‹ Traité des maladies des yeux. v.2, 1876-77Chapitre 25 sur 146 · HËMORRHAGIBS DU NERF OPTIQUE · texte numérisé non relu

HËMORRHAGIBS DU NERF OPTIQUE

consultaUon. Cette malade est complètement aveugle ; elle ne peut distinguer le jour de la nuit; toute perception lumineuse a complètement disparu. Interrogée sur ses antécédents, voici ce qu'elle raconte : A Tàge de puberté, elle a commencé à éprouver des maux de tête qui survenaient au moment des époques ; elle était sujette à des saignements de net très-fréquents, se reproduisant parfois plusieurs jours de suite ; les règles étaient régulières et abondantes. De temps à autre il lui montait à la tête des bouffées de chaleur qui la suffoquaient à tel point, que plusieurs fois elle alla trouver un médecin pour se faire saigner. On se contenta de lui donner des purgatifs. Son frère, plus jeune qu'elle de doux ans, a aussi une constitution pléthorique ; il prétend avoir eu un coup de 5an^ dont une saignée l'iurait guéri.

Tel était Tétat de la malade le 14 septembre iSTà, Les règles vinrent à ce moment, mais s'accompagnèrent de maux de tête plus violents qu'à l'ordinaire. Le 17, saignement de nez abondant, qui se répète le 18 et le 19. Le 20 septembre, à onze heures du matin, la vision de l'œil gauche se trouble, s'obscurcit et disparait peu ù peu ; à deux heures de Taprès-midi, la vision de l'œil droit diminue ù son tour d'une façon progressive, et, à six heures du soir, la cécité est complète. Pendant tout le temps que dura la disparition de la vision, c'est-à-dire de onze heures du matin à six heures du soir, la malade, qui avait toute sa con« naissinee, ne ressentit aucune douleur dans les yeux ; il lui sembla seule- ■imt voir jaillir des lueurs, des étincelles; elle souffrait de la tête, mais modérément.

Tels sont les renseignements que je pus obtenir avant de procéder à l'examen du fond de l'œil. Actuellement, cette jeune fille offre toutes les apparences d'une santé robuste. Les pupilles sont extrêmement dilatées. A droite la papille présente tous les caractères de l'atrophie; elle est blanche et nacrée, les vaisseaux sont très-grêles. Une particularité remarquable attire tout de suite l'attention : c'est la présence (Tune lâche noirâtre circu- Isrire bordant le pourtour de la papille. Cette tache, qui semble de nature pigmentairo, forme un anneau presque complet, interrompu seulement en quelques points d'une façon irrégulière. La choroïde ne présente aucune alténtion ; les milieux de l'œil sont complètement transparents. A gauche, l'image du fond de l'œil est à peu près la même qu'à droite; il existe une tache circulaire tout à fait analogue autour de la papille.

Si Ton cherche h interpréter dans ces observations renchaînement des phénomènes pathologiques, si Ton se livre à une analyse minutieuse de chaque symptôme, on arrive h admettre, comme la cause la plus probable de la cécité, la production d'une hémorrhagie spontanée qui, du chiasma, a pénétré entre les deux gaines des nerfs optiques, et s'est répandu jusqu'à leurs extrémités oculan*es. En effet, rophthalmoscope prouve que ni les membranes profondes, rétine et choroïde, ni les milieux trans-

pcurents de Toeil ne sont altérés ; d'autre part, il est impossiUe dlnvoquer une lésion de l'encéphale, puisqu'il n'y a eu aucim trouble cérébral grave : ni perturbation de la sensibilité et de la motilité, ni amoindrissement des facultés intellectuelles, etc., on est donc forcé de conclure par exclusion, pour expliquer la cécité, à une lésion intéressant les troncs des nerfs optiques. D'ailleurs Texamen clinique de ces malades ne nous fournit-t-il pas des preuves positives qu'il en est ainsi? Les phénomènes, caractérisés par des lueurs, des étincelles, qui se sont produits au moment où survenait la diminution progressive de la vision, ne sont-ils pas des indices manifestes d'une compression mécanique des nerfs optiques?

Quelle a pu être la nature de cette lésion? Son apparition subite, sa marche si rapide rendent plus que probable l'hypothèse d'une hémorrhagie; mais la certitude devient complète si l'on tient compte des antécédents de ces malades, de leur prédisposition aux hémorrhagies, des saignements de nez qui ont précédé la perte de la vue ; enfin dans le second cas l'examen ophthalmoscopique vient lever tous les doutes, en prouvant matériellement l'extravasation sanguine dont le résidu pigmentaire est resté fixé an pourtour du nerf. N'est-ce pas là, pour ainsi dire, la preuve anatomo-pathologique de la nature de la maladie?

h£hobaha6ies interstitielles.

Des hémorrhagies interstitielles peuvent également se produire dans l'épaisseur même des nerfs optiques. L'aflTection est alors ordinairement unilatérale ; elle entraîne la perte immédiate de l'œil atteint, et présente à l'ophthalmoscope certains caractères ayant quelque analogie avec ceux de t embolie de l'artère centtyile de la rétine ; aussi est-il probable que ces deux affections ont été souvent prises l'une pour l'autre.

Récemment H. Magnus(4) apubliésurce sujet une intéressante monographie dont voici les traits les plus saillants.

Si l'on produit chez les animaux des lésions traumatiques du nerf optique, soit en en faisant la ligature, soit en le sectionnant, soit enfin en cherchant à pousser des injections dans son épaisseur, de façon à simuler une hémorrhagie, on trouve constamment à l'ophthalmoscope un trouble diffus de la rétine. Cette membrane

(1) Die Sehnervmblutungen. Leipzig^, 1874.

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