‹ Traité des maladies des yeux. v.2, 1876-77Chapitre 48 sur 146 · RUPTURES DE LA CHOROIDE · texte numérisé non relu

RUPTURES DE LA CHOROIDE

Les ruptures de la choroïde sont toujours la conséquence d'un traumatisme violent ayant porté sur le globe oculaire. Habituellement elles se produisent en même temps que les déchirures des autres enveloppes de l'œil. De Grœfe a le premier signalé un cas de rupture de la choroïde sans lésion de la sclérotique ; depuis, cette lésion a été observée un certain nombre de fois dans les mêmes conditions.

Pendant les premiers jours qui suivent l'accident, le trouble des milieux est tel qu'il est impossible de reconnaître Texistencc d'une lésion choroïdienne ; mais, dès que Tépanchement sanguin consécutif au traumatisme commence à se résorber, et que les milieux de l'œil reprennent leur transparence, on entrevoit, dans le point diamétralement opposé h celui où a porté le choc, en général vers le pôle postérieur, une large rate blanchâtre irrégulière, allongée, comparable à une crevasse^ formée par la sclérotique devenue visible à travers la solution do continuité de la choroïde. En général, cette large fissure est curviligne et embrasse la papille dans sa concavité; quelquefois elle est double et les deux ruptures sont parallèles ; enfin, dans deux cas rapportés par de Grœfe cl Franck, des déchirures multiples s'irradiaient autour de la papille.

Los bords de la déchirure présentent d'abord une teinte rouge foncé, hémorrhagigue^ due au sang provenant de la rupture des

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raisseaux chorôïdiens. Plus tard, à mesure que la résorplioa du lang épanché s'effectue, cette teinte rouge disparaît, le fond de l'oeil reprend sa coloration normale, sur laquelle se détache alors Irès-netteraeut la sclérotique mise à nu dans toute l'étendue de la rupture.

L'aspect caractéristique du fond de l'œil, joint aux circonstances particulières dans lesquelles se produit l'accident, rend à peu près impossible une erreur de diagnostic; cependant, lorsque la déchirure occupe les régions antérieures de l'œil, il peut être fort difficile de la découvrir. L'intégrité de la rétine au niveau de la rupture se reconnaît à ce que les rameaux de l'artère et de la veine centrale passent au-devant de la raie blanche sans subir aucune interruption.

Au premier abord, il semble (jue les déchirures de la choroïde ne doivent donner lieu par elles-mêmes qu'à dos troubles fonctionneU de peu d'importance, et pourtant ceux qu'on obsene on pareil cas sont toujours assez graves. Cela tient, sans doute, à ce que cette lésion ne se produit que dans les traumatismes d'une certaine violence, ayant déterminé en même temps d'autres désordres moins apparents (subluxation du cristallin, décollement de la rétine, épanchement de sang dans l'épaisseur du muscle ciliaire), mais qui contribuent, dans une large mesure, à augmenter le trouble de la vision. Nous renvoyons, du reste, pour ce qui concerne le pronostic et le Iraitemont, à ce que nous avons déjà dit dans le premier volume ù propos des contusions du globe oculaire (1).

COLOBOMA DE LA CllOllOlDE.

Le coloboma de la choroïde est une malformation congénitale consistant dans Tabsence d'une partie plus ou moins considérable de cette membrane au niveau de la région inféro-interne du globe oculaire. Signalée d'abord sur le cadavre par de Ammon, elle a été reconnue plus tard sur le vivant par de Griefe (2) au moyen de rophthalmoscope.

ÏA siuface de la sclérotique mise h nu présente dans toute l'étendue du coloboma une teinte blanchûtre ou bleuâtre légèreinenl chatoyante. Les inflexions que subissent les quelques vais-

WT. I, p. 63.

1^) Arch, fur OphtL, t. II, 1« part., p. 339.

Ai4Dit. Mit. des yevx, t. ii. 13

seaux choroïdiens persistant encore en ces points, les reflets d'ombre et de lumière qu'on y aperçoit en modifiant TinclinaisoD du miroir prouvent que l'enveloppe fibreuse de l'œil présente à ce niveau des ectasies irrégulières.

L'étendue du coloboma est variable ; tantôt il s'arrête dans le voisinage de la papille, tantôt il l'entoure complètement. Celle^îi, par un effet de contraste, paraît alors hypérémiée ; sa fonue devient ovalaîre, à grand axe horizontal, ce qui tient à ce qu'étant entraînée dans le sens du coloboma et n'étant plus vue de face, son diamètre vertical subit un raccourcissement apparent.

Quelquefois le nerf optique lui-même est atteint de coloboma. La réunion de sa gaine s'étant effectuée d'une façon incomplète, il existe en dedans et en bas de la papille, qui semble démesurément grande, une espèce d'excavation très-apparente à l'ophtlialmoscopc.

Le coloboma ne se prolonge pas toujours jusqu'à la région ciliaire, ses limites antérieures sont alors visibles à l'ophthalfflOscope; d'autres fois il atteint le segment antérieur de l'œil, le» procès ciliaires font défaut et il existe alors presque toujours simultanément un coloboma de riris. Plus rarement il y a aussi coloboma du cristallin, qui présente à l'ophthalmoscope une échaftcrure intéressant son bord inférieur.

Au niveau du coloboma la rétine existe, mais elle est généralement atrophiée, tantôt elle s'enfonce et tapisse l'excavatioi bosselée de la sclérotique, tantôt elle est tendue au-devant comoi^ un pont membraneux.

Sauf une lacune du champ visuel correspon dant à la zone rétinienne atrophiée ; les troubles fonctionnels sont à peu près nub; dans certains cas, pourtant, Tacuïté visuelle est mauvaise, ce qni tient à d'autres malformations congénitales concomitantes, telle» qu'une hypermétropie excessive, de la microphthalmie, etc.

Le coloboma de la choroïde existe fréquemment des deuxcôtéî à la fois; quand il est unilatéral, c'est presque toujours à gaochi qu'on l'observe.

Cette anomalie congénitale doit être considérée comme te résultat d'un arrêt de développement de la choroïde. L'on sA d'après les recherches de de Ammon que les membranes enveloppantes de l'œil présentent pendant les premiers mois de lavieintr»iitérine une fente antéro-postérieurc et inféro-interne, connue son» le nom de fente choroïdienne. C'est au défaut de réunion de cett^ fente qu'il faut attribuer la formation du coloboma*

IXrUMMATION DU CORPS VITRÉ, HYAUTIS. — OPACITKS DU COUPS VITRÉ, MOUCHES TOUNTES^ MYODÉSOPSIE. — RAMOLLISSEMENT, DÉCOLLEMENT DU CORPS VITRÉ. — SYNXHISIS ÉTINCELANT. — CORPS ÉTRANGERS, CYSTICERQUE DU CORPS VITRÉ.

INFLAMMATION DU CORPS VlTRÈ. HYALITIS.

Les symptômes propres à rinflaniniation du corps vitré ne sont pwloujourâ faciles à reconnaître, car d'ordinaire ils sont* plus ou moins masqués par les phénomènes inflammatoires qui éclatent enméme temps du côté du tractas uvéal. Pourtant, il est deux circonstances où Ton peut assister h l'évolution spontanée et isolée de Hiyalitis, c'est :

!• Quand le processus inflammatoire se localise autour d'un corps étranger ayant pénétré dans le corps vitré ;

2* Quand, à la suite d'une opération ou d'un traumatisme, le corps vitré fait hernie à travers les enveloppes de l'œil et s'enflamme.

Dans le but d'étudier l'hyalitis, Donders a imaginé un moyen trèsingénieux pour faire pénétrer dans le corps vitré un corps étranger wns trop délabrer les enveloppes de Tœil. 11 traverse de paii en part le globe oculaire d'un lapin avec une aiguille armée d'un fil en caoutchouc; le fd est tendu des deux cotés, pendant qu'un aide le sectionne de chaque côté avec des ciseaux au ras de la sclérotique. La portion de fil intra-oculaire, d(»veime libre, se rétracte sur elle-même et forme un petit peloton isolé au ccuitre du corps vitré.

Aussitôt qu'un corps étranger a été introduit dans l'humeur vitrée, on voit apparaître dans ce milieu des opacités diffuses, tout klong du trajet suivi par le corps vulnérant. Ces altérations s'élendent à une zone plus ou moins large, mais le trouble est surtout considérable dans le voisinage immédiat du corps étranger. Là les opacités, comparables d'abord aune fine poussière, se tassent, se condensent, s'organisent bientôt, et finissent par conîlituer une véritable enveloppe membraneuse dans laquelle il se Irouve enkysté. Quand l'irritation provoquée par la présence de

i96 MALADIES DU CORPS VITRÉ.

l'agent irritant ne dépasse pas certaines limites, quand il s'enkyst« ainsi et s'immobilise dans une région déterminée, le corps vitré s'éclaircit peu à peu et reprend sa transparence ; on aperçoit alors aisément le corps du délit fixé à la partie déclive de la coque oculaire, souvent même un filament grisâtre le rattache à la plaie par laquelle il a pénétré dans la sclérotique et indique le trajet qu'il a suivi.

Pagenstecher(i)afaitdcs expériences très-intéressantçs dans le but d'étudier bistologiquement la nature du processus qui aboutit à la formation des dépôts membraneux autour du corps étranger. 11 a reconnu que le trouble du corps vitré est d'abord produit par des leucocytes ayant traversé par diapédèse les vaisseaux et provenant des points blessés et enflammés des enveloppes. Ces cellalc!» lymphatiques arrivées par migration dans le corps vitré se transforment à la longue, deviennent fusiformes, puis fibrillaires, et constituent par leur réunion un véritable tissu cellulaire membraneux; le rôle du corps vitré serait purement passif, ses éléments disparaîtraient pour céder la place aux nouveaux venus. Ces recherches de physiologie pathologique concordent, du reste, avec les travaux de Schwalbe. Cet auteur considère, même à l'état normal, les éléments cellulaires du corps vitré comme des cellules sans fixité dans leur situation ; pour lui, elles dérivent toutes de cellules lymphatiques pénétrant par migration dans la substance intercellulaire fluide et demi-molle de ce milieu.

Lorsque le corps vitré vient à faire hernie à travers une plaie des enveloppes de l'œil, il s'enflamme, et les premières phases du processus rappellent tout à fait celles que nous venons de décrire. Sa transparence disparaît, et il est facile de s'assurer que cet état tient l\ une abondante migration de leucocytes. Quelquefois ce trouble se généralise, et bien que le tractus uvéal ne participe pas encore à l'inflammation, le corps vitré presque tout entier devient louche, et prend une teinte jaunâtre très- apparente derrière la pupille. Puis, peu à peu, la plus grande partie des produits inflammatoires se résorbe et la maladie se termine par Tatrophie du globe oculaire.

Parfois aussi, les cclhiles de pus en s'agglomérant forment un véritable abcès, susceptible de se résorber dans une certaine mesure, mais laissant presque toujours après lui des opacités membraneuses qui oblitèrent la pupille et donnent lieu à une cataracte secondaire.

(!) Arçhiv (iir Avgin ur.d Ohrffihcilkurde, t. 1, 2« parlie, p. i.

Mais le plus souvent la suppuration se générali^^o, la choroïde i^enflamme, il survient un gonflement considérable des paupières, da chémosis, de Thypopyon, et un phlegmon de l'œil.

Indépendamment de cette hyalitis primitive, toujours causée par le traumatisme, il en existe une autre variété qu'on peut considérer comme secondaire, et qui est consécutive à Tinflamniation datractus uvéal et en particulier de la région ciliaire.

Celle hyalitis secondaire peut affecter la forme aiguë ou la forme chronique. Dans le premier cas, il se produit rapidement une suppuration générale de Torgane ; dans le second, il se forme des opacités floconneuses, membraneuses, qui s'accumulent derrière la cristalloîde antérieure et, s'organisent sous forme de tissu cellulaire. Arrivé à une cei^taine période de son évolution, celui-ci subit la rétraction qui lui est propre, et, entraînant dans ce mouvement de retrait la rétine ou le corps ciliaire auxquels il adhère, il les détache des parties sous-jacentes. L*atrophie du globe oculaire est bientôt la conséquence d'une désorganisation aussi profonde du corps vitré.

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