ABONDANTES
Nous avons déjà vu (p. 88) que la plupart des cas de cécité «•' bite dont la pathogénie était jadis fort énigmatique, et que de Grœfe attribuait à une inflammation rétro-bulbaire du nerf optique doivent être considérés comme provenant d'hémorrhagies vagi" iiales ou interstitielles des nerfs optiques.
Ou peut rapprocher de ces faits les amauroses graves, le pto* souvent définitives, qui surviennent dans un espace de temps rel*" tivement très-court, à la suite de pertes sanguines abondantes^ hématémèse, melsena, hémorrhagies puerpérales, et dont la n*'
ÂMADROSES CONSÉCUTIVES AUX HÉMORRHAGIES. 245
ire întiine, en dépit des hypothèses émises dans ces derniers imp5, reste encore bien obscure.
Samœlsohn (I), qui s'est beaucoup occupé de cette question, a reposé Texplication suivante, qui s'appliquerait aux amauroses orrenues après une perte de sang considérable. Au moment où liéinorrhagie se produit, une partie du sang renfermé dans la ia?ité crânienne sort de cette cavité à parois inextensibles ; le ide ainsi déterminé est comblé par l'arrivée de la lymphe des ^idnes lymphatiques des vaisseaux et par le liquide céphalo-rachilien. Plus tard, quand les mouvements du cœur reprennent leur hiergie et que la masse du sang est de nouveau augmentée, celui-ci xtrestitué au cerveau. La pression s'accroissant alors de nouveau knsla cavité crânienne, la lymphe est chassée entre les gaines sxtemes et internes du nerf optique, qui communiquent, comme n sait (Schwalbe), avec l'espace arachnoïdien. Le liquide ainsi Keamulé autour du tronc des nerfs optiques les comprime et létermine la cécité.
Quelques expériences récentes sur les animaux tendraient à ^rmer cette manière de voir.
Gsthgens, en injectant, sous une pression assez forte, du sang diaud défibriné dans la carotide d'un cheval, a constaté que la tymphe recueillie à Tun des gros lymphatiques du cou s'écoulait en plus grande abondance au fur et à mesure qu'on poussait Tinjeetion. Toutefois, Tappel du liquide céphalo-rachidien, à la suite de la diminution de la quantité du sang dans la cavité crânienne, cwt-à-dire, la première partie de l'hypothèse, reste encore à dénontrer. Samœlsohn a entrepris des recherches dans le but de combler ce desideratum, mais- il attend pour les publier qu'elles soient plus complètes.
La cause de la cécité qui survient parfois quelques jours après des hémorrhagies stomacales ou intestinales d'intensité moyenne, Mmble encore beaucoup plus énigmatique. Mettant à profit des travaux récents de physiologie, Samœlsohn admet qu'il existe ^ pareil cas des lésions cérébrales qui sont à la fois la cause détenninante et de Thémorrhagie et de la perte de la vision. On ••iten efTet que, d'après Lussana, les thalami optici joueraient le rtlc de centres présidant à la tonicité des vaisseaux de l'estomac et du côlon. Brown-Séquard a également signalé l'apparition d'hémorrbagies dans les organes des cavités pleurales et abdominales P*r suite de lésions de certains points déterminés de l'encéphale.
W Ârekiv fier Ophthalmologie, t. XVIIJ, 2* partie.
246 AKBLYOPIES HT AMAUROSfiS.
OUivier a signalé des apoplexies pulmonaires et pleurales à b suite d'hémorrhagie cérébrale. Schiff, Nothnagel, E3>stein, en détruisant les tubercules quadrijumeaux antérieurs, ont provoqué l'apparition d'hômorrhagies nombreuses à la surface de la moqueuse stomacale. Pour Samœlsohn, cette dernière expérienee serait surtout démonstrative, puisqu'elle prouve que la lésion des régions cérébrales considérées comme les centres de perception de la vision, sont suivies d'hémorrhagies viscérales.
Quelques observations récentes , où Texamen ophthalmoscopique a pu être pratiqué peu de jours après l'hémorrhagie, ort fourni des renseignements fort intéressants et capables d*ôludderk pathogénie si obscure de ces cas de cécité. Biermer, ayant examiai un jeune homme douze jours après une hématémèse abondant! qui avait été suivie d'une diminution considérable de la vîsioa, trouva que la rétine présentait, tout autour de la papille, anc teinte bleuâtt^e laiteuse comparable à celle de Tembolie de rartin centrale ; mais la macula n'avait pas la tache rougefttre qu'on abserve dans cette dernière affection, et le trouble difTus de la rétine occupait plutôt le pourtour du nerf optique que le voisinage di pftle postérieur. Il y avait aussi, sur les parties infiltrées de laiétini, de petites extravasations sanguines. Au bout de quelques jours, il résorption s'effectua, le fond de l'œil commença à s'éclaircir, et les membranes profondes reprirent leur état normal.
Chez un autre malade, examiné huit jours après nne hémitémèse abondante^ Schweiggcr trouva également un trouUe A|hi rétinien péripapillaire et quelques hémorrhagies. L'image ophthalmoscopique du fond de l'œil semble donc indiquer qu'en pareO cas il se fait une imbibition séreuse de la rétine. Ge phénomène s^eipliquerait par les changements qui surviennent nécesfalreoMBt dans la composition du sang peu de temps après une hémorrhagie abondante ; il importo de remarquer que les troubles de la vue, m pareil cas, n'apparaissent pas immédiatement, mais seoleneM au bout do quelques jours, précisément au moment oùUe sang eit devenu plus séreux.
▲MAUEOSES D^ORIGUIfi IlfGOHBUB.
Dans les chapitres précédents nous avons passé en revue les dîff^ rentes affections qui déterminent des troubles graves de la vae, sasi altérations caractéristiques a l'ophthalmoscope , mais dans le§quelles, bien que la lésion échappe à nos investigations, nous coo-
JkMÂDftOSRS GONSÉGUTlVfiS. 347
naiflaona toat au moins la cause principale. Mais quelquefois, rarement il est vrai, on observe des amauroses dont rien, dans l'état g^énéral du sujet, ne peut nous faire soupçonner Torigine.
J'ai eu Toccasion d'en observer deux cas qui se sont présentés dans des conditions à peu près identiques.
M"* X***« âgée de Yingt-huit ans, d'une excellente constitution, et ayant toujours joui d'une excellente santë^ s'aperçoit un jour, à son ré* veil, de quelque chose d'insolite dans sa vue, elle examine avec anxiété rétat de ses yeux et constate que la YÎsion de l'œil gauche est complètement aboHe. Elle s'empresse, sur les conseils de son médecin, de se rendre à Parûi et vient me consulter le surlendemain de l'accident. Les yeux ont leur aspect normal, la pupille de l'œil gauche est pourtant beaucoup plua dilatée que celle de l'œil droitj la perte de la vision de œ côté est com« plèta, absolue, il n'existe même pas de perception lumineuse quantitative» et, dans une chambre obscure, M"^^ X*""* ne voit pas à 1 pied de distance la flamme d^une lampe dont elle sent la chaleur. A l'ophthalmoscope il n'existe aucune lésion appréciable dans les membranes profondes. La papille a sa teinte rosée habituelle, le calibre de ses vaisseaux est intact ; en on mot le fond de l'œil de ce côté est identique à celui du côté opposé où l'ieuîté visuelle est normale.
M"** X^* n'accuse aucune maladie, elle est bien réglée, pourtant elle ■s Ikit remarquer que c'est au moment d'une époque, qui ne présente du raite rien d'anormal dans son cours, que la perte de la vision est survenue ; Mof, peut-être, un très-léger sentiment de pesanteur dans la région temporo-pariétale gauche, elle n'éprouve ni douleur de tête, ni vertiges, ni quelque trouble cérébral que ce soit. Toutes les fonctions s'accomplislent régulièrement, tous les organes semblent sains ; en un mot, la santé puait parfaite.
Le traitement consista dans Tapplication de ventouses Heurteloup à la tenpe gauche, l'emploi de Télectrlcité [et les injections sous-cutanées de itryêhnioe.
Après la première ventouse la perception quantitative de la lumière rsvint; lea séances d*électricité eurent lieu tous les jours pendant oinq siantea, et les injections furent faites tous les deux jours à la dose de i miUignqune de strychnine.
Une seconde ventouse fut appliquée dix jours après la première, l'amélioration continua à se faire progressivement, et au bout d'un mois et demi h vision était complètement rétablie.
Dans le second cas, plus récent, l'analogie avec le précédent était complète. U s'agissait également d une femme âgée de trentecinq ans; mais, chez elle, la cécité sur un oeil survint brusquement dans Vuriervalle des règles. Instruit par rexpérience, je portai un
248 AMBLYOPIES ET AMAUR05ES.
pronostic favorable et, sous Tinfluence du même traitement, n bout d*un mois la guérison était complète.