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PROPHYLAXIE. - CHOIX DES VERRES CORRECTEURS

Nous avons vu que la myopie est héréditaire ; aussi chez les enfants issus de parents ayant déjà ce vice de réfraction, on ne saurait prendre trop de précaution pour lutter de bonne heure contre une infirmité dont le développement est presque fatal. C'est surtout au moment où les écoliers entrent dans les classes un peu élevées, qui exigent, pour être suivies avec fruit, une somme de travail considérable, que les eff'orts d'accommodation et de convergence conmiencent à produire chez eux leurs funestes effets. Aussi à ce moment faudra-t-il veiller à ce que les jeunes gens se trouvent diuis les meilleures conditions hygiéniques possibles.

Occupons-nous d'abord de l'éclairage des salles d'école. 11 est évident que la lumière devra toujours y être abondante ; si elle est insuffisante, ce qui arrive malheureusement trop souvent, l'enfant, obligé de regarder de très-près pour distinguer les carac-

lèves de sou livre ou de son écriture, fait des efforts continuels d'accommodation et de convergence dont nous connaissons les inconvénients.

Les fenêtres devront donc être larges .et hautes; la meilleure disposition consistera à les percer sûr un des côtés longs dcc salles et à disposer les labiés de travail perpendiculairement de ce côté de façon que la lumière arrive vers la gauche des élèves. On a < quelquefois conseillé de ranger les tables en face des fenêtres; mais ce mode d'éclairage est en réalité des plus mauvais. Les enfants, éblouis par la lumière vive qui leur frappe directement les yeux, inclinent instinctivement la tête en avant pour les abriter à l'ombre de leur front et de leurs sourcils, ou bien ils se placent de côté dans une position plus ou moins vicieuse ; enfin leur livre se transformant en écran aussitôt qu'ils Tinclinent un peu obliqu^ ment, reste forcément horizontal, ce qui est toujours très-défavorable.

Quant h la lumière qui vient du côté droit, elle est moins aTantageusc que celle qui vient du côté gauche, parce que la main qui écrit fait ombre sur le point que l'on doit regarder.

S'il était impossible d'adopter la disposition la meilleure, on compenserait toujours jusqu'à un certain point la position défectueuse des fenêtres par leur élévation ; la lumière qui vient de haut est en efFet celle dont la distribution est la plus uniforme, (jucl que soit le côté d'où elle arrive.

Le soir on apportera le plus grand soin au choix et à la bonn(! répartition de l'éclairage. Si on le peut, on préférera la lampe à huile, dont la lumière, riche en rayons jaunes, est aussi éclairante» tout en étant moins éblouissante que la lumière trop blanche do gaz. Si l'on emploie celui-ci, on aura soin d'entourer chaqne bef d'un cylindre de verre qui rendra la flamme plus fixe et de le munir d'un réflecteur disposé de façon que la lumière éclaire aiw^ bien que possible les tables de travail, mais ne frappe pas directement les yeux ; enfin on fera en sorte qu'elle arrive pour chaque élève latéralemtmt et du côté gauche.

La forme défectueuse du mobilier scolaire ordinaire (1), absence des dossiers, écartement exagéré du siège et du pupitre, défaut de proportion entre la hauteur du siège et celle du pupitre, enfin et surtout le défaut d'inclinaison des pupitres, contribuent aussi dan» une large mesure au développement de la myopie.

H est nécessaire 'de munir les bancs d'une pièce de bois Af

(l) LiEuuiiicii, l'Ecole et son Influence mv la vue {Revue scientififjue).

10 centimètres de largeur environ, placée au dessus des hanches au niveau des reins, pour que les enfants soient toujours soutenus en lisant et même en écrivant ; mais il faut donner à ces dossiei*s une direction verticale et non les incliner en arrière, si Ton veut que les élèves ne soient pas obligés de cesser tout travail pour s'y appuyer en se renversant comme dans un fauteuil. Les bancs auront une largeur suffisante pour soutenir presque toute la longueur de la cuisse et seront disposés de façon que la plante du pied repose naturellement sur une planchette destinée à la recevoir. Enfin le bord des pupitres se trouvera au niveau du bord antérieur du banc, et sa hauteur sera telle que le coude s'y place naturellement sans que le corps soit obligé de s'incliner en avant ou que les épaules soient repoussées en haut. Ces diverses dispositions contribueront à maintenir toujours Técolier dans une bonne position ; elles empêcheront sa taille de se dévier et de se voûter et soustrairont les yeux aux effets de la congestion passive provoquée par Tinclinaison de la tête en avant.

Mais c'est surtout la pente à donner aux pupitres qui a une im^ portance capitale au point de vue du développement de la myopie acquise*

Dans un travail sur ce sujet, Heymann a conseillé d'avoir des tables inclinées, parce que, dit-il, le raccourcissement des caractères placés sur une surface plane horizontale, diminuant la grandeur apparente des lettres, oblige Toeil à faire un efTort exagéré et partant nuisible. Ce n'est là cependant, à notre avis, qu'une cause de fatigue tout à fait accessoire ; en réalité, les tables peu inclinées sont nuisibles parce qu'elles nous forcent à maintenir l'œil dans ane position instable.

Les six muscles extrinsèques de chaque œil ne sont en efTet indépendants que dans une certaine mesure. Ils ne peuvent produire qu'un certain nombre de mouvements déterminés d'avance. Les deux droits internes par exemple agissent instinctivement poui* faire converger les axes optiques sur les objets rapprochés, tandis qu'il est impossible de contracter simultanément les deux droits externes de façon à obtenir la divergence. De plus, si certaines positions des globes oculaires sont stables et pour ainsi dire naturelles, il en est d'autres qui, tout en étant possibles, ne peuvent être maintenues longtemps sans mettre tous les muscles dans un état de tension violente qui entraîne la compression de l'œil et à la longue rallongement de son axe antéro-postérieur. Ainsi nous ne pouvons forcer le regard en haut sans faire des efforts bientôt

très-pénibles ; c'est ce qui anive quand nous regardons la voûte AiâMf. ÊM» duywx, T. II. 22

du ciel ou la décoration d'un plafond. De mémo, dans une gakw de peinture, les tableaux les plus élevés sont les plus difficiles i voir; de môme, encore quand nous regardons un objet rapproché, nous le plaçons toujours en face des deux yeux et un peu enhis, et non pas en haut ou tout à fait en bas ; eh bien, c'est précisémeol dans cette position intermédiaire où la fatigue et la tension mn*culairo sont au minimum qu'il faut placer le livre de récolier.

Dans ce but on donnera au pupitre une inclinaison de 40 à 43 degrés au moins au-dessus de l'horizontale ; mais des raisons ne* caiiiques rendant l'écriture impossible avec une pente aussi mtquée, on s'arrangera pour que les tables puissent s'abaisser à 20 degrés quand Tenfant voudra écrire ; ou bien encore on Icar donnera cette dernière inclinaison et on nmnira chaque place d'un support destiné à maintenir le livre à 45 degrés pendant la lecture.

Les différentes dispositions que nous venons d^indiquor paraîtront peut-être difficiles à réaliser dans nos écoles. Le prindpal écueil est qu'un mobilier bien fait doit toujours être exactement proportionné à la taille des élèves auxquels il est destiné. En Aniêrique on résout la question en donnant à chaque écolier un aégf et une table faits a sa mesure ; en Suisse un mobilier de septgran* deufs différentes suffit également h tous les besoins.

Si Ton veut diminuer autant que possible les inconvénients dt travail scolaire, on tiendra compte aussi de certaines conditioas accessoires que nous ne ferons que signaler ici.

On ne donnera aux enfants que des : livres imprimés en Gara^ tères assez gros et parfaitement nets. Les lettres gi*éleset allongée?, le papier rugueux et grisâtre, le défaut de netteté de i'impresâoo obligent l'écolier à diminuer la distance entre ses yeux et le livrei entraînent des efforts inutiles d'accommodation et ont les même» effets qu'un éclairage insuffisant.

On multipliera autant que possible les promenades audehor^el surtout à la campagne, afm que les enfants placés dans on espae<? hu'gement découvert puissent au moins de temps en temps reli' cher complètement leur accommodation. Sous aucun prétexte oo ne privera les enfants de ces sorties si nécessaires à leur santé. Enfin on se gardera de donner aux classes et aux études ud0 longueur exagérée ; chaque heure de travail assidu devra étrt suivie d'un repos de dix minutes, qui permettra au muscle cîliaiK (le se détendre ot de se reposer, en môme temps qu'il rafraîchiit l'attention.

D'habitude on reconnaît l'apparition tle la myopie chez les en*

fants, non pas ù ce qu'ils rapprochent leur livre pour mieux lire, mais parce qu'ils se plaignent de ne pas voir distinctement de loin les figures tracées sur le tableau par le professeur. Si la myopie semble faire des progrès rai)ides, et qu'il y ait lieu de supposer une influence héréditaire, quelques précautions deviendront aussitôt nécessaires. Le travail le soir à la lumière sera rigoureusement défendu. Au moindre signe d'irritation cl de spasme de l'accommodation, on instillera de l'atropine de façon à placer pendant quelque temps le muscle ciliaire dans un repos absolu.

CHOIX DES VERUES CORRECTELRîi:.

Quand on se dispose à choisir des verres correcteurs ù un myope, chose impoilante, qui, selon qu'elle est bien ou mal faite, peut exercer l'influence la plus heureuse, ou avoir des conséquences fanesles pour les progrès de la myopie, il faut toujours avoir préî?cnt ù l'esprit que Tamplitudc relative de l'accommodation dans . cette anomalie n'est pas du tout la même qucî chez l'emmétrope. Ce clemier, en effet, possède le pouvoir d'accommoder fortement, alors ^we les lignes visuelles n'ont qu'une faible convergence; le myope, au contraire, parle fait de la puissance diojitrique considérable dv. son œil et de la structure spéciale de son muscle ciliaire, n'accommode que très-faiblement, même quand les lignes visuelles s'entre-croisent sur un objet très-rapproché. De sorte que si Ton vient à corriger complètement la myopie en la neutralisant par un verre concave, qui rend l'œil emmétrope, cet œil ainsi modifié va être obligé de faire des efforts d'accommodation dont il est incapable, et par suite la vision de près, au moyen de ces verres,

deviendra très-pénible, sinon impossible.

il 1

Dans les cas de myopie très-légère, r-, •— , et même :r^ , on

peut laisser le malade complètement libre de se servir de lunettes ou de n'en pas porter.

Quand la myopie atteint tl , 7;; i »i lo sujet est jeune, on

15 lu

essayera de neutraliser complètement sa myopie par des verres appropriés; on réussira ainsi souvent à modifier de bonne heure son amplitude d'accommodation, et à le placer tout à fait dans les conditions de Temmétrope; aussi les verres choisis à ce moment lui deviendront indispensables et lui permettront de voir de loin comme de près» Il faudra en pareil cas avoir bien soin que les

verres prescrits correspondent exactement au degré de myopie (voir page 324), car s'ils étaient trop forts, l'œil serait rendu hyp«^ métrope, et son accommodation serait constamment mise en jet d'une façon exagérée.

Quand on a affaire, et ce sont les cas les plus habituels dans la

pratique, à des individus dont le degré de myopie varie entre -

et - environ, et qui, n'ayant jamais porté de lunettes pourlalee*

ture, possèdent depuis longtemps l'amplitude relative d'accon* modation spéciale à l'œil myope, il sera le plus souvent impossible de corriger leur vice de réfraction avec une seule paire de lunettes. Aussi on leur prescrira un pince-nez avec des verres neutralisant complètement leur myopie et dont ils ne se serviront que pour (wr au loin; pour lire ils en auront d'autres plus faibles. Le choix de ces derniers sera fait par tâtonnement, et en cherchant quels sont les verres qui à 8 pouces environ favorisent le mieux la lecture. On comprend qu'aucune règle précise ne puisse être donnée, car on ne sait pas à l'avance dans quelle mesure chaque ûiyope a modifié son amplitude d'accommodation.

Quand la myopie atteint - et s'élève au-dessus de ce chiffre*

les difficultés augmentent, et les indications ne peuvent plu$ être formulées d'une manière générale ; elle varient pour ainsi dire avec chaque cas particulier. Dans ces degrés élevés, l'insaffisance des droits externes existe presque toujours, et devient quelquefois une complication redoutable, dont il faut à tout pin atténuer les fâcheux effets. Le meilleur moyen d'y réussir sertit de donner des verres qui, en permettant Ja lecture à la distance habituelle de la vision distincte, c'est-à-dire à 8 ou 10 pouces, évi« teraient des efforts pénibles de convergence ; mais de tels verres placés devant des yeux dont l'accommodation n*a presque jamais fonctionné sont difficilement supportés.

Ici encore on procédera par tâtonnements; il faudra rechercher si ces yeux sont susceptibles de faire des efforts d'accommodation et si ces efforts sont moins préjudiciables que ceux de convergence. U puissance d'accommodation disponible ne pourra être appréciéeipi^ par l'essai des verres concaves qui corrigent ou à peu près le degré de myopie. Si ces verres sont bien supportés, s'ils ne provoquent aucune gêne, si en outre il n'existe ni scléro-choroTdite posli* rieure étendue, ni lésions de la macula, ni aucune autre contit* Indication formelle à la mise enjeu de Taccommodation, on les

prescrira déânitivement en vue de soulager les muscles droits internes affaiblis.

Si l'insuffisance musculaire est légère , et si Taccommodation a conservé encore une certaine amplitude, on combinera avec les verres concaves des verres prismatiques ; à un verre concave phts faible que celui qui permet la lecture à la distance de la vision distincte, on surajoutera de faibles prismes à base interne de 2 degrés. Le même effet peut encore être obtenu en décentrant un peu en dehors les verres concaves choisis, et en augmentant ainsi leur écart ; Tépaisseur du verre, plus considérable sur les bords qn*au centre, fait qu'ils agissent alors à la manière de faibles prismes. Mais s*il y a à la fois impuissance du muscle ciliaire et des droits internes, des verres prismatiques seuls pourront être supportés. Il suffit de jeter un coup d*œil sur la figure pour voir Teffet obtenu au moyen des prismes à base interne ; les rayons

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lumineux émanés d'un point a, au lieu d'aller former leur image en m sur la macula, vont se réunir en m' en dedans de la macula ; dès lors, pour éviter la diplopie, les droits externes se contractent et amènent de chaque côté la macula de m en 7/2' et le point lumineux est vu absolument comme s'il se trouvait en a\ Malheureusement dans la pratique on ne peut guère faire usage que de verres prismatiques dont Tanglc dièdre ne dépasse pas 3 degrés ; au-delà de cette force leui* poids devient fort gênant, et les rayons lumineux qui les traversent étant décomposés les contours des objets apparaissent irisés.

Ce moyen est-il encore insuffisant, on aura recours à la ténotomie des droits externes; enfm, si la divergence d'un des yeux est telle, que cette opération elle-même ne soit plus praticable, la vision binoculaire est désormais impossible, et la vision de près s'effectuera uniquement avec un seul œil, pendant que l'autre, généralement amblyope, restera dévié en dehors. Des lunettes en

3i2 MYOPIE.

pal*eil cas seraient tout à fait inutiles; on se contentera de donner un monocle, dont le malade no se servira que pour regarder les oJ>jets éloignés.

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