ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DE LA RÉTLNE
qui peut se résumer ainsi. Chaque élément sensoriel de la rétine, cône ou bâtonnet, renferme trois fibres élémentaires, différemment excitables pour trois couleurs élémentaires, rouge, jaune, bleu, dont r&ssociation forme la couleur blanche. L^une de ces fibres se laisse [ viTement impressionner par le rouge et très-peu par le jaune et le [ bleu; l'autre, très-sensible à Texcitation du jaune, Test très-fai- [ blcment au rouge et au bleu ; enfin, la troisième est vivement influencée par les rayons bleus, très-peu par les rayons rouges et jaunes. Le mélange de ces trois excitations dans des proportions différentes donne des sensations correspondant à toutes les couleurs du spectre.
Cette théorie de Young, adoptée depuis par Helmholtz, a été légèrement modifiée en ce sens que, d'après les recherches récentes des physiologistes et des physiciens, les trois couleurs fondamentales seraient le rouge, le vert et le violet , dont Tassociation forme également la lumière blanche.
8i l'hypothèse de Young et d'Helmholtz est vraie, nous ne de- Toos jamais avoir la sensation d'une couleur saturée, c'est-à-dire aussi pure que possible, sans mélange d'aucun des autres éléments delà lumière colorée ; c'est ce qui a lieu en réalité. Nous ne pouvons, par exemple, éprouver la sensation d'un rouge porté au maximum, qu'en émoussant artificiellement la sensibilité de Tœil IMurles deuxautres couleurs élémentaires. Si l'on fatigue une partie de la rétine en fixant pendant longtemps le vert bleuâtre du spectre et qu'on porte ensuite le regard sur le rouge spectral aussi parque possible, la portion de ce rouge qui viendra impressionner la partie précédemment fatiguée de la rétine paraîtra d'un rouge ^uré intente plus pur que le reste du rouge spectral qui l'environne. Gomme on le voit, cette expérience confirme en tous points l'bypothèse de Young et d'Helmholtz.
Les faits empruntés h la dyschromatopsie viennent encore h l'appui de cette théorie. Les individus atteints d'anérythroblepsie ou daltonisme ne perçoivent plus la couleur rouge; dans les couleurs du spectre, ils ne voient que des difFérences de vert et de rtolet. Ces phénomènes s'expliquent facilement, si Ton admet que les flbres destinées à la perception du rouge font défaut dans la rttme, alors que les deux autres espèces sont consenées.
U plupart des physiologistes considèrent les cônes comme les éléments dont l'excitation donne la sensation des couleurs. La **che jaune, en effet, qui ne renfenne que des cônes, est la partie de la rétine la plus apte à distinguer les couleurs. Dans les parties équatoriales de l'œil, l'excitabilité chromatique s'affaiblit consi-
tlO MALADIES DE LA RÉTiNii:.
dérablemeut, sans toutefois disparaître compiétemeot, ainsi que Ta prouvé Landolt. Chez les mammifères nocturnes (chauve-souris, hérisson, taupe, etc.), les cônes font défaut. Les oiseaux de nuit n*ont que des bâtonnets, tandis que les oiseaux diurnes possèdent relativement plus de cônes que l'homme et les autres mammifères.
Le spectre solaire s'étend du côté du rouge au-delà de la zone perçue par l'œil. Cette invisibilité des rayons ultra-rouges peut s'expliquer de deux manières, soit parce qu'ils sont absorbés par les milieux de l'œil, soit parce qu'ils n'exercent aucune action sur la rétine. Jansen etFrantz, ayant fait récemment des expériences sur la diathermanéité des milieux de l'œil, ont trouvé que le corps vitré possède, pour les rayons calorifiques obscurs, un pouvoir absorbant considérable^ sensiblement égal à celui de l'eau; néanmoins une quantité notable de ces rayons peuvent pénétrer jusqu'au fond de Tœil, et, s'ils ne sont pas perçus, c'est grâce au défaut de sensibilité de la rétine.
Les recherches de Briicke ont démontré que les rayons fluorescents ultra-violets s'affaiblissent sensiblement en traversant les milieux de l'œil et notamment le cristallin ; pourtant cette absorption est loin d'être complète et le motif de la faible intensité subjective de l'ultra-violet doit aussi être attribué surtout à l'insensibilité de la rétine.
Dans l'atrophie des nerfs optiques, la perception de la couleur bleue disparaît toujours la dernière. Ceci tendrait à prouver que l'intensité de la sensation provoquée par les divers rayons colorés du spectre n'est nullement en rapport avec la force mécanique de ces mêmes rayons. Sans cela, ce seraient les rayons rouges, dont les vibrations sont les plus rapides, qui devraient agir le plus énergiquement ; puis les verts, et enfin les bleus. Il est donc probable que l'action de la lumière sur les cônes et les bâtonnets est plutôt chimique que mécanique. L'énergie chimique des rayons bleus serait la plus considérable et se ferait sentir sur la rétine quand l'action des autres a déjà disparu.
ASPECT DE LA r£tiNE VUE A L'OPUTHALMOSCOPE.
Quand on se sert d'un fort éclairage pour explorer le fond de l'œil, la rétine, complètement transparente, n'apporte aucun obstacle aux rayons lumineux réfléchis par la choroïde, et sans la présence de ses vaisseaux, on ne se douterait pas de son existence. Mais, si le miroir employé est faiblement éclairant
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(miroir d*Helmholtz), on aperçoit un léger reflet brillant, chatoyant y formé par la réflexion de la lumière sur la surface courbe où s'épanouissent les fibres nerveuses. La disposition et Téclat de ce reflet varient à la moindre inclinaison du miroir ; dès que Téclairage devient trop intense, il disparaît, noyé dans la lumière rougeàtre que renvoie le fond de l'œil.
Dans certains cas le reflet rétinien devient plus apparent, et peut être aperçu quel que soit le mode d'éclairage employé ; c'est ainsi qu*il apparcdt souvent chez les enfants et chez les individus dont la choroïde est fortement pigmentée ; il est surtout marqué le long des vaisseaux rétiniens et passe d'un côté à l'autre de leurs parois dès qu'on modifie tant soit peu la position du miroir.
Quelquefois au pourtour de la papille la rétine présente une teinte gris-bleuâtre qui voile légèrement les parties plus profondes et pent en imposer à un observateur inexpérimenté pour une altération pathologique de cette région. Il n'en est rien pourtant, et Ton se trouve simplement en présence d'un épaississement congénital des fibres nerveuses dont la disposition striée tout autour de la papille est manifeste avec le fort grossissement de l'image droite. La région de la macula possédant une structure spéciale offre à l'ophUialmoscope quelques caractères particuliers. Elle paraît entourée par une ligne [brillante ayant une forme ovalaire à grand diamètre horizontal ; tantôt on aperçoit cette ligne dans toute son étendue et complètement fermée, tantôt on ne parvient à découvrir ses diverses parties que successivement et en modifiant de différentes façons Tinclinaison du miroir. L'apparition de cette raie brillante tient évidemment à la dépression de la rétine à ce niveau, car son aspect se modifie suivant l'inclinaison et la force du verre employé pour l'examen à l'image renversée, et elle dispardt tout à fait quand on explore le fond de l'œil à l'image droite.
Chez les individus bruns dont les yeux sont fortement pigmentés^ le centre de la tache jaune apparaît comme un point blanchâtre ou jaunâtre entouré d'une zone grisâtre. Ce point blanchâtre n^est plus un simple reflet lumineux comme l'anneau brillant décrit précédemment, car il persiste, quelle que soit la position du miroir* Chez les sujets blonds qui ont le fond de l'œil peu pigmenté, on ne trouve plus celte petite tache blanche centrale, mais la macula présente une coloration rouge foncé qui contraste tellement avec les parties environnantes qu'on pourrait croire au premier abord à la présence d'une hémoiThagie. Gomme on le voit, l'aspect de la région de la macula est loin d'être le même sur tous les yeux ; ajoutons que
m MALADIES DE LA RÉTINE.
très-souvent Texamen le plus attentif ne permet de constater aucune différence entre elle et les régions adjacentes.