellules sont moins bien délimitées et leur protoplasma devient plus granuleux. De plus elles s'allongent sous la l'orme de fibres naissantes.

A l'état normal, la cristalloïde postérieure est entièrement dépourvue de cellules. Ce que l'on a envisagé comme telles n'est que l'empreinte des fibres cristalliniennes qui s'y insèrent.

Sur des coupes fraîches congelées, les fibres représentent des prismes hexagonaux juxtaposés, aplatis d'avant en arrière, et cela d'autant plus qu'on se rapproche du centre de la lentille. De consistance molle et presque gélatineuse dans la région de l'écorce où elles mesurent 10 à 12 y. de largeur et 7 à 8 y. d'épaisseur, ces fibres deviennent plus denses et plus petites dans le noyau. Là leur diamètre est de 7 à 8 y. dans un sens et de 2 à 5 dans l'autre. Les superficielles

Fig. 26. r c

Eff, èpithélium antérieur. — Ca, cristalloïde antérieure. — ■ N, noyaux. — Fc, libres cristalliniennes

et les moyennes possèdent vers le tiers antérieur de leur longueur un noyau granuleux nucléole. Sur une coupe méridienne du cristallin, l'ensemble de ces noyaux décrit une courbe à convexité antéro-externe qui part de l'épithélium équatorial sous-capsulaire pour se diriger plus ou moins en arrière. Avec l'âge, ces noyaux se raréfient; les fibres qui occupent le centre du cristallin s'aplatissent de plus en plus et deviennent fortement dentées sur les bords.

Sous l'action du nitrate d'argent, on arrive à démontrer la présence d'une substance cimentaire amorphe qui relie les éléments entre eux. Comme elle est surtout abondante dans les interstices des couches, on s'explique la tendance du cristallin à se séparer en autant de feuillets concentriques.

A cela font exception les fibres équatoriales qui, tout en restant parallèles, décrivent des courbes dont la concavité regarde les bords de la lentille.

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L'analyse chimique décèle dans la substance cristallinienne : 00 pour 100 d'eau; 55 pour 100 de matières albuminoïdes solubles, principalement de la globuline; 2,5 pour 100 d'albuminoïdes insolubles; 2 pour 100 de corps gras y compris des traces de cholestérine et 0,5 pour 100 de résidus minéraux.

La cristalloïde soumise à une coclion prolongée finit par se transformer en une matière qui précipite par le tanin seul.

Zone de Zinn. — La zone de Zinn, ou ligament suspenseur du cristallin, commence au niveau de l'ora serrata sous forme de fibrilles que l'on peut suivre le long des procès ciliaires, principalement contre leur face latérale et dans les sillons qui les séparent. Elles adhèrent au revêtement rétinien des procès en dehors et au corps vitré en dedans. C'est ce qui fait que lorsqu'on cherche à détacher le vitré en ce point, chaque fibre entraine avec elle la couche pigmentaire sousjacente.

Parvenues à l'extrémité antérieure des procès, les fibres constituent de fins faisceaux en gerbe se croisant en tout sens et allant se perdre d'une façon insensible sur les deux cristalloïdes, principalement l'antérieure. De la tète des procès ciliaires, partent des fibrilles qui suivent un trajet rétrograde, croisent les précédentes et vont s'insérer pour la plupart sur la cristalloïde postérieure.

On voit d'après cela que la zonule n'est point formée par une membrane continue, mais par un feutrage donnant naissance non pas à un canal en chapelet entourant le cristallin connu sous le nom de canal godronné de Petit, mais à des mailles irrégulières remplies d'un liquide qui n'est autre que l'humeur aqueuse.

Les fibres de la zonule sont transparentes en même temps que solides et élastiques. Les acides et les alcalis ne les attaquent pas. Ajoutons que vers l'ora serrata et dans les vallons des procès ciliaires on trouve des cellules disséminées, finement granuleuses et pourvues d'un petit noyau.

Étant donnée l'analogie de structure de la cristalloïde et de la zonule, on est tenté d'admettre que toutes deux ont la môme origine mésodermique. Telle n'est pourtant pas l'opinion de Kôlliker qui envisage la capsule cristallinienne comme une production cuticulaire, par conséquent ectodermique. Si l'on accepte au contraire, avec Iwanoff et Arnold, que la capsule et la zone de Zinn proviennent d'une différentiation du feuillet moyen du blastoderme qui s'invagine dans l'œil pour former le vitré, on conclura à leur communauté d'origine.

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