‹ Traité des maladies des yeux. v.2, 1876-77Chapitre 40 sur 146 · RÉTINITE ALBUMINURIQUE · texte numérisé non relu

RÉTINITE ALBUMINURIQUE

Wood et Wells , puis Landouzy , appelèrent les premiers l'attention sur les troubles de la vue chez les albuminuriques ; plus tard, Turck constata des lésions anatomiques de la rétine chez les sujets atteints de maladies des reins. Depuis la découverte de Tophthalmoscope, les observations se sont multipliées et Ton a po reconnaître sur le vivant des altérations du fond de Tceil rendant compte de Tamblyopie qui survient chez ces malades.

U image ophthalmoscopique delà rétinite albuminurique, bien que variant suivant les cas, reste toujours assez caractéristique pour permettre, à première vue, de diagnostiquer Taffection principale.

Les altérations du fond de Tœil consistent dans Tapparition de foyers hémorrhagiques et de taches blanchâtres. Dans la forme la plitf conunune, les hémorrhagies sont discrètes, siègent le long des vaisseaux, et affectent la forme de flammèches,, comme toutes les hémorrhagies rétiniennes en général. A côté d'elles, on aperçA de petites taches blanchâtres, disséminées en petit nombre et d'acMi taçon irrégulière dans le fond de l'œil ; leur diamètre est bien inférieur à celui de la papille, le quart environ; elles sont rondft*

(1 ) Lthrbach der Ophthalmoscopie.

(ï) Bericht uber dk Wiener AugenkUnik. VienDe, 1807.

RÉIINITE ALBUUlNUBigUE.

uanvale:^, quelquefois leur forme rappelk- celle

I. Presque Ptonjours la région de la macula présente des lésions caractéris- : tantôt ce sont de très-petites taches, de la grosseur d'une ! d'épingle, d'un blanc^brillant tiès-éclatant, très -rapprochée s s ane» des autres et réunies en groupe; tantôt des stries blani&tree, dirigées vers la tache jaune et formant une figure éloilée.

(furuia bOiii^o).

r Les alléralions que nous venons denumérer peuvent exister Isolétnent, les parties les plus périphériques de In rétine se maintenant intactes, ainsi que la papille. Mais, le plus souvent, celle-ci présente d<>s tUléralious manifestes. Son tissu, vivement injecté, a

trdu BB transparence ; il semhlu nuageux, comme infiltré de >^-

Hité ; ses contours sont efl'acés ; les veines jiaraissenl dilatées, is, les artères, au oontroire, grêles et amincies.

■ Parfois les lésions du fond de l'œil sont bien autrement accu-

»*M 1 les plaques blanchâtres, en s'êlargissnnt et en se réunissant a unes aux autre», finissent par constituer autour de la papille

une large zone sur laquelle les hémorrhagies, devenues plusabonf; dûtes, forroent de larges taches rouges. Le nerf optique présente

feus les caractères de la névrite, sauf le gonflement toujours is prononcé que dans l'inflammation véritable. Au milieu de

tous Ces désordres, on retrouve encore, autour de lu mai'ula, \n

figure ètoilée que nous avons décrite précédemment. Dans quelques cas; il survient nussi des cûmplicalion? du côté de la c/ioroide ou aperçoit des plaques tantôt claires, tantôt sombreB, au niveau desquelles la couche des cellules pigmentaires semble complètement désorganisée. On a cité quelques exemples de décoUeiueni rétinien.

Constamment les deux yeux sont atteints . mais prévue iXHr jours les lésions sont plus accentuées d'un cAté que de l'aatre.

Les occasions sont malheureusement fréquentes d'examiner la» lésions rétiniennes, obsen'ées pendant la vie. On a reconnu que les plaques blanchAtres sont dues, soit à des foyers de dégénérescence gmmense ayaut envahi les cellules ganglionnaires, le» grains de la couche granulée externe et les éléments conjoncUfo de la rétine, soit à l'épaississement, et à la transformation scUreute des fibres nerveuses. Souvent, du reste, ces deux sortes d'altérations existent simultanément. Les fibres nerveuses atteintes de sclérose prennent par places un reflet brillant, un éclat particulier, d& à l'infiltration dans leur épaisseur d'une substance opalescente, de consistance ferme, qui réfracte fortement la lumière ; dans tout« l'étendue do la partie altérée elles présentent de noi varicosilés.

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Uophthalmoscope, sans nous permettre de distinguer toujours te foyers de dégénérescence graisseuse de ceux qui sont produits w la sclérose des fibres nerveuses, nous donne néanmoins quelipies indications fort utiles à cet égard. Ainsi, la situation des vaisseaux relativement aux régions altérées de la rétine est déjà Irès-importante pour faire ce diagnostic. Les plaques blanchâtres sont-elles situées en amère des vaisseaux, il est rationnel de les attribuer à des foyers de dégénérescence graisseuse intéressant les couches profondes ; les vaisseaux se trouvent-ils, au contraire, recouverts par les parties opaques, il est probable qu'il s agit d*une sclérose des fibres nerveuses, puisque normalement celles-ci occupent le même plan que les vaisseaux eux-mêmes. A limage droite, avec un faible éclairage, les plaques graisseuses* sont plus gritâtres et moins biillanies que les plaques scléreuses, qui réfléchissent une plus grande quantité de lumière.

Dans la région centrale de la rétine, les fibres de soutien (fibres de MûUer), aussi bien que les fibres nerveuses, convergent tontes en rayonnant vers la tache jaune ; c'est à cette disposition uiatomique spéciale des éléments frappés de dégénérescence grabsense qu'est due la forme étoilée des lésions autour de la macula.

Les troubkê foncttonnels ne sont pas toujours en rapport avec les lésions révélées par Tophthalmoscope. Quelques malades n'accusent qu une très-légère amblyopie, alors qu'il existe déjà des désordres considérables ; d'autres, au contraire, avec une fétine en apparence peu altérée, voient à peine assez bien pour se conduire. La gravité de la perturbation fonctionnelle dépend surtout de la région intéressée ; tant que la macula est ^pectée,racu!té visuelle se maintient relativement bonne; mais, dès qu'elle est envahie, la vision centrale disparaît presque subitement.

U n'y a pas toujours une relation constante, nécessaire, entre la ^'vuthe de Vaffection principale et celle de la rétinitc. Dans certsins cas, les symptômes généraux s'aggi'avcnt, et néanmoins les bches dbparaissent, les hémorrhagies se résorbent, et la vision se rétablit. D'autres fois, au contraire, bien que la quantité d'albumine diminue dans les urines, les altérations rétiniennes pro^ Cessent et la vision s'affaiblit de plus en plus.

En général, dans les formes bénignes de l'albuminurie, quand

»Ue s'agit que de troubles momentanés de la sécrétion urinaire,

' '^s lésions du fond de l'œil disparaissent complètement sans

''^r de traces , et l'acuïtc visuelle redevient normale. Quel- Ài\Mg. Mal. desytuT. t. h. u

quefois même la vision se rétablit d'une façon très-satisfaisante, bien que les altérations rétiniennes persistent encore fort longtemps. Il est très-rare que ces lésions entraînent une cécUé complète ; de Grsefe et Donders en ont cependant rapporté des exemples.

Il ne faut pas confondre les troubles visuels de raibuminurie avec ceux qu'on observe dans /'uremte /Tabolition complète de il vision reconnaît pour cause, dans cette dernière affection, non plus des altérations rétiniennes, mais bien Tintoxication générale du sang et la torpeur des centres nerveux qui en est la conséquence.

La rétinite albuminuriquc peut se montrer dans toutet kl formes d'albuminurie, qu'il s'agisse de lésions rénales chroniques (maladie de Bright avec ses diverses variétés, gros rein, petit rein) ou bien de simples troubles circulatoires d'ordre mécanique, comme dans la grossesse. L'albuminurie qui vient compliquer si souvent la scarlatine, celle qu'on observe parfois dans certaines altérations du sang, peuvent également déterminer les mêmes désordres du côté de l'œil. Mais il importe de savoir que la rétinite albuminuriquc n'est pas une complication constante des affections rénales. Quelquefois les urines renferment une quantité considérable d'albumine, bien que la rétine soit dans un état d'intégrité parfaite. Chez 286 malades atteints de néphrite albumineuse, Lecorché (i) n'a noté que 62 fois des manifestations oculaires. Frerichs (2) a trouvé que, sur 41 malades atteints de maladie de Bright, 6 seulement éprouvaient des troubles de la vue. Sur 4 57 cas, Wagner (3) n'a pu constater que i8 fois à l'ophthalmoscope des lésions rétiniennes.

Traube avait mis en avant une hypothèse ingénieuse poor expliquer les altérations du fond de l'œil dcms les affections rénales. Pour lui, les troubles circulatoires survenus du oAté de l'organe de la sécrétion urinaire retentiraient d'abord sur le cœur, détermineraient une hypertrophie du ventricule gauche, puis, à la suite de l'impulsion exagérée imprimée alors à II colonne sanguine ascendante, il se produirait des hémonliagies et des lésions secondaires de la rétine. Malheureusement, Tobscrvation clinique est en désaccord avec cette hypothèse : Tabsence complète de toute affection cardiaque dans un grand

(1) Thèse do Paris, 1858.

(2) Die Brightiiche Nierenkrankhiitj p. 93.

(3) Virch. Arch., t. XII, 1867.

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nombre do cas de rétinite albuminurique rend ce mécanisme inadmisâi))le.

A vouloir expliquer la relation qui existe entre la rétinite albuminurique et les affections rénales, il serait plus rationnel d'invoquer des altérations similaires, telles que la dégénérescence amyloîde, existant à la fois dans les vaisseaux du rein et de la rétine; les altérations du sang provenant du trouble profond de la sécrétion urinaire doivent aussi jouer un grand rôle dans la désorganisation des membranes profondes de Toeil.

Il est évident que le traitement des lésions oculaires doit être subordonné à celui de rafTection principale ; il variera par conséquent avec chaque forme d'albuminurie. Les meilleurs résultats sont donnés parle régime lacté, les transpirations cutanées, le jaborandi, etc.

Quant au traitement local, il a fort peu d'importance ; pourtant des applications de ventouses Heurteloup, faites avec ménagement et droonspection, peuvent favoriser la résorption des épanche ments sanguins et hâter la rapidité de la guérison.

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