HÉMORRUÂGŒS DE LA RÉTINE
précèdent longtemps à Tavancc les autres manifestations et constituent le symptôme fondamental de la maladie.
Quand, à la suite d'une opération, la pression intrn- oculaire Tient à baisser subitement, lorsqu'il s'échappe par exemple une certaine quantité de corps vitré, il est fréquent d'observer des hémorrfaagiesde la rétine. Les traumalismes, les contusions du globe oculaire^ peuvent détei*miner également la rupture des vaisseaux rétiniens et provoquer ainsi d'abondantes cxtravasations sanguines.
Le pronostic dépend de la cause de l'héniorrhagie et aussi de la région intéressée. Chez les cardiaques qui ont les artères aihéromateuses, les agents thérapeutiques ont peu de prise sur l'affection principale et les rechutes sont toujours à craindre. Les hémorrhagies dues aux altérations du sang pourront être plus facilement modifiées, et si Tétat général s'améliore, elles finiront par disparaître. Celles qui reconnaissent une cause mécamque et sont consécutives aux traumatismes ou aux opérations, se résorbent le plus souvent sans laisser de traces.
La gravité du pronostic dépend aussi des altérations secondaires ftanrenues dans les éléments rétiniens par le fait de leur compression et de leur dilacération. Lorsqu'ils ont subi la dégénérescence graisseuse et que les lésions se sont étendues a la couche des cônes et des bâtonnets, il en résulte des lacunes correspondantes dans le champ visuel : si la macula a été intéressée, la vision centrale peut rester indéfiniment abolie.
Quand la maladie est liée à une altération des vaisseaux ou à une Section cardiaque, le traitement doit consister surtout dans une bygièue rigoureuse : les malades resteront en repos autant que possible, ils éviteront avec sohi tous les exercices qui activent la circulation. Les préparations de digitale, d'ergotine, judicieusement employées, pourront aussi leur être d'un utile secours.
Contre les hémorrhagies liées à une altération dyscrasique du 8*ng, les teniques, le fer, le quinquina, l'hydrothérapie, la limonade sulfurique, Teau de Rabel, sont les moyens (|ui donneront les meilleurs résultats.
HÉTINITE PIGMENTAIHH.
Longtemps avant la découverte de l'oplithalinoseope, on décri- ^'^t déjà, sous le nom d'héméralopie, une torpeur particulière de
la rétine pi*oduidant de» troubles singuliers de la visiou. Les malades atteints de cette affection dit^tiuguent suffisamment pendant le jour, mais dès que le crépuscule arrive on qu'ils se trouvent dans un endroit peu éclairé, ils deviennent incapables de reconnaître les plus gros objets et de se conduire seuls*. Las andem observateurs avaient même su reconnaître deux formes d^bAné* ralopie : lune bénigne et passagère, Tautre grave et progressant indéfiniment pour aboutir h la cécité absolue.
Plus tard, quand Tophthalmoscopc permit d'explorer les parties profondes de l'a-ii!, van Trigt, le premier, puis de Grœfe et Donder», rattachèrent cette forme grave d*héméralopic à une aCTection de la rétine, carctérisée par la production d'amas de pigment, i laquelle ils donnèrent le nom de rélinite pigmeutaire. \
Ces amas sont localisés d'abord dans les régions éqnatoriales^ et pour les apercevoir à rophthalmoscope, il faut faire forcer le regard du malade en haut, en bas ou de côté. Leur coloration eftt noirâtre ; ils ont l'aspect de petites taches irrégultères déchiquc^ tées envoyant çà et là des prolongements et dont la conflgura'tion rappelle celle des corpuscules du tissu osseux (ostéoplasted) vus à un fort grossissement. En s'accumulant de préférence le long des parois des vaisseaux, ils forment des traînées noirâtre» ; quelquefois , au niveau des points de bifurcation des artère» •« celles-ci paraissent comme englobées dans leur épaisseur.
Mauthner fait remarquer avec raison que les formes bizarres* allongées, tiraillées, de ces dépôts de pigment vus à l'image renversée, tiennent à leur situation, qui nous force à les regarder obliquementà travers les parties équatoriales du cristallin. Dan3 ces conditions, il se produit un astigmatisme irrégulier donnant lieu à cette défoimation apparente ; mais, a Timage droite, elles apparaissent avec leur configuration réelle, qui est plus régulière*
Ces amas de pigment, d'abord disséminés en petit nombre dans les régions périphériques, deviennent bientôt plus nombreux et plus épais ; le réseau à larges mailles formé par leurs anasto** moses enserre de plus en plus la macula. Pourtant, il est rare que l'envahissement du fond de l'œil se fasse d'une façon régulière lit tout à fait concentrique ; d'ordinaire, certaines régions de 1* rétine, et plus particulièrement la partie interne, sont plus alté^ i*éos que les autres.
Déjà à une période peu avancée de la maladie on constate de* (iltèratinn du côté des vaisseaux. Leurs parois épaissies diminuent la largeur de leur calibre et la colonne sanguine qu'ils renfennea^ apparaît sous forme d'un petit filet rougeâtre de plus en plu-
RÈTINITE PIGMENTAinE.
mince. Cet êpuissitisemciit des tuniqui'* va^ciilHiiTs, élaut m le rôtaltat d'une dégénérescence hyaline, ne se Irnduit pas h. t'ojihlhnlœoicope par Vapparition d'un double coutuur blanchâtiT, romme dan» la périart^-rite. La diminution dn volunu; de la colonne sanguioe un est le ?enl signe nppréciable.
Cette oblitération progressive des vaisseaux retentit à la longue «nr l'extrémité intra-oculnîre du nerf optiijue, dont la nutrition se fait en grande partie, par rinlermédiairc de capillain-s émanés de
PFi),-. 19. UélJnUc plgmtDlnire.
flriére centj'alr de la rétine. Aussi la papille oll're-l-t'llt' peu à peu lo Mractères de Fatrophie; elle perd sa dinphanéité. si remnrçutble àl'état normal, pour prendre une tvinle tjrùf, lenie, opaque; m vaisseaux se réduisent à des traînties (iliformes. Cet aspect parliculier permettra toujours de distinguer l'atropliie symptomaliquc de la rétinile pigmentaire, des atrophies simples oii la papille est don blanc nacré avec des vaisseaux souvent intacts et, dans tou*
Rcas, relativement mieu\ conservés.
Mu 1b rétinite pigmeulaire typique, la chnroide ne présente Dlie altéraliou, sauf la desquamation de la couche épiihéliale pigmentaire, qui, sunenant k la longue, rend plus apparenis les fspaces intenasculftircs de son !*tronm.
Dans la dernière période de la maladie, le cristallin et le corps Ë s' altèrent. Van Trigt a signalé le [ueinier la tonnallon d'une
cataracte polaire postérieure^ ayant la forme d'une étoile à trois rayons; Mooren, sur un ensemble de soixante-quatre malades» a va trois fois le corps vitré se troubler et se remplir de flocons et de filaments grisâtres.
Les troubles fonctwnnels'deleLréiinite pigmentaire sont très-caractéristiques, ils consistent surtout dans Y héméralopie et le rétrécmtiïient du champ visuel. Dans un travail fort intéressant, entrepris sons rinspiration de Donders, Macs (1) a prouvé que Théméralopie est due uniquement à une véritable torpeur de la rétine. Le trouble visuel tiendrait à ce que cette membrane n'entre plus en action que sous Tinfluence d*une vive excitation lumineuse. A n'importe quelle heure du jour, en effet, Théméralopie peut apparaître quand on place le malade dans une chambre dont on diminue artificiellement Téclairage.
Dans des cas extrêmement rares, la torpeur de la rétine est remplacée par de thypéresthésie'; un malade observé par Haase (î) se plaignait d'éblouissements pendant le jour, sa vue s'améliorait le soir au crépuscule, et le champ visuel paraissait s'agrandir à une faible lumière.
Le champ visuel mesuré avec le périmètre de Fœrster présente toujours un rétrécissement notable en rapport avec rintensité de Téclairage employé: plus celui-ci est faible, plus retendue da champ visuel est diminuée.
Le rétrécissement n'est pas toujours exactement concentrique à la macula ; d^ns un cas signalé par de Grsefe, il affectait la forme d'une zone annulaire en dedans et en dehors de laquelle la sensibilité rétinienne était conservée.
Ces troubles de la vision placent à la longue les malades dans la situation la plus pénible : tout d'abord, il leur devient impossible de se conduire] pendant la nuit et même dès que le crépuscule arrive. Â mesure que leur champ visuel se rétrécit davantage) Torientation devient plus difficile et leur démarche plus ince^ taine ; ils aperçoivent bien encore distinctement les objets placés devant eux dans la direction du regard, mais ils ne voient plus les obstacles qui les environnent, et ne peuvent par conséquent les éviter. Pour se rendre bien compte de leur état, il suffit de placer devant un œil, l'autre étant fermé, un tube de lorgnette; la vision s'effectue d'une manière parfaite dans la direction de l'axe de 1» lunette, et cependant on ne peut marcher devant soi sans se buter
(1) Over torpor retinœ, Utreclil, I8GL (1) KUnischi MonatshlWleryiHQl, p. 110.