‹ Traité des maladies des yeux (volume 2)Chapitre 101 sur 255 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

L'étude des maladies de la cornée a toujours présenté des difficultés considérables, et pendant longtemps on ne savait pas si cette membrane pouvait ou non s'enflammer. Scarpa parle des ulcères, suite des abcès derrière la partie de la conjonctive qui recouvre la cornée; mais il ne dit rien des kératites. Deinours s'exprime aussi en termes vagues sur les phlegmasies de cornée. La dénomination de la kératite n'apparaît qu'après ([ue Vetch et Wardrop eurent décrit l'inflammation de cette membrane en 1807. Mirault (d'Angers) a démontré en 1823 que la cornée, comme tons les autres tissus, peut s'enflammer. Selon lui, cette inflammation devait se traduire par un engorgement des vaisseaux spéciaux dans lesquels circulait le fluide blanc et que le sang n'y pénétrait que dans des cas de phlegmasies.

• Mais cette opinion a été combattue par Broca (1), qui chercha à démontrer que les tissus sans vaisseaux, tels que la capsule du cristallin, le corps vitré et la cornée elle-même, ne peuvent pas plus s'enflammer que les cartilages, les poils, les ongles, les dents.

Aujourd'hui, nous savons que l'inflammation peut exister dans ces tissus et que la vascularisation n'appartient souvent qu'à une période ultérieure de l'inflammation. Ainsi l'existence des kératites ne peut plus être mise en doute quoique l'interprétation de ce mécanisme soit encore à trouver.

Yirchow explique l'inflammation par l'activité exagérée de la cellule. En se basant sur les expériences faites sur les animaux, His est arrivé aux conclusions suivantes: 1° Dans une inflammation les cellules augmentent de volume; 2" la paroi de la cellule se sépare d'avec son contenu : 3° de jeunes cellules apparaissent ultérieurement et se transforment ensuite en graisse.

(1) Broca, Mém. sur la nature des affections connues sous les noms oicieux de copsuldr ri de kératite {liullelins de la Société anatornique, 1853, t. XXVIII, p. â51).

MALADIES DE LA CORNÉli. 2n3

Dans ces derniers temps, Colinheini a émis une nouvelle hypothèse : il pense que les globules du pus se forment en dehors de la cornée et qu'ils ne sont autres que des leucocvlcs émigrés. Ce serait, d'après lui, l'irritation produite sur les nerfs de la cornée qui, en se transmettant au limbe conjonctival, y provoquerail une inllammation et favoriserait le transport des leucocytes. L'infiltration de ces productions dans la cornée la rendrait plus ou moins trouble, et contribuerait à la régénération de sa partie altérée.

Comme on voit, cette théorie se rapproche beaucoup de celle qui a été émise il V a vingt ans par Bowman, de Londres.

Selon cet éminent ophlhalmologiste (1), le premier changement qui s'opère après la ponction ou l'incision de la cornée est une interruption mécanique des actes nutritifs. Bientôt le sang afflue en plus grande quantité dans les vaisseaux les plus voisins delà partie blessée et amônedes matériaux qui doivent combler la lésion. Ces vaisseaux apportent, en effet, en abondance de petites particules appelées cytoblastes, qui existent naturellement, quoique en petit nombre, dans les lamelles de la cornée, ol dont la quantité relative est regardée comme l'indice de l'activité du mouvement nutritif. Bientôt ces particules obstruent les interstices des tissus qui forment les lèvres de la plaie, la couvrent entièrement de manière à occuper tout l'espace qui les sépare, et deviennent un moyen d'union.

Pour noiis^ l'indammaiion doit être envisagée d'une façon tout à fait différente. ' Ce ne sont pas les leucocytes s'infdtrant dons la cornée qui donnent lien à une kératite; mais celle-ci est duc à une irritation des nerfs trophiquesde cette membrane, h la suite de laquelle les éléments de la cornée subissent des transformations plus ou moins variées. Toute blessure, tout corps étranger ou dépôt morbide qui apparaît dans l'épaisseur de la cornée, doit provoquer une irritation des nerfs qui y aboutissent.

Une blessure, un corps étranger ou un dépôt de matières organiques ou inorganiques arrête l'endosmose et la nutrition de la partie alTectéc; d'où résultent le trouble et Topacilication, comme après la mort. Et pourvu que cet état se prolonge, il y a morlificalion on nécrose des éléments atteints. Ces mêmes éléments nécrosés subissent l'imbibition du liquide nutritif qui arrive à la cornée, gonflent et compriment les éléments voisins. Une nouvelle irritation s'ajoute à la première, se communique aux nerfs péricornéens et, par leur entremise, aux anses vasculaires du limbe conjonctival. Les vaisseaux ainsi irrités se dilatent; le sang arrive en plus grande quantité, l'injection périkératique devient très-prononcée, et, sous l'influence physiologico-pathologique qui nous échappe, de nouvelles anses vasculaires, apparaissant sur le bord cornéen, s'avancent vers le centre et ne lardent pas h envahir le point malade.

L'apparition des vaisseaux sur la cornée n'est donc pas la cause de l'inflammation, mais ils sont plutôt la conséquence de l'état morbide. Les recherches que nous avons faites à ce sujet (2) nous ont permis d'avancer avec certitude que les vaisseaux se développent dans presque toutes lesaffections inflammatoires de la cornée,

(1) nowman, Leçons foUcs en 1847 « l'hôpital ophthalmique de Moorfields (Innales cNculist., 1855).

(2) Galezowsld, Mémoire lu à la Société d'émulation ( Union médicale, 1868, n''=^ 89 et 90).

f;l qu'ils y soiil iiidispensahles pour la réparaliou et la reconslituliou des éléuieiiis altérés ou délruiis.

Ceci aduiis, on comprend que la vasoularisation de la cornée n'appartient pas spécialcnieiit à telle ou telle forme de kératite, mais qu'elle est propre à toutes les inllammations de cette membrane, bien qu'à des périodes dill'érentes.

(l'est pour celte raison que, dans notre classification des maladies de la cornée, nous rejetons la forme des kératites vasculaires comme uialadies distinctes, et ne les décrirons que comme des périodes de diverses altérations de la cornée.

Un autre point de patliogénie de la cornée a été jusqu'à présent mal inlerj)rété : nous voulons parler notamment des ulcères de cette membrane.

Tous les auteurs ont décrit la forme particulière de kératite qu'ils nomtnent kératite ulcéreuse. Or, rien n'est plus rare que de voir des kératites ulcéreuses primitives, tandis que, habituellement, les ulcères de la cornée sont consécutifs à des abcès, à des phlyctènes, à des blessures, etc.

Pour nous, les ulcèi es, de même que la vascularisalion, sont les phénomènes qui suivent une inflammation de la cornée et ne sont que la conséquence; nous les décrirons donc conuTie.une des phases ou un des symptômes morbides des affections de cette membrane. Les ulcères primitifs sont relativement rares, ils sont le plus souvent de nature nécrosique, et c'est sous cette forme particulière qu'où les trouvera développés.

Voici, en résumé, les affections de la cornée que nous allons étudier.

iPhlycténulaire.

Suppurative, ou abcès île la coinée.

Ulcéralive, ou nécrose.

A. H.ciai.ii,co % Granuleuse, ou pannus.

i Diffuse ou interslilielle.

r Ponctuée, y Proliférative.

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