STRABISME, FAUX APPARENT
Nous avons vu p. â7i (fig. 40j que, chez l'emmétrope, la ligne visuelle forme avec Vaxe passant par le cîenlre de la cornée et le centre de l'œil un certain angle ouvert en dedans et désigné sou» le nom d'angle a. Chez l'hypermétrope, cet angle acquiert quelquefois des dimensions considérables et s'élève jusqu'à 8 ou 9 degrés.
Abadic. Mal, des yeux, t. ii. 30
Dès lors, quand le sujet fixe un objet situé devant lui, les deux lignes visuelles étant parallèles et exactement dirigées en avant, les centres des cornées, et par suite les cornées elles-mêmes, sont portés en dehors, et les deux yeux semblent diverger. C'est là ce qu'on nomme le strabisme faux ou apparent. Il se distingoe du strabisme vrai en ce que, malgré la difformité apparente, la vision binoculaire s'accomplit toujours régulièrement, tandis qu'elle est constamment abolie dans les déviations véritables.
Pour reconnaître le strabisme apparent, qu'il faut respecter, son;' peine de jeter la perturbation dans la vision binoculaii^e» du strabisme vrai, il suffira donc de s'assurer que le sujet jouit de la vision binoculaire. Pour cela, on lui fera fixer un objet placé à quelques pouces de distance, et en cachant successivement chacun des yeux avec la main ou avec un verre dépoli aucun mouvement ne devra se produire. De plus, pendant la lecture un crayon interposé entre les yeux et le livre ne devra cacher aucune partie du texte. Chez le myope, l'angle a est quelquefois ouvert en dehors (négatif), et il peut en résulter un strabisme convergent apparent, qu'on distingue du strabisme vrai par les mêmes procédés; c'est ce strabisme apparent qui donne au regard du myope et de l'hypermétrope quelque chose de singulier.
VISION DES STHABIQUES.
D'après ce que nous savons des conditions nécessaires à l'accomplissement de la vision binoculaire, la diplopie, sensation bien plus pénible, bien plus fatigante encore que celle de la vision confuse, devrait toujours se produire dans le strabisme. Le dédoublement des objets existe, en effet, au début chez un certain nombre de strabiques; mais, en général, il disparaît promptement.
Bien des hypothèses ont été mises en avant pour expliquer Tabsence de ce phénomène. Nous indiquerons seulement la plu"^ accréditée; nous voulons parler de la neutralisation de l'image rétinienne de l'œil strabique.
Lorsque notre attention est absorbée, (|uand nous avons ce qu'on appelle le i^egard vague, c'est-à-dire que l'accommodation se trouve relâchée et que nous ne fixons aucun point d'une façon précisa» les objets extérieurs se peignent sur notre rétine sans éveiller de sensation bien nette, nous ne les distinguons pas ; mais au moindre effort de la volonté la perception visuelle se fait. Eh bien, il ^^ passe quelque chose d^analogue quand deux images d'un éclal
VISION DBS STRABIQUËS. 167
illégal se peignent sur nos rétines; nous pouvons éliminer la plus faible par un acte psychique, cérébral. Nous ne saurions mieux comparer, dit Javal, la manière dont les strabiques négligent l'image d'un de leurs yeux qu'à ce que nous faisons lorsque nous écoutons à volonté Tune ou l'autre de deux conversations qui sont tenues à notre portée. Pendant que nous écoutons l'une, l'autre ne nous échappe pas absolument. Tantôt volontah*ement, tantôt à notre insu, notre attention alterne, mais jamais nous ne percevons un tout composé de l'ensemble des mots que nous entendons. Si la conversation qui nous intéresse le plus est la plus bruyante des deux, il se peut même que l'autre passe inaperçue.
La neutralisation d'une des deux images rétiniennes peut seule nous expliquer l'absence de diplopie dans le strabisme périodique et alternant. Dans ce cas, Tacuïté visuelle est à peu près égale de chaque côté, mais le sujet concentre son attention sur l'image la plus nette qui se forme sur la tache jaune de l'œil qui occupe sa position normale, et il néglige celle qui, sur l'œil dévié, se peint en dehors de la macula.
L'abstraction est encore bien plus facile quand Tune des deux images est beaucoup plus confuse que l'autre, comme dans le strabisme monolatéral, ou Tacuïtc^ de l'œil dévié est mauvaise.
Nous ferons remarquer toutefois que, pour que cette neutralisation puisse s'effectuer et arrive à être complète, il faut que le strabisme se développe de bonne heure et que l'éducation de la rétine se fasse pour ainsi dire dès l'enfance. Il y a là une condition dont la raison intime nous échappe, mais qui paraît être essentielle; la preuve en est que si le strabisme vient à se produire chez un adulte, soit à la suite d'une paralysie musculaire, soit à la suite d'un traumatisme (déchirure ou arrachement de l'un des muscles), il survient aussitôt une diplopie des plus gênantes, qui persiste indéfiniment.