‹ Traité des maladies des yeux. v.2, 1876-77Chapitre 42 sur 146 · RÉTINITE SYPHILITIQUE. M · texte numérisé non relu

RÉTINITE SYPHILITIQUE. M

tique, font, presque toujours défaut dans la rétiuitc, ou, si elles apparaissent, c'est une preuve que le tissu du nerf lui-même parlleipe plus ou moins à Tinflammation. La tnicropsie (diminution apparente de la grandeur des objets), qui se rencontre fréquemment dans la chorio-rétinite spécifique localisée à la région de la macula, ne s*observe pas non plus dans la rétinite simple.

U est rare que la rétinite syphilitique éclate en même temps sur

les deux yeux à la fois, quelquefois elle reste très-longtemps

localisée d'un côté, sans montrer de tendance h envahir Tautre ;

mais, si le malade n*est soumis a aucun traitement, les deux sont

fatalement atteints à la longue.

Sons rinfluence d'un traitement convenable, la rétinite syphilitique peut disparaître complètement sans laisser de traces, et Faenlté visuelle redevenir normale ; mais, si Taffection est négligée, n le malade est placé dans de mauvaises conditions hygiéniques, KTon a affaire à ces formes de syphilis maligne rebelles à toute médication, le pronostic devient grave, et Tatrophie de la rétine ^da nerf optique peut survenir en dépit des soins les plus assidus. Les préparations mercurielles sont tout d'abord indiquées ; panni elles nous donnons la préférence aux frictions portées rfl/)iétmnt à haute dose, 6 à 8 grammes par jour. Celles-ci paraissent sgir plus rapidement et avoir une action thérapeutique plus puissante que les pilules de protoiodure, le sirop de Gibert, le sublimé, etc... Quant à l'iodure de potassium qu'on a Thabitude d'associer au mercure à cette période de la syphilis, son efficacité nous a paru moins évidente. Il faut aussi attacher une grande importance aux conditions hygiéniques dans lesquelles se trouve le ma- We; il devra éviter les excès de toute sorte, avoir, autant que possible, une bonne nourriture. Chez les individus affaiblis, anénûés^le fer et le quinquina seront des auxiliaires précieux qu'on ne négligera pas de mettre à profit.

DeGrœfe (i) a décrit, sous le nom de rétinite centrale à récidive, ttne affection qu'il considère également comme de nature syphilitique. Elle est caractérisée par des troubles de la vue qui sur\ûenn^nt presque subitement, puis disparaissent spontanément au bout ic quelques jours pour se montrer de nouveau après quelques wmaines ou quelques mois. Les récidives sont extrêmement fréquentes.

L'ophthalmoscope révèle la présence de fines opacités de la n^aeula, tandis que le pourtour de la papille et les autres régions

(1) Ar^v fUr Ophikalm:, t. XII, 2* partie, p. 211 .

de la rétine semblent intactes. Dans Vintervalle des attaques, le fond de l'œil recouvre sa transparence, et la macula s'obscurcit de nouveau quand survient une nouvelle crise.

Cette affection est extrêmement rare, et, en ce qui nous concerne, nous avouons ne lavoir encore jamais rencontrée. Le traitement est le même que pour la forme précédente; mais son action est, paraît-il, beaucoup plus lente à se faire sentir, et n'empêche pas toujours les récidives.

Les apoplexies rétiniennes se rencontrent fréquemment dans les inflammations de la rétine et du nerf optique ; nous avons signalé leur présence dans plusieurs variétés de rétinite et de névrite dont elles constituent Tun des principaux symptômes. Mais dans d'autres cas ces hémorrhagies sont les seuks aliénations que présente la rétine ; quelques auteurs désignent alors la maladie sous le nom do rétinite hémoirhagique ; c'est cette affection que nous allons décrire.

Les épanchements sanguins de la rétine se présentent sous l'aspect de taches rougeâlres dont la forme, Yétendue et le nombre sont des plus variables ; on en observe de toutes les dimensions, depuis celles qui ont la grosseur d'une tête d'épingle et qu'on ne peut découvrir que par un examen minutieux, jusqu'aux vastes plaques rougeâtres dont le diamètre dépasse celui de la pa« pille.

Quand elles occupent la couche des fibres nerveuses, ce qui est le cas le plus fréquent, les hémorrhagies rétiniennes affectent une forme spéciale tout à fait caractéristique ; elles sont allongées, effilées à leurs extrémités. Cette disposition, qui les a fait comparer à de petites flammèches^ est due à la texture flbrillaire du tissu au milieu duquel le sang s'est répandu. Les hémorrhagies pénètrentelles dans des couches plus profondes de la rétine, comme dans les cas rapportés par Heymann (I), la forme des taches change ; elles deviennent circulaires et offrent une certaine analogie avec les hémorrhagies de la choroïde. Les épanchements sanguins se font habituellement aux points de bifurcation des vaisseaux rétiniens, qui semblent interrompus et masqués à leur niveau ; dans les cas où ils siègent dans les plans plus profonds, les vais-

(l) Archiv fUr Ophthalm., t. VIII, !'• partie, p 1R8.

HÉMORRHâGIES de là rétine. 139

seaux passent directement au-devant d'eux. La forme particulière de» taches hémorrhagiques et les rapports qu'elles affectent avec le système vasculaire de la rétine permettent donc de pré* ciser leur siège et de les distinguer des hémorrhagies choroT* diennes, toujours plus larges, en forme de plaques circulaires, et situées en arrière des vaisseaux rétiniens.

La couleur des foyers apoplectiques est habituellement d'un rouge foncé qui se détache nettement sur la teinte rouge orangé pÀlc du fond de l'œil. L'intensité de cette coloration dépend en partie de la nature du sang extravasé, de [sa richesse en globules sanguins, en partie aussi d'un effet de contraste. Chez les individus bruns, où le pigment choroîdien est très-abondant^ elles sont plus difficiles à apercevoir que chez les individus blonds, dont le fond de l'œil est rouge clair.

Si Tépanchement sanguin est très-abondant, il peut se frayer un passage vers les couches externes et aller se répandre entre la rétine et la choroïde ; on l'a vu aussi, mais plus rarement, s'insinaer entre la rétine et le corps vitré (Schweigger) ; enfin, dans certains cas, il se répand dans l'intérieur du corps vitré. Quelquefois des hémorrhagies choroïdiennes existent simultanément avec des hémorrhagies rétiniennes.

Les troubles fonctionnels sont en i^apport avec Tétendue et surtout avec le siège de Thémorrhagie. De petits foyers apoplectiques disséminés dans les parties périphériques de la rétine a'altèrent aucunement la vision ; s'ils occupent une certaine étendue, ils donnent naissance à des scotomes correspondants qu'une exploration minutieuse du champ visuel parvient toujours à mettre en évidence. Mais, quand la région de la macula est atteinte, la vision centrale se trouve abolie et la fonction de l'œil affecté est presque anéantie.

La résorption des hémorrhagies ne s'effectue pas toujours de la même manière. Parfois au bout de quelques jours les foyers apoplectiques pâlissent, prennent une teinte blanchâtre sur les bords, puis au centre, et peu à peu le fond de Tœil reprend son aspect nomial ; leur disparition peut être tellement complète qull soit impossible d'en découvrir la trace. Pourtant le plus souvent, à ces endroits, subsistent de petites taches blanchâtres, dont la nature est encore mal déterminée ; les uns admettent qu'elles sont dues à une métamorphose des globules du sang extravasé ; pour les antres, elles résultent de la dégénérescence graisseuse des éléments rétiniens dilacérés par Tépanchement et d'une hypertrophie variqueuse des fibres nerveuses. Plus rarement, on voit persister

des amas pigmentaires provenant soit de la matière colorante du sang épanché, soit de la prolifération des cellules pigmentaires de la rétine.

Les causes des hémorrhagies rétiniennes, assez nombreuse*, peuvent être rangées en plusieurs groupes principaux. Tout d'abord, nous devons signaler les altérations des parois des vaisseaux (sclérose, dégénérescence athéroraateuse) et les affections cardiaques (hypertrophie du ventricule gauche) qui leur sont si souvent associées. Ace point de vue, la présence d'hémorrhagies rétiniennes peut avoir une valeur séméiologique importante, en permetlanl de soupçonner un état pathologique des vaisseaux de Tencéphale et de prévoir la menace d'une hémorrhagie cérébrale. Berthold a rapporté récemment Tobservalion d'une femme atteinte d'apoplexie de la rétine, qui succomba pendant Texamen ophthal* moscopique à une hémorrhagie cérébrale.

Depuis que Gharcot et Bouchard ont découvert sur les vaisseaux de l'encéphale, les anévrysmes miliaires qui jouent un si grand rôle dans la pathogénie des hémorrhagies cérébrales, LiouvîUe, continuant ce genre de recherches, a signalé la coexistence des mêmes anévrysmes dans la rétine. On comprend quelle importance il y aurait à pouvoir diagnostiquer sur le \îvant ces lésions vasculaires du cerveau par l'examen du fond de l'œil. Malheureusement les observations de Liouville ont toutes été faites sur le cadavre, et jusqu'ici ces anévrysmes, assez volumineux pourtant pour être visibles h l'ophthalmoscope, ont échappé à ce mode d'exploration.

Les altérations du sang sont quelquefois la cause d'hémorrhagies rétiniennes.

• Ruck (i) a publié une observation intéressante d'apoplexirétinienne survenue dans le cours d'un purpura hemon*hagica. Le scorbut, Y impaludisme, une chlo7*o^anémie très-prononcée peuvent aussi déterminer des extravasations sanguines dans la rétine. Nous ne parlerons pas ici des lésions si considérables qu'on observe dans la leucémie et qui ont été décrites en détail à propos de la rétinite leucémique.

Les hémorrhagies rétiniennes peuvent également se produire toutes les fois qu'il y a nipture d'équilibre entre la tension intravasculaire des vaisseaux de Toeil et la tension intra-oculaire. Aussi sont-elles fréquentes dans les diverses formes de glaucome ; nous savons que, dans le glaucome hémorrhagique en particulier, elles

* (Ij Union médicale, n« 48, 1870.

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