‹ Traité des maladies des yeux (volume 2)Chapitre 134 sur 255 · EXTRACTION LINÉAIUE COMBINÉE (MÉTHODE DE L' AUTEUR · texte numérisé non relu

EXTRACTION LINÉAIUE COMBINÉE (MÉTHODE DE L' AUTEUR

Les cataractes molles, traumatiqucs et spontanées peuvent être complètes ou incomplètes. Lorsqu'elles sont tout à fait ramollies, l'extraction linéaire simple est pratiquée selon les indications que nous avons indiquées plus haut. Mais il n'en est pas de même quand il s'agit de cataractes corticales incomplètes, dans lesquelles le noyau n'est pas opaque et où les couches corticales n'ont subi qu'en partie leur ramollissement. Ces sortes de cataractes empêchent de voir; mais, n'étant pas encore parfaitement formées, elles ne peuvent pas être opérées par les méthodes ordinaires.

J'ai pensé qu'il y aurait un avantage réel à mûrir d'abord la cataracte par des discisions préalables, et à faire pratiquer ensuite l'extraction linéaire simple.

manœuvre opératoire. — Cette méthode, que j'appelle méthode combinée, se divise en deux opérations distinctes. La première comprend une ou plusieurs discisions successives (le plus souvent trois), qui ont pour but de ramollir le cristallin et de le réduire en un magma mou, à demi liquide ; la seconde est une extraction linéaire simple, que je pratique trois ou quatre semaines après la première discision,

P7^emiè7-e partie de l'opération. — Après avoir dilaté la pupille, on pratique une discision de la capsule en faisant pénétrer l'aiguille à discision dans la cornée, à 3 millimètres de son bord. Aussitôt que l'aiguille a traversé celte membrane, on |)orte son tranchant vers le bord supérieur de la pupille, et l'on incise la capsule de haut en bas sur une étendue de 3 à Zi millimètres, puis on la retire. Cette opération terminée, on continue d'insliller des gouttes d'atropine cinq à six fois par jour, et l'on applique sur l'œil des compresses imbibées d'eau froide.

Dès le lendemain, on aperçoit dans la plaie capsulaire une partie du cristallin, gonflé; il fait saillie dans la chambre antérieure. La rougeur périkéralique apparaît comme conséquence forcée du traumatisme, mais elle se dissipe au bout de sept ou huit jours. Quand elle a disparu, on pratique une seconde discision analogue à la première, et huit jours après une troisième. On obtient ainsi, dans l'espace de trois semaines, un ramollissement tout à lait satisfaisant, de façon que la masse du cristallin, y compris le noyau, puisse être enlevée lacilement à travers une plaie linéaire pratiquée dans la cornée.

EXTRACTION UNÉAIHE COMBINÉE (MÉTHODE DE L'AUTEUII). hUl

Deuxième partie de l'opération. — Elleconsisle en une extraction linéaire simple LUI avec iridectomie, que l'on exécute de la manière que nous avons décrite plus haut.

incision ne doit être faite ni trop près du bord sclérolical, ni trop près du centre le la cornée : il faut proportionner son étendue au degré de densité du crislallin.

L'observation m'a démontré que cette seconde opération s'exécute aisément et ,ans difficulté ; et, une fois la pupille débarrassée des débris cristalliniens, huit ours suffisent pour amener la réunion presque complète de la plaie.

Accidents pendant l'opération. — Les accidents qui Surviennent, soit peiilant les discisions, soit pendant l'extraction, ne sont pas graves, el l'on peut les îviter assez facilement. D'abord, il ne faut pas presser trop fortement avec l'uiguilie KMidant la discision, afin d'éviter la luxation du cristallin. Ensuite, la première ncision doit être faite sur une petite étendue; autrement, on pourrait provoquer ne trop vive inflammation de l'œil à la suite d'un gonflement rapide, ou bien le :ristailin pourrait sortir tout entier dans la chambre antérieure.

Dans la seconde partie de l'opération, les accidents que nous avons décrits dans l'extraction linéaire simple peuvent arriver, et rien n'est plus facile que de es éviter. On ne doit faire l'excision de l'iris que dans le cas où il se hernie luimême dans la plaie pendant l'opération, ou si la curette a contusionné fortement une de ses parties.

Appréciation de la méthode. — Depuis que j'ai introduit cette méthode dans a pratique^ je l'ai appliquée 33 fois, et toujours avec un plein succès.

Tels sont les avantages de la méthode combinée, que nous avons adoptée pour es cataractes corticales molles et incomplètes. Mais, pour que notre méthode lonue des résultats satisfaisants, elle doit être pratiquée dans des conditions favorables et appliquée à des cataractes dont le noyau ne soit pas dur, el se laisse, par conséquent, imbiber et ramollir.

Les cataractes à noyau dur peuvent rester, au contraire, pendant plusieurs mois ;n contact avec l'humeur aqueuse ou vitrée sans subir aucune résorption. ,e professeur Richet (1) a eu l'occasion de disséquer l'œil d'un malade opéré six mois auparavant par abaissement, et il a trouvé le cristallin dur et sans capsule \ la partie inférieure du corps vitré, sans trace de résorption. Il en est de même lu cristallin dur, laissé sur place, mais dont la capsule aurait été incisée; il ne lubit point d'imbibition ni de ramollissement;, comme j'ai pu m'en convaincre dans tjuelqucs cas particuliers.

Chaque méthode opératoire doit être appliquée à des cataractes de nature et de consistance spéciales, et il faut que le choix de l'opération soit indiqué par la nature :1e la cataracte, ainsi que par les conditions individuelles de chaque malade.

Pour ma méthode ainsi que pour toutes les autres, il faut que le diagnostic de a nature de la cataracte soit bien établi, et qu'on se conforme à l âgc et à la constitution du malade ; autrement, ou court le risque de la voir échouer tout aussi bien que les autres.

Indications de la méthode. — Voici quelles sont les conditions qui me paraissent les plus favorables pour le succès de cette méthode combinée :

1° Les cataractes constituées par l'opacité des couches corticales auiéro-nostérieures, le noyau restant transparent ;

(1) Richet, Traité pratique d'anatomic médico-diirurgicuk, 2° édit. Paris, 1660, p. 353.

^^^^^ .MALAUJi;s DU CRISTALLIN.

'2" Les Cillai-:,! tes mollo.s, sans noyau, incomplètes, et en voie de formation on arrêtées dans leur évolution ;

3" Cette opération ne doit être pratiquée que cliez les sujets qni n'ont pas dé-' passé (inaranle à quarante-cinq ans. Passé cet fige, le noyau acquiert trop de dnisité pour suijir ie ramollissement ;

4° Les cataractes traumatiques ne doivent pas contenir de corps étranger ; autrement ce dernier peut se déplacer pendant la discision de la capsule et occasionner de graves accidents ;

5" Les cataractes adhérentes, accompagnées d'iritis ou d'irido-choroï lite, ne doivent pas être opérées par cette méthode ;

6" L'incision corncenne ne doit se trouver ni trop près ni trop loin du bord sclérolical. C'est ordinairement à 3 millimètres du bord externe qu'elle doit avoir I ieu .

Page 1