NTSTAGMUS D'ORIGINE CEREBRALE ET MÉDULLAIRE
Le nystagmus peut se montrer comme symptôme isolé ou associé à d'autres phénomènes oculaires, dans le cours des maladies de Tencéphale et des parties supérieures de la moelle. Ainsi envisagé, il a été Tobjet d'une excellente étude de la part du docteur Gadaud (I). Nous aurons de nombreux emprunts h faire à cet intéressant travail.
Le nystagmus survenant à la suite d*une lésion cérébrale fut signalé pour la première fois chez Tadulte par Bright et Mackensie. Chez le malade cité par Mackensie, il y avait une compression du cerveau par un épanchement sanguin, à la suite d'une fracture du crâne ; les deux médecins anglais signalent l'apparition du nystagmus sans y attacher grande importance. En 1867, Lépine publia deux observations d'hémorrhagies sous-méningées accompagnées de nystagmus.
Peu de temps après, Prévost, de Genève, dans son important mémoire 3ur la déviation conjuguée des yeux et la rotation de la tète dans les cas d'hémiplégie, note chez quelques-uns des malades dont il rapporte Thistoire le symptôme nystagmus.
Enfin, nous trouvons dans la thèse inaugurale de Gadaud, à côté d'un nombre imposant d'observations, dont quelques-unes avec autopsies, la relation d'expériences physiologiques entreprises dans le but de corroborer les données de la clinique. Cet ensemble .de faits nous fournit des données intéressantes sur la valeur sémétologique du nystagmus dans les affections cérébrales et médullaires. Voici du reste les conclusions principales auxquelles est arrivé Gadaud.
De même que la déviation conjuguée des yeux et de la tète, le nystagmus existe principalement dans les cas d'hémorrhagie céré-
(t) Gadaud, Elude sur le nystagmus. Thèse de Paria^ 1869.
brale et de ramollissement. La lésion donnant naissance aa nyi^tagmus ne semble pas avoir de territoire spécial ; pourtant, dans aucun cas, les parties antérieures du cerveau n'ont été lésées ; plusieurs fois la substance grise des circonvolutions a été atteinte dans le lobe occipital.
D'autres fois c'était le corps strié, la couche optique, enfin le cervelet et la protubérance.
Dans presque tous les cas où le nystagmus s'est montré, il y a eu ictus apoplectique avec hémiplégie du côté opposé à la lésion. Dans un seul cas le malade conserva sa connaissance, tout en perdant la parole.
Un point important à noter, c'est que chaque fois que le nystagmus est survenu dans le cours d'une affection cérébrale, il y a eu en même temps déviation conjuguée des yeux et rotation de la tête du côté de la lésion ; mais le phénomène réciproque n'a pas tonjours lieu, et la déviation conjuguée peut très-bien exister sans oscillation des yeux. Le nystagmus survenu dans ces condition^ est passager, il persiste un jour ou deux au plus, tandis que la déviation conjuguée des yeux se maintient beaucoup plus longtemps. Dans aucun cas le nystagmus ne subsiste après la disparition de la déviation conjuguée ; le premier de ces deux s}Tnptômes semble donc subordonné à l'autre. En même temps, il y a toujours inflexion très-marquée de la tête dans le même sens que la déviation des yeux.
En somme, rotation de la tête, déviation conjuguée des yeux, et nystagmus sont trois phénomènes co-existant qui semblent réunis par un lien commun.
En terminant l'étude du nystagmus symptomatique des lésions
de l'encéphale, nous ne pouvons nous défendre d'une réflexion.
Quand on lit les observations contenues dans la thèse de Gadaud,
on est frappé de voir combien elles sont peu précises en ce qui
concerne la localisation topographique de la lésion trouvée à
l'autopsie. Quelle différence entre ces indications vagues et la
Mon des observations récentes I Aujourd'hui, on commence à
inattre dans le dédale des circonvolutions cérébrales; et
^ette méthode sévère de recherches, due surtout à Charcot
le de la Salpêtrière, d'importantes découvertes pour la
gie et pour la clinique, ont été réalisées; pour ne parier
s plus récentes, l'anatomie pathologique n'a-t-elle pas dé-
é amplement ce que les expériences physiologiques avaient
i\x^r-* -'est^à-dire que le centre des mouvements moteur*
rieurs et inférieurs se trouve dans les circonvo-
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lutions pariétales ascendantes qui bordent le siilon de Holando et dans le lobule paracentral.
On peut espérer qu'en étudiant d'une façon plus précise au point de vue topographique les lésions cérébrales qui produisent le nystagmus, on arrivera à trouver dans Técorce cérébrale les centres moteurs des yeux. Cette espérance est môme déjà justifiée, jusqu a un certain point, par le rapprochement suivant. Dans la thèse de Gadaud, sans préciser davantage, il est dit que plusieurs fois les lésions siégeaient dans le lobe occipital. Or, dans l'intéressante thèse de Landouzy, où sont étudiés avec tant de soin tous les faits qui peuvent jeter quelque jour sur la localisation des lésions cérébrales corticales, nous trouvons précisément que dans certaines affections des méninges ou de l'écorce, accompagnées de troubles de la motillté des muscles de l'œil, la lésion siégeait plusieurs fois au niveau d\x pli courbe, circonvolution située, comme on sait, à la limite de séparation du lobe pariétal et du lobe occipital.
Le nystagmus existe quelquefois dans les affections qui intéressent la partie supérieure de l'axe spinal, et plus spécialement le point de jonction du bulbe rachidien et de la protubérance annulaire.
C'est surtout dans la sclérose en plaques, avec lésions occupant ce siège particulier, qu'on a observé le tremblement ihvolontairc des yeux, concurremment avec celui des membres. Ce nystagmus peut être reproduit expérimentalement quand on vient h léser, comme Tont fait Gadaud et Vulpian, le plancher du quatrième ventricule, et même les corps restiformes.
L'apparition de ce trouble fonctionnel à la suite des désordres de cette région n'a rien qui doive étonner, si l'on songe que c'est là précisément que se trouvent les noyaux d'origine du moteur ucplaire commun et du moteur oculaire externe, qui, soit directement, soit par voisinage, peuvent être intéressés.
Dans le nystagmus d'origine cérébrale, c'est probablement le centre excito-moteur de l'écorce d'où part la volition qui est atteint ; dans le nystagmus médullaire, c'est le noyau où se rend l'excitation venue de la périphérie et d'où part l'excitation nerveuse destinée au muscle. Nous comparerions volontiers ce qui se passe ici, à ce qu'on observe dans l'aphasie et la paralysie labio-glosso-laryngée ; dans l'aphasie, c'est le centre d où part l'excitation volontaire qui doit produire le jeu des muscles de la langue, des lèvres, etc., qui est détruit. Dans la paralysie labioglosso-laryngée» ce sont les noyaux d'origine des nerfs qui se
rendent à ces muscles, qui sont pris. Dans les deux cas le résultat final est le même : abolition de la parole.
KYSTAGMUS DES MINEURS.
Le nystagnuis des mineurs ne survient le plus souvent qu'à un âge déjà avancé, il diffère notablement sous plusieurs rapports du nystagmus vulgaire, développé aussitôt après la naissance, ou dès les premières années de Tenfance. D'abord les déplacemenU involontaires du globe oculaire ont une tendance manifeste à s'accentuer dès que le malade est placé dans un endroit sombre, et la position des lignes visuelles a une influence marquée sur les oscillations des globes oculaires. De plus, et c'est là surtout qu'est le caractère différentiel le plus important, alors que dans le nystagmus congénital le sujet, ayant la conscience du déplacement de ses yeux, voit les objets à leur place réelle et immobiles, dans le nystagmus acquis les objets semblent osciller. Si le malade placé dans l'obscurité fixe un point lumineux, ce point lumineux paraît se mouvoir, et comme cette forme de nystagmus est rotatoire, il semble décrire un cercle.
Bien des hypothèses ont été mises en avant, pour expliquer l'apparition du nystagmus chez les mineurs. Les uns l'ont attribuée aux mauvaises conditions hygiéniques dans lesquelles se trouvent placés ces ouvriers pendant leur travail : impureté de l'air, surchargé d'acide carbonique, et vicié à chaque instant par le dégagement de gaz méphitiques ; séjour dans un lieu humide, où se produisent fréquemment de brusques changements de température. Cependant ces causes ne sont pas suffisantes, ccur, lorsque ces malades viennent à cesser leur travail, et sont soumis à un régime tonique et réparateur, ils n'éprouvent le plus souvent aucune amélioration.
D'autres ont voulu considérer le nystagmus comme le résultat de la torpeur rétinienne, de l'héméralopie à laquelle les mineurs seraient plus particulièrement exposés ; mais il y a dans cette opinion deux inexactitudes. D'abord l'héméralopie proprement dite est rare chez les mineurs ; en outre, le nystagmus ne s'observe presque jamais chez les véritables héméralopes.
La véritable cause du nystagmus des mineurs doit être recherchée dans les conditions spéciales où ces ouvriers se trouvent plaeés. Il faut surtout tenir compte de ce fait qu'ils sont obligés de tntvailler dans un lieu mal éclairé, et dans des positions scarent fort pénibles, à genoux, ou à moitié couchés sur le dos, et le r^ard
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presque toujours dirigé en haut, vers Ja voûte de la galerie qu'ils attaquent. Pour frapper sûrement le roc, ils sont obligés de fixer le regard attentivement, ce qui, avec Téclairage insuffisant et la position défavorable des globes oculaires, les oblige à faire des efforts d'accommodation considérables. Ce sont probablement ces deux causes réunies qui troublent profondément à la longue le jeu régulier des muscles de Toeil.